La vendange 2019 a livré une maigre récolte

ViticultureLa météo a favorisé la qualité plutôt que la quantité. Mais la situation générale reste difficile pour les viticulteurs.

Image: Laurent Guiraud

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Le vignoble genevois joue au yo-yo. Après avoir beaucoup donné en 2018, la vendange 2019 s’est montrée pingre. Les viticulteurs n’ont récolté que 8,5millions de litres de raisin. «C’est la cinquième plus faible production de ces quarante-cinq dernières années sur le plan du volume», note l’Office de l’agriculture dans son rapport sur le contrôle de la vendange.

À vrai dire, ces petites années se concentrent durant la dernière décennie. Celles de 2013, 2015 et 2017 ont été chiches elles aussi. On est de toute manière très loin des années 80, où on laissait la vigne produire presque le double.

Cette faible production s’explique par les conditions climatiques. Comme l’hiver a été chaud, la vigne a vite débourré. Mais le mois de mai a connu un autre record, de fraîcheur cette fois-ci. Les jeunes pousses, encore peu développées, ont vu leur croissance malmenée par les saints de glace.

La qualité de la récolte est excellente

Rapport de la vendange Office de l’agriculture

La vigne a aussi subi deux épisodes de grêle. Le gros grain du 15 juin a d’ailleurs dévasté jusqu’à 80% de certains parchets entre Arve et Rhône. Selon le rapport, le millésime s’annonce moins riche en sucre, mais plus chargé en acide malique, ce qui devrait assurer des vins équilibrés. «La qualité de la récolte est excellente», conclut le rapport. Ce dernier annonce des vins rouges présentant «de belles concentrations taniques et des structures présageant d’un bon potentiel de garde» et des blancs «d’une grande finesse possédant de belles intensités aromatiques».

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Cépage le plus courant

Le chasselas reste, chez les blancs, le cépage le plus courant, même si on en produit deux fois moins qu’auparavant. De nouvelles spécialités ont la cote, comme la roussane ou le divona, même si leur part est encore marginale.

Chez les rouges, le gamay reste le cépage le plus cultivé mais poursuit sa chute inexorable. Deux petits nouveaux percent: le divico et le malbec. La teneur naturelle en sucre dépasse «significativement» les exigences fédérales, note le rapport. Les AOC représentent 73% de la production, le reste étant du vin de pays. Le chasselas reste le cépage qui offre de loin le meilleur rendement, avec 0,9litre au m². Le viognier ou le cabernet franc sont, eux, trois fois moins généreux.

Drosophile suzukii

Les conditions humides et chaudes ont offert des conditions idéales pour les ravageurs, notamment la drosophile suzukii. Si les dégâts sur les cerises et les petits fruits ont été «très importants», note le rapport, la vigne a échappé à ces attaques, ce qui «confirme l’efficacité des mesures prophylactiques des mesures mises en place dans les vignobles».


«Il faut faire des vins qui correspondent mieux aux goûts des Alémaniques»

Didier Fischer cultive un domaine viticole à Peissy après avoir été président de la Cave de Genève. Il livre son analyse.

Comment se porte la branche viticole à Genève?

L’écoulement est toujours difficile, notamment pour les vins de deuxième catégorie. Ce sont des vins de pays livrés chez les grands distributeurs. Mais ceux-ci achètent toujours plus de vins étrangers et ils n’achètent les vins suisses que pour ajuster leurs stocks. Les prix sont très bas, je ne vois pas de raison pour qu’ils remontent.

Les vins AOC semblent se porter mieux.

La vente de vins AOC se porte assez bien à Genève. La petite récolte de la dernière vendange va permettre de réguler les stocks. Mais il faudra quand même que les vignerons fassent du chiffre d’affaires et quand les volumes sont faibles il faudrait augmenter les prix. Or, c’est difficile dans un marché aussi concurrentiel. Au niveau national, la baisse de consommation est catastrophique et tant que les Suisses alémaniques ne boiront pas des vins suisses, on ne s’en sortira pas. Mais pour cela, il faut faire des vins qui correspondent mieux à leurs goûts, plus tanniques, voire plus ensoleillés, comme les vins du sud.

Les difficultés de Provins en Valais auront-elles des conséquences?

La cave a des stocks très importants, on parle de 6,5 millions de litres et d’un manque de liquidités. Si elle brade, il y aura de la casse. Les prix vont chuter et déstabiliser le marché.

Faut-il limiter les importations?

Certains le demandent. Il est vrai que les contingents ont été fixés à une époque où on buvait davantage de vin avec un degré d’alcool inférieur et ils n’ont plus été adaptés. La Confédération ne voudra pas les modifier car elle craint de compromettre d’autres dossiers européens. Cela dit, un relèvement des barrières douanières ne réglerait pas tout.

Que faire, selon vous?

Le vin se vend en grandes quantités en promotion dans les grandes surfaces et les magasins spécialisés. Il faut donc acheter des espaces de promotion pour placer des vins suisses en tête de gondole, ceci partout en Suisse. Lorsque l’on a un problème d’écoulement, il faut trouver les moyens d’écouler, donc de vendre! Mais il est très difficile de concurrencer les vins étrangers. L’Europe finance massivement les investissements dans les caves, soutient l’exportation de vin hors de la zone euro et cela permet aux grands distributeurs d’acheter des vins à 1fr.50 et de les vendre 7fr.50 la bouteille. Voyez les marges pour le vendeur. Il faudrait aussi considérer la consommation de proximité. Les vins suisses offrent cet avantage et la qualité, mais à un prix suisse.

C.B.

Créé: 14.02.2020, 18h53

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