Vernier fait éteindre une pub lumineuse sur un toit

EnvironnementL’enseigne était destinée à capter le regard des passagers des avions. Elle illuminait aussi les logements des voisins.

Le logo s’est illuminé durant une semaine. Ses réverbérations parvenaient chez les locataires d'un immeuble du chemin de l'Étang.

Le logo s’est illuminé durant une semaine. Ses réverbérations parvenaient chez les locataires d'un immeuble du chemin de l'Étang. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Depuis une semaine, les vingt lettres s’illuminaient chaque soir à la tombée de la nuit. Des caractères assez grands pour être vus du ciel, couchés sur une longue surface sur le toit d’un immeuble. Mais après plusieurs nuits éclairées, le logo d’un logiciel bancaire ne s’est pas rallumé mercredi soir. Un retour à l’obscurité exigé par la police municipale de Vernier, alertée par des voisins de ce petit immeuble.

«J’ai enfin retrouvé le sommeil. Il faut espérer qu’elle ne se rallumera pas», souffle Claude Brot. Jeudi matin, le monteur électricien et son épouse savouraient l’extinction des feux après plusieurs nuits blanches. Comme d’autres, ils ont alerté les autorités de la commune de Vernier lorsqu’ils ont découvert l’enseigne lumineuse. Car leur appartement, situé au 11e étage de la Coopérative d’habitation des Cheminots de Genève, offre une vue exclusive sur la publicité.

Mais surtout, un rayon lumineux blanchâtre et intense parvenait dans les pièces de leur logement. «C’est simple, on ne dort plus. De nuit, on peut chercher des objets dans nos armoires sans allumer la lumière», résumait le couple Brot avant l’intervention de la police municipale.

Toute la nuit

C’est au chemin de l’Étang, en bordure de la route de Meyrin, que la société Eri Bancaire avait décidé d’utiliser son toit comme support publicitaire. À destination de quel public? Les passagers des avions qui décollent et atterrissent à Cointrin, à moins de deux kilomètres de là.

Ceux qui ont installé l’enseigne lumineuse ont-ils regardé vers le ciel mais négligé l’immeuble dans leur dos? Contactée, la société financière qui produit le logiciel en question goûte peu aux demandes d’explications et renvoie à sa régie. Il n’empêche, à l’arrière, les locataires de l’immeuble des Cheminots ne pouvaient manquer les lettres blanches installées en toiture. Et la pollution lumineuse irritait d’autant plus qu’elle durait toute la nuit. «À quoi bon, puisque les avions cessent d’atterrir et de décoller entre minuit et 6 heures?» se questionne Claude Brot.

Amende administrative

C’est en s’adressant à la police municipale de Vernier que l’on en apprend davantage sur ces vingt lettres resplendissantes. C’est là, au sein du Service de la sécurité, qu’un formulaire consacré aux «demandes d’autorisation pour un procédé de réclame» aurait dû être rempli. Au lieu de cela, le responsable de service Jacques Chevalier a découvert l’existence de l’enseigne suite aux doléances des voisins. «Nous avons effectué des contrôles la semaine dernière et sommé le propriétaire d’éteindre sa publicité. Dans un premier temps, il ne l’a pas fait, raison pour laquelle il sera amendé», fait savoir le responsable de la police municipale. Le montant initial de l’amende administrative est certes peu élevé, 200 francs, mais il double à chaque nouvelle sanction et peut atteindre 60 000 francs.

Autorisations demandées, mais caduques

À vrai dire, l’organisme financier vantant ses produits sur son toit n’a pas totalement ignoré la procédure. Des autorisations ont bel et bien été délivrées en 2008 et 2010 pour des enseignes lumineuses en toiture, mais celles-ci sont aujourd’hui considérées caduques par les autorités municipales. À présent, seule une nouvelle demande «en bonne et due forme» pourrait donner une chance de rallumer la lumière. «Le cas échéant, la demande serait examinée très attentivement par la Commune», fait savoir Jacques Chevalier, en exprimant «des doutes» quant aux chances de succès de la procédure. Et si d’aventure la Commune de Vernier donnait son aval, le Service cantonal de la sécurité disposerait de trente jours pour s’opposer à l’autorisation.

En attendant, Claude, Suzanne et leurs voisins du chemin de l’Étang viennent de retrouver leur droit à l’obscurité. Jeudi matin, les voix paraissaient reposées, conséquence d’une nuit sans réverbération lumineuse.

(TDG)

Créé: 09.08.2018, 18h43

Une question de santé

D’apparence moins nocive que la pollution atmosphérique, la pollution lumineuse n’est pas pour autant une thématique ignorée à Genève. En mars 2017, les Services industriels de Genève (SIG) réunissaient des experts du Grand Genève. Objectif: préserver notre patrimoine nocturne à l’heure où les effets du suréclairage sur le sommeil sont confirmés par un grand nombre de recherches.

«Le thème est apparu il y a cinq à dix ans, éclaire Olivier Pavesi, responsable de l’unité Éclairage et Mobilier Urbain connecté à SIG. Dans un premier temps, la nécessité d’économiser de l’énergie a conduit les pouvoirs publics à repenser l’éclairage des espaces publics.» Conséquence, l’éclairage public consomme aujourd’hui 40% d’énergie de moins qu’en 1996. Il le doit au recours systématique à de l’ingénierie d’éclairage et à l’évolution du matériel en vue de limiter le gaspillage.

Mais au-delà de l’espace privé, les enseignes lumineuses continuent d’éclairer nos nuits. «Elles sont la source majeure de pollution lumineuse dans les villes», assure Olivier Pavesi en rappelant que Genève n’est doté d’aucune loi limitant les enseignes éclairées. Et pourtant, les débats n’ont pas manqué au sein de la commission de l’énergie du Grand Conseil. «Pour l’heure, ils n’ont pas abouti, fait remarquer l’expert de SIG. Pourtant, la France et certaines villes suisses ont imposé de strictes limitations aux horaires de fonctionnement des enseignes et vitrines lumineuses.»

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