Une fausse alerte à la bombe pour une vraie crainte

SécuritéUn déploiement de force inédit a provoqué l’inquiétude des voyageurs, hier, à Cointrin. Une femme a fait une fausse alerte à la bombe afin de punir la maîtresse de son mari.

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Des contrôles de sécurité systématiques de tous les voyageurs effectués par la police genevoise à l’entrée de l’aéroport et jusque sur la route, créant de grosses perturbations et pas mal de questions. De mémoire de Genevois, on n’avait jamais vu ça. Les mesures de sécurité ont été renforcées d’un cran hier matin en raison d’une alerte à la bombe. Celle-ci s’est dégonflée en début d’après-midi. Tout cela parce qu’une femme aurait voulu se venger de la maîtresse de son mari… Cet événement n’a pourtant rien d’anodin dans un contexte d’attentats à répétition dans les pays voisins.

Tout est parti d’un appel téléphonique passé mardi soir par une femme aux douanes suisses de l’aéroport de Genève. «Elle a évoqué la présence, mercredi, d’une personne munie d’une bombe dans le secteur français de l’aéroport», a expliqué le Ministère public genevois. «Une femme va se présenter avec deux enfants et une bombe», a-t-elle précisément déclaré à son interlocutrice, selon le procureur d’Annecy, Eric Maillaud.

L’appel a alerté les autorités de part et d’autre de la frontière. «Il y a eu un très bon réflexe, d’abord des douanes, ensuite de la police judiciaire, qui ont pris les choses au sérieux et ont cherché à éclaircir cette situation, ce qui a permis au Ministère public genevois d’identifier rapidement la source de l’appel», souligne Olivier Jornot, procureur général genevois.

Le numéro appelant correspondait à un raccordement situé à Annecy (Haute-Savoie). Sur commission rogatoire du Ministère public, les autorités françaises ont alors perquisitionné le domicile correspondant au raccordement identifié. Cette perquisition administrative s’est opérée mercredi matin dans le cadre du renouvellement de la loi sur l’état d’urgence après l’attentat de Nice du 14 juillet.

Un geste de jalousie

La police française était d’autant plus inquiète que l’adresse était connue de ses services. La résidente «a admis être l’auteure de l’appel». Comment a-t-elle expliqué son geste? «Elle a dit qu’elle voulait empêcher le départ d’une personne dont elle suppose être la maîtresse de son mari et qui devait partir avec ses deux enfants en Turquie», détaille le procureur d’Annecy, Eric Maillaud, revenant sur une information de 20 minutes.

Ce geste mérite une réponse pénale tant en Suisse qu’en France. «L’auteure de l’appel est prévenue de menaces alarmant la population», précise le Ministère public genevois. «J’ai ouvert une enquête judiciaire pour fausse alerte et dénonciation d’infraction imaginaire, indique pour sa part Eric Maillaud. Elle a causé un véritable trouble à l’ordre public, des préjudices économiques importants, des angoisses pour des centaines de passagers qui ont pu penser aux récents attentats de Bruxelles et Ankara.» Les temps ont changé, souligne-t-il: «Elle aurait fait la même chose il y a trois ans, pas sûr qu’il y aurait eu tout cela.»

«Déploiement justifié»

Tout ça pour ça? En a-t-on trop fait? Des questions toujours plus faciles à poser après coup, une fois les choses rentrées dans l’ordre. Pour Jean-Paul Rouiller, directeur du Geneva Center for Training and Analysis of Terrorism (CGTAT), «le déploiement policier à l’aéroport, exceptionnel de par son ampleur et ses moyens, était justifié». Les premiers éléments recueillis semblaient inquiétants: «Le lieu visé et clairement déterminé, les suspects, la bombe.»

L’évaluation de la situation se fait toujours en fonction du contexte global, relève-t-il: «Il faut rappeler l’attentat à l’aéroport de Bruxelles en mars et celui à l’aéroport d’Istanbul en juin. Et cette alerte à Genève est survenue mardi soir, le jour où l’on apprenait qu’un des assaillants de l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en France, avait été arrêté à l’aéroport de Genève.» Bref, «on peut comprendre que Genève n’avait aucune envie de prendre de risque», conclut Jean-Paul Rouiller.

(TDG)

Créé: 27.07.2016, 20h43

Rares appels abusifs

Ce n’est pas souvent que les policiers et pompiers genevois sont confrontés à des appels anonymes. Ils sont «plutôt rares», dit la police, ou «de fréquence très faible», selon le Service incendie et secours (SIS). Même en cas d’appel masqué, le numéro est transmis aux standards des services d’urgence. «Si l’appel provient d’un portable, nous savons aussi de quelle zone il émane, en fonction de l’antenne qui l’a pris en charge», précise le capitaine du SIS Marc Feuardent. Quelle est la nature de ces coups de fil? «Il peut s’agir de fausses alertes ou de dénonciations anonymes», indique Chloé Dethurens, porte-parole de la police genevoise. Marc Feuardent évoque plutôt des personnes déséquilibrées, voire des enfants facétieux, face auxquels une explication pédagogique sur la nature illégale de la plaisanterie suffit en général à y mettre fin. La dénonciation au Parquet est une autre option, prévient la police. A son article 258, le Code pénal suisse prévoit l'amende et jusqu’à trois ans de prison pour les menaces fallacieuses alarmant la population. Son homologue français, à l'article 322-14, stipule que «le fait de communiquer ou de divulguer une fausse information dans le but de faire croire qu'une destruction, une dégradation ou une détérioration dangereuse pour les personnes va être ou a été commise est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende».
Marc Moulin

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