Un vent d'Amazonie souffle sur le Jardin botanique

FloreUne exposition ressuscite la formidable épopée d’un naturaliste bavarois, qui s'est achevée il y a tout juste 200 ans.

Carl von Martius s’était découvert une véritable passion pour les palmiers. Ici une gravure tirée de son «Historia Naturalis Palmarum».

Carl von Martius s’était découvert une véritable passion pour les palmiers. Ici une gravure tirée de son «Historia Naturalis Palmarum». Image: COLLECTIONS DES CJBG

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Un navire se présente dans la baie de Lisbonne. On est en 1820. À son bord, un certain Carl von Martius. Il revient du Brésil. Dans les cales et sans doute aussi sur le pont, un trésor. De l’or? Oui, mais vert. Pas moins de 6500 espèces de plantes amazoniennes!

Deux cents ans plus tard, les Conservatoire et Jardin botaniques de Genève (CJBG) retracent le fantastique voyage de ce botaniste bavarois d’à peine 26 ans, qui va faire connaître au monde entier l’incroyable richesse d’une flore encore méconnue, et aujourd’hui plus menacée que jamais.

Cette exposition n’est pas due au hasard. Outre le bicentenaire de ce périple au plus profond de l’Amazonie, elle est aussi l’occasion de montrer certaines de ces plantes, dont plus d’un millier d’échantillons d’époque enrichissent les herbiers des CJBG; de découvrir aussi quelques espèces cultivées dans différentes serres du Jardin botanique; et de rappeler enfin qu’en raison de la déforestation galopante, la flore amazonienne est en grand danger.

Une nature parfois hostile

«Le voyage de Carl von Martius au Brésil a duré trois ans, de 1817 à 1820, raconte Fred Stauffer, commissaire de l’exposition. Il n’était pas seul, bien sûr. Il était notamment accompagné par le zoologiste bavarois Johann Baptist von Spix. Ensemble, ils vont explorer les rives de l’Amazonie jusqu’à ses bras les plus reculés, à l’extrême ouest.»

Une expédition de près de 2500 kilomètres, dans une nature parfois hostile et «à bord de simples pirogues depuis Salvador de Bahia, précise le conservateur et spécialiste des palmiers aux CJBG. Ils ont mis environ dix mois et demi pour remonter le fleuve, en traversant sept districts. Ils avaient des sauf-conduits pour franchir ces frontières.»

Des enfants d'Amazonie à bord

L’arrivée à Lisbonne ne fut sans doute pas une sinécure, elle aussi. Les cales ont dû être fouillées et les coffres ouverts, car il y avait de fortes tensions entre le Portugal et sa colonie brésilienne. Le Brésil obtiendra d’ailleurs son indépendance peu après, à l’issue d’un long processus qui s’étale de 1821 à 1824.

De plus, il n’y a pas que des plantes à bord, mais aussi des animaux vivants, des poissons, des insectes, des masques, divers objets ethnographiques… «et quatre enfants de tribus amazoniennes», glisse Fred Stauffer. Deux d’entre eux meurent durant le voyage. Les deux autres décéderont assez rapidement à Munich.

22'767 espèces décrites

Munich, c’est le «port d’attache» de Carl von Martius. Dès son retour, le jeune homme, qui deviendra plus tard le directeur du Jardin botanique de Munich jusqu’à sa mort en 1868, va s’atteler à faire connaître ses découvertes. Il y a les échantillons, mais aussi une documentation fabuleuse complétée par de très nombreux dessins et gravures, certains de sa main. Car le botaniste était un excellent dessinateur. Ainsi que, dans un autre registre, un très bon violoniste.

«L’œuvre de sa vie, c’est la «Flora Brasiliensis», explique Fred Stauffer. Soit l’une des plus importantes publications floristiques jamais réalisées concernant un pays tropical.» Imaginez: 15 tomes publiés en 40 gros volumes de 1840 à 1906, plus de 20000 pages illustrées par 3811 gravures, 22'767 espèces décrites, dont 5689 nouvelles pour la science de l’époque! «On en connaît aujourd’hui environ 42'000, c’est dire que Carl von Martius en a décrit plus de la moitié!»

Proche des De Candolle

Cet inventaire monumental est à découvrir aux CJBG, les premiers tomes ayant été offerts par l’empereur du Brésil Pedro II et les suivants par le gouvernement des États-Unis du Brésil. Carl von Martius ne l’a pas réalisé tout seul. Son grand mérite est d’avoir entraîné dans l’aventure une soixantaine de botanistes renommés, dont cinq Suisses. Le Bavarois entretient d’ailleurs une riche correspondance avec la famille De Candolle, dont Augustin Pyramus, fondateur du jardin botanique genevois.

Un traité sur les palmiers

Il va aussi réaliser l’«Historia Naturalis Palmarum», un traité sur les palmiers qui fait encore référence de nos jours. «Carl von Martius était un pionnier, il a magnifié la diversité de la flore amazonienne, relève Fred Stauffer. Aux CJBG, il est partout: dans les herbiers, les serres et dans sa correspondance écrite avec les botanistes genevois.»


Carl von Martius, à la découverte de la biodiversité tropicale
À voir jusqu’au 24 décembre 2020 à la Bibliothèque des CJBG.
Ouvert lundi (13h30-16h30), mardi, jeudi, vendredi (10h-12h et 13h30-16h30), et mercredi (10h-16h30). Fermé samedi et dimanche.

Créé: 11.02.2020, 15h14

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