Usine contre Etat, un conflit idéologique? Réactions

Lieu culturelProfessionnels du spectacle, des concerts ou de la fête, ils réagissent au bras de fer entre l’Usine et le Canton

Place des Volontaires, à Genève. L'entrée de l' Usine (centre culturel autogéré) exhibe ses affiches «fight for l'usine».

Place des Volontaires, à Genève. L'entrée de l' Usine (centre culturel autogéré) exhibe ses affiches «fight for l'usine». Image: Paolo Battiston

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L’Usine peut-elle refuser de bonne foi sa mise aux normes administratives? L’Usine contre l’Etat (qui entend réguler les cinq buvettes du bâtiment), est-ce un conflit idéologique? Et tant qu’à faire, l’Usine, à quoi ça sert? Professionnels du spectacle, des concerts ou de la fête, subventionnés ou privés, les acteurs de la place nous livrent leurs réactions.

Yan Roschi, programmateur musique de La Gravière: «L’application de la nouvelle Loi sur le débit de boissons et le divertissement (LRDBHD) manque de concertation. Le statut de collectif propre à l’Usine n’est pas reconnu. Est-ce la fin d’un système? Une transition, en tout cas. La lutte de l’Usine est emblématique, et peut servir à d’autres lieux. Mais il manque à ce conflit une médiation de la part du service cantonal de la culture.»

Mathieu Bertholet, directeur du théâtre Le Poche: «Ce conflit est symptomatique de la gestion culturelle à Genève: après la Nouvelle Comédie, l’Usine constitue un second terrain de bataille entre Ville et Canton. Est-ce un affrontement politique? A droite comme à gauche, je constate un manque de convictions. C’est déplorable: Genève aurait grandement besoin de la culture comme étendard.»

Michael Drieberg, directeur de Live Music, promoteur de concerts: «Culture subventionnée, il doit y avoir, bien qu’on en donne trop à mon avis. Et pas tant à l’Usine cependant. Vouloir sortir de la marge? Ça doit exister! Mais on ne peut se déclarer rebelle tout en étant subventionné.»

Myriam Kridi, ancienne programmatrice du Théâtre de l’Usine, actuelle directrice du Festival de la Cité à Lausanne: «Au lieu de construire l’administratif sur des expériences qui fonctionnent, on inverse le processus en imposant des cadres contraignants. Protéger certains métiers avec des lois, voilà une bonne intention. Mais ceux qui font ces lois ne fréquentent pas les lieux concernés. Personnellement, je n’y ai jamais croisé Pierre Maudet. Difficile pour lui de se faire une idée.»

Claude Ratzé, directeur de l’Association pour la danse contemporaine: «Le Canton considère que l’alternatif a disparu avec les squats, alors qu’il existe encore, et nie de la sorte une histoire culturelle genevoise récente, qui a lancé nos artistes importants. Le Canton devrait se rendre compte que la nouvelle génération, celle qui manifestait samedi dernier en faveur de l’Usine, a hérité de cette culture alternative.»

Nejdi Hazami, directeur commercial et marketing du club MoA: «Je comprends que le Canton s’en mêle, puisqu’il gère ses redevances. Cela dit, la problématique va dans tous les sens: on édicte ainsi une loi qui permet à certains clubs de fermer à 8 heures du matin tout en voulant régler la question de l’Usine. Ce n’est en tout cas pas cette dernière qui fera du cash avec la vente de boissons: ses tarifs sont particulièrement bas.»

Edouard Waintrop, directeur des cinémas du Grütli: «On a une fâcheuse tendance à privilégier le cinéma purement commercial contre le cinéma associatif, anciennement militant, qui n’existerait plus à Genève sans le travail du Spoutnik à l’Usine.»

Roland Le Blévennec, programmateur du Chat Noir: «L’Usine apparaît comme une zone de non-droit. Est-ce si grave? Je n’en suis pas convaincu. Ce qui sera dépensé pour se mettre dans la norme le sera au détriment d’un ou deux groupes qui ne pourront pas jouer dans l’année. Qu’est-ce qui importe: être dans les clous ou faire jouer deux groupes de plus? Ce ne sont que de buvettes dont il s’agit, pas de cafés-restaurants!»

Fiona MacPhail, présidente du club MàD: «Tous les gérants savent à quel point cela coûte cher de tenir un lieu. L’Usine a des privilèges et pas nous? Le but, c’est que les gens aient accès à la culture sans dépenser des mille et des cents.»

Créé: 27.10.2015, 21h41

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Comment l’Usine se finance-t-elle? Outre le bénévolat, les buvettes et les entrées payantes, le centre et ses locataires touchent des subventions, que voici pour 2015.

Subventions de la Ville

454?684 fr. à l’association faîtière (non monétaire, équivalent valeur locative du bâtiment et mise à disposition des locaux).

5000 fr. pour la salle de répétition (non monétaire).

95?000 fr. à l’association faîtière de l’Usine (eau, gaz, électricité).

220?000 fr. au Théâtre de l’Usine.

120?000 fr. au cinéma Spoutnik.

325?000 fr. à PTR (concerts; association désormais sortie de l’association faîtière de l’Usine)


Subventions du Canton


100?000 fr. au Théâtre de l’Usine.


Dons de la Loterie Romande

40?000 fr. pour le Théâtre de l’Usine (construction d’un gradin, bloqué par le Canton).

30?000 fr. pour la salle de concert du rez (renouvellement système son, bloqué par le Canton).


Fabrice Gottraux






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