La voie verte verra refleurir ses espèces végétales menacées

Nature et mobilité Un plan précis est établi pour verdir l’axe de mobilité douce qui s’ouvrira sur le toit du CEVA dans une année.

Le site de la voie verte du CEVA, le long du haut du chemin Frank-Thomas. A gauche de l’image pousseront bientôt des érables champêtres, des pins sylvestres, des ormes ou encore des merisiers  
© CEVA Groupe 13.76, L. Fascini, O. Zimmermann

Le site de la voie verte du CEVA, le long du haut du chemin Frank-Thomas. A gauche de l’image pousseront bientôt des érables champêtres, des pins sylvestres, des ormes ou encore des merisiers © CEVA Groupe 13.76, L. Fascini, O. Zimmermann

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Elle sera verte, mais avec de multiples nuances et plusieurs fonctions. La voie verte qui sera mise en service à la fin de l’année prochaine sur la tranchée couverte du CEVA, entre le Foron et les Eaux-Vives, est appelée à devenir un axe majeur pour les piétons et les cyclistes. Mais pas seulement. Sa vocation est aussi d’être un «parc linéaire». Entendez par là qu’il sera beaucoup plus long (3600 mètres environ) que large (une grosse dizaine de mètres).

Si la double voie, piétonne d’un côté et cyclable de l’autre, occupera au total 5,5 mètres de largeur, il restera au moins autant voire davantage d’espace à disposition des plantes. Et rien ne sera laissé au hasard dans la végétalisation de ce qui ressemble aujourd’hui à un vaste terrain vague plus ou moins bétonné. Cette entreprise a fait l’objet jeudi d’une conférence publique à la Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture (Hepia).

Un cadastre végétal

Des plans de plantation précis sont dressés. On sait exactement où on plantera quelles espèces. Exemple, sur les hauts du chemin Frank-Thomas: on prévoit de faire pousser surtout des érables champêtres, des pins sylvestres, des ormes et des merisiers. On croisera aussi parfois un aulne ou un hêtre.

Les maîtres d’ouvrage n’ont pas eu le choix. Les autorités fédérales environnementales leur ont ordonné de compenser ce que le chantier allait détruire. Le Jardin botanique de Genève a été mandaté pour relever ce qui se trouvait sur place. «Les terrains industriels à l’abandon qui bordaient l’ancienne voie de la micheline déplaisaient aux riverains par leur laisser-aller, mais pour les naturalistes, c’était des merveilles, explique Annick Monbaron-Jalade, de l’équipe environnementale des CFF, propriétaires des parcelles. Ces sols sont propices pour des plantes qu’on ne trouve nulle part ailleurs!»

La crépide fétide revient

Parmi ces raretés, on peut citer la crépide fétide, le brome des toits ou encore la prêle rameuse. Le Jardin botanique a reçu le mandat de sauver ces espèces. Des graines ont ainsi séjourné durant huit ans dans une banque de semences, une collection d’éprouvettes abritées dans une chambre sèche du Jardin botanique. Elles s’apprêtent à retrouver leur terrain natal. Le succès est-il garanti? «Pas à 100% car la biologie n’est pas une science exacte et on ne maîtrise jamais tous les paramètres, répond Pascal Martin, du Jardin botanique. Tout dépendra non seulement de la réintroduction, mais aussi de l’entretien. Les espèces végétales rudérales, associées au décapage du sol ou au piétinement, sont menacées par les herbicides, le propre-en-ordre. Elles constituent un gros tiers des espèces menacées figurant sur la liste rouge. Les gens ne les remarqueront peut-être pas, mais elles ont mis des millions d’années à devenir ce qu’elles sont et elles sont aussi riches que les autres.»

Ces réintroductions auront pour cadre les zones à priorité écologique prévues le long du tracé. Mais il n’y aura pas que ça. Le projet aligne différentes séquences paysagères, prenant tantôt une allure forestière (aux Eaux-Vives), celle d’un milieu sec planté de pins (Chêne-Bougeries), ou au contraire des milieux humides à proximité des rivières, la voie traversant les cours de la Seymaz et du Foron qu’on tentera au passage d’améliorer. Pour les zones arborisées, on créera parfois des buttes afin d’éviter que les racines ne se heurtent à la voûte de la tranchée ferroviaire sur laquelle croîtra le parc longiligne.

Un cahier des charges touffu est rédigé pour l’entretien. Annick Monbaron-Jalade avertit: «On va y aller parfois à la petite cuillère!»


L’amorce d’une autoroute pour la mobilité douce à travers Genève

Une bande de goudron de 2,5 mètres de large pour les vélos, flanquée d’un cheminement piéton large de 3 mètres, en gravier compact. Le tout dans un écrin de verdure. C’est à cela que ressemblera, du Foron jusqu’à la future nouvelle gare des Eaux-Vives, la voie verte CEVA, dont la mise en service est prévue à la fin de l’année prochaine, sur le toit de la tranchée couverte ferroviaire où les travaux de génie civil sont déjà terminés. «On va y rabattre les cyclistes qui font face à des conditions dangereuses sur la route de Chêne, très chargée», explique Damien Duclos, responsable de la voie verte au sein du projet CEVA. La voie permettra un lien entre les quartiers autrefois scindés par l’ancien chemin de fer à l’air libre. Elle aidera à rejoindre facilement les gares de Chêne-Bourg et des Eaux-Vives. Dans ses environs immédiats, on trouve 35 000 habitants et 11 000 emplois, ainsi qu’une quinzaine d’écoles que fréquentent plus de 6000 élèves.

La voie croisera plusieurs axes routiers principaux ou appelés à le devenir. Des feux régiront les carrefours avec la route de Jussy et le chemin de la Gravière alors qu’un passage souterrain permettra de franchir le chemin de Grange-Canal. Pour les quatre axes secondaires, des seuils de ralentissement sont prévus. Les cyclistes perdront la priorité dès qu’ils aborderont les trottoirs de ces rues.

L’équipement et l’entretien de la voie verte CEVA ont fait l’objet d’un litige avec les cinq communes traversées (celles des Trois-Chêne, Cologny et la Ville de Genève). Mais les mairies sont sur le point de signer une convention avec les CFF. Les communes financeront l’entretien courant de la voie, moyennant une indemnité, mais pas celui de la végétation. Elles doivent payer le mobilier urbain et l’éclairage, qui sera réduit en l’absence de mouvement. «Pour Thônex, cela représente 900 000 francs pour 900 mètres», illustre son maire Pascal Uehlinger.

La voie se prolongera en France jusqu’à Annemasse. Côté suisse, elle doit se prolonger vers la Rive droite, via Champel, les rives de l’Arve et le viaduc de la Jonction, qui sera élargi à cet effet l’an prochain, pour rejoindre la frontière occidentale avec le département de l’Ain, à Saint-Genis (voir notre plan). Un travail de longue haleine reste à réaliser. Au cœur de l’agglomération, la préparation de certains tronçons est déjà très avancée, selon la Ville de Genève. C’est le cas pour le tracé qui longera la future gare des Eaux-Vives et rejoindra la route de Malagnou par la rue Henri-Mussard. C’est aussi le cas de l’aménagement des quais de l’Arve, concerté avec Carouge. A long terme, un ascenseur pourrait être érigé pour relier le quai des Péniches au viaduc de la Jonction. (TDG)

Créé: 11.11.2016, 17h49

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(Image: DR)

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