Que veut l’Association Suisse vigilance islam?

ReligionCette nouvelle association a été créée à la fin de juin. Avec quels objectifs? Interview de sa fondatrice, Mireille Valette.

Mireille Valette: «La radicalisation des communautés musulmanes en Europe et en Suisse s’accélère, en particulier chez les jeunes.»

Mireille Valette: «La radicalisation des communautés musulmanes en Europe et en Suisse s’accélère, en particulier chez les jeunes.» Image: Georges Cabrera

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Après les livres, l’action. Auteure de deux ouvrages critiques sur l’intégrisme musulman, la journaliste Mireille Vallette vient de fonder l’Association Suisse vigilance islam (ASVI), visant à «réunir les personnes préoccupées par l’islamisation de la Suisse et de l’Europe», expliquait Le Temps à la fin de juin. Elle compte aujourd’hui plusieurs dizaines de membres. Pour quoi faire? Interview.

Mireille Valette, pourquoi créer cette association?

Parce que le développement d’un islam littéral en Suisse favorise des revendications contraires à nos valeurs, sur l’égalité entre hommes et femmes, par exemple, et porte globalement atteinte au caractère séculier de notre société. Peu à peu, nous en venons à accepter les demandes de repas halal, l’examen médical de femmes musulmanes par des femmes, le voile dans l’espace public ou les écoles. Dans ces dernières, des fillettes sont ainsi désignées comme des objets sexuels et les garçons comme des prédateurs potentiels.

La création d’une association contre l’islamisme n’aurait-elle pas été plus claire? Vous brouillez le débat.

Problème épineux. L’islam littéral considère le Coran comme parfait. Or, ce livre contient des préceptes, des injonctions inacceptables concernant par exemple les amputations des voleurs, l’esclavage, les femmes, la polygamie, les traitements des minorités religieuses, etc.

Selon vous, on ne peut pas être musulman sans être islamiste?

On peut, heureusement. Mais lorsque dans la Tribune de Genève du 7 juillet, Gottfried Locher, président du Conseil suisse des religions, explique qu’un point à débattre avec les responsables musulmans suisses reconnus est la question de «pouvoir quitter librement sa religion» et que le débat «sera chaud», car «renier sa foi dans l’islam n’est pas une sinécure», j’en conclus que ces leaders religieux qui disent à longueur d’année qu’ils respectent la loi suisse en fait ne respectent pas l’une de ses composantes fondamentales, la liberté de conscience. Peuvent-ils vraiment être considérés comme des musulmans intégrés… modérés? Et les trois imams interrogés par Temps présent du 30 avril, dont celui de la grande mosquée de Genève, qui refusent de condamner la lapidation et la polygamie, représentent-ils l’islam ou l’islamisme? Comme le dit notre association, «il n’y pas de cloison étanche» entre ces deux approches.

En même temps, sur votre blog, vous mettez régulièrement en avant des musulmans progressistes.

Certains musulmans défendent une relecture, des exégèses du Coran. D’autres, nombreux, ont quitté une religion qu’ils considèrent comme inacceptable. Leurs analyses sont intéressantes. Mais pas celles de ceux qui tentent de nous faire croire que le Coran, considéré comme parfait, est un traité des droits de l’homme. Malheureusement, les réformateurs sont minoritaires et à ma connaissance, ils ne sont jamais invités à s’exprimer dans les mosquées.

Nos sociétés ont accepté leur propre diversité chrétienne. Pourquoi ne pas s’adapter à certaines demandes des musulmans?

Lesquelles? Je ne vois pas quel compromis accepter sur des revendications qui sont toutes ou bigotes ou rétrogrades. Celles qui portent sur les femmes, les mœurs ou encore la liberté d’expression. Celle-ci est très affaiblie. L’autocensure est générale. L’intolérance des dévots est tellement intégrée qu’on déprogramme par anticipation des manifestations de notre patrimoine culturel. Voir récemment l’opéra de Britten. Sur son blog, Hani Ramadan, directeur du Centre islamique, attribue tous les maux de la planète au «sionisme» sans susciter la moindre indignation. Or, la radicalisation des communautés musulmanes en Europe et en Suisse s’accélère, en particulier chez les jeunes.

L’Université de Fribourg a lancé un Centre Suisse islam pour «inclure les musulmans dans un dialogue scientifique, soumis à des critères qualitatifs de rationalité». Il est combattu par l’UDC. Qu’en pensez-vous?

A la base, j’y étais favorable. Je ne le suis plus après avoir réalisé une enquête qui paraîtra à la rentrée. Ce centre s’adressera notamment aux professionnels en contact avec des musulmans. Je crains hélas qu’il s’agisse par exemple d’expliquer aux professionnels de la santé comment «soigner la femme musulmane», de s’adapter à ses convictions plutôt que leur apprendre comment faire comprendre qu’en Suisse, les patients sont traités de manière égalitaire quelle que soit leur religion ou leur sexe.

Vous condamnez la «complaisance des élites face aux revendications rétrogrades des communautés musulmanes». A Genève, à quels faits faites-vous référence?

Le foulard des fillettes est accepté dans toutes les écoles. Une salle de prière a été installée à Lullier. Un opéra de Britten a été annulé puis reprogrammé. A gauche, et en particulier chez les Verts, aucun débat critique sur l’islam ou sur le voile n’est possible au nom du refus de stigmatiser.

Votre association s’est fixée pour but de participer au débat politique. Comment?

En participant par exemple à la récolte de signatures sur l’initiative sur l’interdiction du voile intégral en Suisse. Je rêverais aussi de lancer une initiative interdisant le port du voile par les élèves à Genève.

blog: //boulevarddelislamisme.blog.tdg.ch/ (TDG)

Créé: 04.08.2015, 19h18

Bio express

Mireille Valette est née en 1950 à Genève. Elle y fait des études de sociologie. Journaliste, elle travaille à Tout va bien, Radio TV Je vois tout et à la Tribune de Genève, avant d’entrer à l’Hospice général, comme rédactrice. Elle a publié deux livres. M.BN.