Verbois ouvre les vannes

Gestion des sédiments du Rhône L’abaissement partiel du fleuve débute vendredi. Le nouveau procédé doit faire ses preuves.

L’abaissement partiel du Rhône devrait offrir une vision quasi lunaire du lit du fleuve, comme ici en 2012.

L’abaissement partiel du Rhône devrait offrir une vision quasi lunaire du lit du fleuve, comme ici en 2012. Image: Pascal Frautschi

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Dès vendredi midi, les vannes du barrage de Génissiat (dans l’Ain) s’ouvriront. Samedi, celles de Verbois et de Chancy-Pougny suivront le mouvement. Ce sera le début d’une nouvelle vidange partielle du Rhône. But de la manœuvre: débarrasser le lit du fleuve d’une partie des sédiments que l’Arve y charrie afin d’éviter qu’ils ne s’accumulent et inondent certains quartiers de la ville. Si ce type d’opération n’a rien de nouveau, son procédé est totalement inédit.

L’Etat et les Services industriels de Genève (SIG) insistent sur ce point: il s’agit ici d’un abaissement partiel du Rhône et non pas d’une vidange totale comme celle qui avait entraîné des conséquences catastrophiques pour la faune il y a quatre ans. Ce nouveau mode opératoire sera testé pour la première fois.

Concrètement, l’opération débutera donc avec l’abaissement des retenues des barrages de Génissiat, de Chancy et de Verbois. Ces manœuvres permettront d’abaisser le niveau du Rhône de quatre mètres en dix-huit heures. Il sera stabilisé à cette hauteur pendant deux jours.

Parallèlement à cette baisse de niveau, les vannes du barrage du Seujet seront ouvertes afin d’augmenter le débit à 400?m3 par seconde. «En ajoutant les 100?m3 par seconde arrivant de l’Arve, cela permettra d’avoir suffisamment de débit pour emporter les sédiments», indique Gilles Garazi, directeur de la transition énergétique aux SIG. Mercredi, le niveau sera à nouveau abaissé afin d’atteindre au total entre sept et douze mètres de diminution. «La hauteur exacte dépendra des mesures de matières en suspension effectuées en temps réel. C’est là toute la difficulté et la spécificité de cette opération», ajoute-t-il.

Pêches de sauvegarde

Le taux de matières en suspension, c’est bien le nerf de la guerre puisque ces particules sont à l’origine de la mort des poissons qui ne trouvent plus assez d’oxygène dans l’eau. En ajustant le niveau du fleuve, les SIG espèrent pouvoir maintenir ce taux à une moyenne de 5 grammes par litre pendant toute l’opération, avec des pointes de 15 grammes par litre pendant trente minutes au maximum. «Ces taux sont déjà pratiqués en France depuis des années, précise François Pasquini, directeur du Service de l’écologie de l’eau à l’Etat de Genève. Ils devraient permettre d’éviter la mortalité piscicole.»

Si la faune devrait être relativement épargnée par cette nouvelle méthode, il reste la problématique des milieux aquatiques qui se trouveront déconnectés du Rhône suite à son abaissement. Afin de limiter les dégâts, les SIG, en charge de l’opération, ont prévu des mesures de sauvegarde. Elles concernent principalement les étangs de la Touvière, où les poissons se retrouveront prisonniers. «Au fur et à mesure que les plans d’eau se videront, nous récolterons les spécimens indigènes, explique Seydina Diouf, responsable de projets aux SIG. Ils seront remis dans les affluents ou étangs de pêche à proximité, sous la direction du Service cantonal de la pêche.» Les bouvières et les anodontes (moules d’eau douce dans lesquelles les bouvières pondent leurs œufs) sont conservés sur site dans un bassin aménagé pour l’occasion. Ces poissons et mollusques seront ensuite remis dans les étangs après leur reconnexion au Rhône.

Au total, l’abaissement du fleuve doit permettre l’évacuation de 1 à 1,5 million de mètres cubes de sédiments, soit la même quantité que lors des vidanges précédentes. Afin d’arriver à ce résultat en n’abaissant que partiellement le niveau du Rhône, la manœuvre devra être prolongée dans le temps. Alors que les éditions précédentes duraient environ trois jours, celle-ci pourrait approcher des dix jours. «A ce stade, il est impossible de définir sa durée exacte car tout dépendra de ces fameuses matières en suspension, mais l’opération ne pourra pas dépasser les onze jours au maximum», affirme Gilles Garazi.

