L'usine Kugler, un phare pour les artistes

Patrimoine industriel genevois (2/5)L’ancienne robinetterie de la Jonction s’est transformée en temple de la culture émergente.

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Rendez-vous à la rue de la Truite, artère sans issue. Au fin fond du quartier de la Jonction, derrière les dépôts de bus TPG, l’usine Kugler ne se livre pas au premier venu. Certains la connaissent pour ses soirées alternatives ponctuelles dans l’espace modulable de 400?mètres carrés ou ses vernissages dans la galerie. D’autres n’y ont jamais mis les pieds. Cette ancienne robinetterie, que l’on repère de loin grâce à sa cheminée en briques rouges, est la propriété de l’Etat et abrite maintenant des ateliers d’artistes. Huit associations, soit 220 personnes.

A l’origine, dès 1899, le bâtiment abritait l’entreprise d’appareillages Gardy, spécialisée dans la fabrication de petit matériel électrique. Selon l’Office du patrimoine et des sites, «l’usine est articulée autour des fours à porcelaine, une matière utilisée comme isolant pour les coupe-circuit et les prises, d’où l’existence de la cheminée. En 1930, le bâtiment est racheté par la fonderie Kugler, spécialisée dans les ustensiles sanitaires, notamment les robinets.» A l’époque, la surface développée recouvre 11?000?mètres carrés. Une vasque d’origine à robinets multiples subsiste encore dans la cour intérieure.

Du squat au bail renouvelable

Quand l’Etat rachète le bâtiment en 1996, il envisage successivement plusieurs projets: l’Ecole d’architecture, la Maison verte, l’Office cantonal de la population. Finalement, une partie des locaux est attribuée à des associations et la partie vide commence à être squattée. En 2002, après un incendie «minime» selon ses occupants, l’expulsion immédiate est décidée pour des raisons de sécurité. Les locaux doivent être libérés pour des travaux de sécurisation. Les associations réintégreront peu à peu les locaux, au fur et à mesure de l’avancée des négociations et des travaux de réhabilitation.

L’architecte cantonal Francesco Della Casa nous offre sa «lecture» du bâtiment, qui ne bénéficie d’aucune mesure de protection. «Ici la valeur n’est pas architecturale, car il n’y a aucun soin particulier apporté à cette construction assez banale. Mais il y a une valeur d’usage. La présence d’une activité culturelle fait sa valeur. Il est intéressant d’avoir de grands ateliers à disposition pour les artistes. Ils n’ont pas les moyens de faire construire du neuf, donc la reconversion est un compromis intéressant pour eux.» Malgré les travaux, l’ensemble est loin de paraître flambant neuf. «Quel sens aurait une réfection de façade pour des ateliers d’artistes? Ils ont besoin de hauteur et de lumière. Quant aux normes de sécurité, si on devait les respecter intégralement, ce serait un investissement disproportionné! Avec des réaménagements minimes, on est arrivé à un degré raisonnable.»

Jardins suspendus

A l’intérieur, les artistes se sont approprié les lieux comme ils ont pu, créant des jardins suspendus agrémentés de lampions de couleur. On remarque les fenêtres divisées en carreaux égaux par des montants métalliques, et les rappels de brique çà et là. «Tout cela résulte d’un choix pragmatique et économique, pas esthétique. Les petits carreaux sont très bon marché alors que les plaques de verre seraient beaucoup plus chères. Quant à la brique, c’est un élément de remplissage meilleur marché: si on faisait tout en pierre, ce serait beaucoup trop cher.»

Christian Humbert-Droz, sérigraphe et éditeur de la revue Drozophile, a déménagé son atelier à Kugler en 2012. Il s’en dégage une forte odeur de peinture et de solvants, qui attaque narines et prunelles. «Avant, j’étais à Thônex et je louais mon local 3000?francs par mois. J’avais envie de faire partie de l’usine Kugler, j’aime ce qui s’y passe. C’est extrêmement motivant d’être ici. Le confort est moindre, en hiver on se les «pèle», mais j’y suis beaucoup mieux. Je partage un loyer d’environ 1500?francs avec deux autres sérigraphes. Ça me laisse une marge pour faire beaucoup plus de «bêtises»: des expositions, des bouquins…»

Références bibliographiques sur: www.interroge.ch (TDG)

Créé: 03.08.2015, 16h56

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