Ils veulent en finir avec «les horreurs soviétiques»

LogementDes dégoûtés du développement cantonal lancent une initiative populaire «pour un urbanisme plus démocratique à Genève».

Christian Gottschall, vice-président du comité d'initiative.

Christian Gottschall, vice-président du comité d'initiative. Image: DR

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Une initiative populaire cantonale a été présentée mardi «pour améliorer l’urbanisme dans le canton et ainsi enrayer l’enlaidissement de certains quartiers au profit d’un urbanisme plus démocratique, plus humain et de qualité». Les initiants n'ont pas hésité à faire le show dans une salle de projection du Grütli. Il faut dire que le sujet suscite beaucoup d'émotion actuellement, comme le relève Miguel Bueno, membre de SOS Patrimoine - Contre l’Enlaidissement de Genève: «La table rase de la Maison du Jeu de l'Arc et des arbres des Allières n'y sont pas pour rien! Avec notre proposition, nous voulons éviter d'autres massacres comme ceux qui menacent notamment la Chevillarde.» On retrouve aussi parmi les initiants, les associations Sauvegarde Genève, Pic-Vert et 47 associations de quartier.

«A Genève, le canton décide seul», constate Alain Burri, président du comité d’initiative doté de 9 membres, issus d'horizons divers. Avec des conséquences graves, affirme-t-il: «Lorsque l'État décide de densifier, il établit des plans localisés de quartier (PLQ), outil qui impose des règles de construction. Cela impacte durablement la vie des habitants du périmètre concerné, souvent sans leur accord. En découle des barres d'immeubles sans âme et sans charme au détriment de quartiers historiques tels que les Allières et le Mervelet. Sans compter la destruction de notre patrimoine bâti, d’arbres parfois centenaires et de la biodiversité.»

Plus d'autonomie communale

Pour en finir avec ce que Christian Gottschall, vice-président du comité, qualifie «d’horreurs soviétiques», l’initiative veut donner plus de poids aux communes. «Actuellement celles-ci sont simplement consultées. Leur préavis n’étant pas contraignant, tant le Conseil d'État que le Grand Conseil s’assoient régulièrement dessus», regrette un élu lancéen. Pour contraindre l'État à tenir compte de l'avis des communes, respectivement des citoyens, le comité d'initiative vise une modification des articles 5A et 6 de la Loi générale sur les zones de développement (LGZD). Objectif: favoriser un urbanisme participatif, tout en respectant les densités prévues par la LGZD. «Les tours de Carouge ont la même densité que le Vieux Carouge», illustre une nouvelle fois Alain Burri.

L'initiative n'entend pas pour autant bloquer un développement: les parties opposées à un projet devront obligatoirement présenter une solution alternative dans les 12 mois, respectant les règlements et lois en vigueur. Enfin, indique Alain Burri: «En cas de projets multiples, le peuple pourra choisir son préféré via un vote communal, à la manière d'une concours d'urbanisme.»

«Pas contre l'État»

Christian Gottschall est convaincu que cette initiative responsabilisera les communes qui ne pourront plus dire «c'est l'État qui décide». Avec un développement plus harmonieux à la clé, espère Jean Hertzschuch, président de Sauvegarde Genève: «Les citoyens sont frustrés que l'on ne tienne pas compte de leur avis. Il faut impérativement discuter en amont des projets et construire avec les Genevois, et non pas contre eux!»

Mais pourquoi les communes et leurs citoyens feraient-ils mieux que les professionnels de l'État? Ne faudrait-il pas mieux s’attaquer à cette réalité-là? Les initiants préfèrent botter en touche: «C’est un autre problème. Nous ne sommes pas contre l'État. Nous voulons simplement ouvrir le débat de façon plus démocratique, l’aménagement étant conçu de manière très centralisatrice à Genève.»

«Contrairement aux autres cantons et aux communes françaises où le maire a beaucoup de compétence», ajoute un participant à la conférence de presse.

Les initiants devront récolter 5290 signatures d’ici le 14 mai. «On part gagnant», conclut Christian Gottschall.


Hodgers craint 45 futurs urbanistes

«Tout ce qui touche à la concertation me paraît juste, réagit le président du Conseil d'Etat et patron du Département du territoire, Antonio Hodgers. D'ailleurs, l'aménagement tel qu'il se pratique depuis des décennies à Genève implique un processus de concertation. Mais si les différentes parties ne s'entendent pas (communes, riverains, etc.), le canton a, il est vrai, le dernier mot.»

Et dans l'immense majorité des cas, l'Etat n'a pas à faire le forcing dans l'adoption des PLQ, déclare le magistrat Vert: «De toute façon, c'est le peuple qui finit souvent par trancher. Aux Cherpines et plus récemment au Petit-Saconnex (pour quelques voix), contre l'avis communal certes. Et on verra ce que décideront bientôt les électeurs pour l'avenir de Cointrin. Tout cela me semble plutôt démocratique.»

Besoin d'une certaine cohérence

Le responsable du territoire genevois se demande ainsi s'il est bien raisonnable de vouloir déposséder le canton de sa responsabilité d'aménageur: «Si les communes devaient trancher, on pourrait se retrouver avec un urbanisme totalement différent d'une commune à l'autre. Un canton aussi étroit que Genève ne peut pas se permettre d'avoir 45 urbanistes! Ce d'autant plus que l'aménagement est devenu très contraignant au niveau du droit fédéral. Le canton doit donc conserver son rôle pour assurer une certaine cohérence et la conformité du droit.»

Question d'esthétique

Antonio Hodgers relève aussi au niveau de l'esthétique que certains aménagements comme ceux d'Artamis et des Allières, qui ont suscité leur lot de critiques, «ont été votés à l'unanimité par le Conseil Municipal de la Ville de Genève.» Et d'ajouter: «Certains prétendent que c'est moche quand l'Etat construit, mais que dire du développement en zone villas, conçu librement par des propriétaires privés. Des riverains s'en plaignaient tellement que j'ai décidé de geler les nouveaux projets.»

Le président du Conseil d'Etat ne montre enfin pas d'état d'âme particulier sur le résultat de cette initiative: «Nous sommes à un momentum émotionnel où tout peut se passer.»

Créé: 14.01.2020, 13h38

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