Cet allongement de la durée aura des conséquences financières importantes pour les SIG, qui précisent que si le coût de l’opération reste à peu près similaire à celui de 2012 (1,4 million de francs), la perte de production d’électricité doublera, passant de 1 million de francs lors des éditions précédentes à 2 millions pour celle-ci. Ces coûts sont entièrement à la charge de l’exploitant.

Suivre l’opération sur Internet

Durant toute la durée de l’opération, soit du 20 au 31 mai, il sera strictement interdit de se baigner, de naviguer ou de pêcher dans le Rhône. Les balades le long des berges sont également prohibées.

Autre mesure, la route de Charny sera fermée à la circulation, mais le pont de Verbois restera ouvert. Les curieux pourront se rendre au stand d’information qui y sera installé sur la rive gauche les 21, 22 et 28 mai. Enfin, il sera également possible de suivre l’évolution des opérations sur le site Internet des SIG. Des bilans journaliers indiqueront le taux de matières en suspension, le niveau du lac ou encore le débit du Rhône et de l’Arve.

Pour suivre l’opération en direct:

www.sig-ge.ch/abaissement2016

(TDG)

Créé: 19.05.2016, 11h05

Articles en relation

Le Rhône se vide, dévoilant des paysages lunaires

Vidange de Verbois Depuis samedi, le barrage est grand ouvert pour évacuer les sédiments.Spectaculaire! Plus...

Cliquez sur l'image pour agrandir.

Stratégie mixte sur dix ans

Depuis les années 70, la gestion des sédiments présents dans le Rhône était réalisée par des vidanges. La dernière, effectuée en juin 2012, a entraîné une véritable catastrophe écologique avec la disparition de nombreux poissons. Devant cette hécatombe, un groupe de travail franco-suisse composé des pouvoirs publics et des exploitants des barrages (dont les Services industriels de Genève, la Compagnie nationale du Rhône et la Société des Forces Motrices de Chancy-Pougny) s’est réuni afin de trouver une solution alternative plus douce.

Plusieurs scénarios ont été étudiés, allant du maintien des grandes vidanges au laisser-faire total. Cette dernière option ayant été jugée irréalisable en raison des risques d’inondation dans certains quartiers de Genève, tels que la Jonction, ou le village de La Plaine.

Finalement, la solution retenue après consultation de tous les milieux concernés est une méthode mixte. Trois mesures seront appliquées: l’idée est, d’une part, de tirer profit des crues naturelles de l’Arve en les accompagnant d’un débit accru en provenance du Léman, par le biais du barrage du Seujet. D’autre part, de procéder à des abaissements partiels des barrages de Verbois, de Chancy-Pougny et de Génissiat, en France. L’opération qui débutera demain est la première de ce type. Elle devrait être reconduite tous les trois à quatre ans, lorsque les sédiments accumulés dans la retenue de Verbois approcheront les 5 millions de mètres cubes. «Il faut savoir qu’au-delà de ce seuil, nous ne pouvons plus maîtriser la hausse du niveau de l’eau à la Jonction, raison pour laquelle nous devons agir», indique François Pasquini.

Enfin, pour compléter ce dispositif, les sédiments que les deux premières mesures n’auraient pas suffi à évacuer seront dragués. Plusieurs opérations de ce type ont déjà eu lieu à la Jonction afin de permettre aux barges transportant les déchets aux Cheneviers de pouvoir naviguer. Des dragages ont également été effectués à Verbois au mois d’avril.

Ces trois méthodes combinées devraient permettre de ne plus avoir à procéder à des chasses complètes.

En attendant la fin des opérations et la réalisation complète d’un bilan, les organisations écologistes et les pêcheurs restent attentifs. «Nous tenons à relever que les SIG font de réels efforts afin de limiter les impacts sur la faune, mais nous restons prudents, indique Christophe Ebener, président de la Fédération des sociétés de pêche genevoises. A ce stade, aucune autorité ne peut garantir que sur le long terme ce type d’opération soit soutenable pour les poissons.» Pour les pêcheurs, seule une gestion naturelle du fleuve est viable. «Nous continuerons à nous battre pour cela car nous savons que c’est possible. La crue de l’Arve de l’année passée a démontré que quelle que soit la gestion du Rhône, les quartiers de la Jonction et de Plainpalais devront être assainis.» Les pêcheurs souhaitent également que les calendriers des abaissements soient modifiés afin que l’opération n’ait pas lieu au printemps, période de reproduction. La date a été fixée par les divers partenaires en fonction des quantités d’eau disponibles.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Donald à l'ONU
Plus...