«L’Usine ne doit pas être un espace de non-droit»

Trafic de drogueLe conseiller d’État Mauro Poggia s’exprime sur le trafic de drogue autour de l’Usine. Et déplore des complicités.

Le conseiller d’État Mauro Poggia observe qu’«aujourd’hui, les gens qui commettent des délits ont un sentiment d’impunité et les honnêtes gens un sentiment d’insécurité. C’est un comble. Il faut inverser ceci.»

Le conseiller d’État Mauro Poggia observe qu’«aujourd’hui, les gens qui commettent des délits ont un sentiment d’impunité et les honnêtes gens un sentiment d’insécurité. C’est un comble. Il faut inverser ceci.» Image: MAGALI GIRARDIN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La situation s’envenime entre la police et une partie des jeunes qui fréquentent les abords de l’Usine, à la Jonction. Dimanche dernier, une opération de police a mal tourné. Des personnes ont fait entrave aux forces de l’ordre et six d’entre elles ont passé la nuit au poste. Sur les réseaux sociaux, certains dénoncent «l’usage abusif de la force» par la police et un «ciblage raciste» de ses interventions. Ces tensions ne sont pas nouvelles, mais elles se sont accrues depuis quelques mois. Elles ont pour contexte la présence toujours forte de dealers autour du centre alternatif. Chargé du Département de la sécurité, le conseiller d’État Mauro Poggia réagit aux récents événements. Et dénonce des complicités au sein même de l’Usine.

Les contrôles se multiplient autour de l’Usine. Faut-il y voir une entreprise de reconquête du terrain?

Oui, on peut le dire. Bien sûr, il n’y a pas de directives précises, mais plutôt un message donné par le département à la police. Pour dire qu’il n’y a pas d’abandon de territoire à des activités contre lesquelles nous serions impuissants. Le trafic de rue crée un malaise auprès des habitants du quartier, qui y voient une zone de non-droit. Aujourd’hui, les gens qui commettent des délits ont un sentiment d’impunité et les honnêtes gens un sentiment d’insécurité. C’est un comble. Il faut inverser ceci. Ce sont les délinquants qui doivent se sentir en insécurité, harcelés par la police. Les gens doivent être convaincus qu’ils ont fait le bon choix en étant honnêtes et ne doivent pas penser qu’on s’en sort mieux si on triche et bafoue les lois.

Certains dénoncent des «contrôles racistes».

Si vous aviez un doute, rassurez-vous, il n’y a pas de directives pour sélectionner les contrevenants à la loi. Il se trouve que le deal de rue est surtout le fait de personnes d’origine africaine. Le jour où le marché sera tenu par des Scandinaves, nous arrêterons des Scandinaves.

Les mêmes disent que les dealers trafiquent car ils ne peuvent pas travailler, qu’ils sont les victimes du système de l’asile.

Certains prétendent que l’homme est victime de la société, d’autres qu’il est entièrement responsable. La vérité est au milieu. Ici, il se trouve que ces gens sont au minimum vital car, et c’est une décision fédérale, on attend d’eux qu’ils s’en aillent. Le cadre juridique est ainsi. Ces gens n’ont pas décidé de travailler au noir dans les restaurants, ils ont choisi de faire du trafic de stupéfiants.

Les critiques portent aussi sur le caractère musclé des interventions, le manque de doigté de certains agents.

On peut avoir un cercle vertueux, ou vicieux. Ici, certaines personnes sont ouvertement antipolice. Or, quand le lieu est hostile, les policiers sont sur la défensive. Il est difficile d’aborder avec empathie des gens qui ne vous montrent aucun respect. Je peux imaginer que cela puisse causer un peu d’agressivité, mais je n’ai aucun élément qui me dit qu’il y aurait eu des actions disproportionnées de la police.

Mais aujourd’hui, des gens s’interposent entre la police et les dealers.

Oui, et c’est problématique, notamment parce que cela renforce le sentiment d’impunité des délinquants, qui en deviennent arrogants. Ce total irrespect rend l’activité policière difficile et peut générer des violences. Ces cas d’entraves se multiplient d’ailleurs, et se manifestent même envers tous les feux bleus (ndlr: police, pompiers, ambulances).

Qu’allez-vous faire pour calmer la situation autour de l’Usine?

Il n’y a malheureusement pas d’unanimité pour soutenir une action forte. L’Usine mérite son existence, mais elle déborde sur la vie politique. Il y a des protections offertes au trafic de drogue. Des portes de traverse qui restent ouvertes et qui permettent aux dealers de se réfugier dans l’établissement.

Vous évoquez clairement des complicités de l’Usine?

Quand je lis les explications de ses responsables dans la presse, je me pince les lèvres. Il faut arrêter de jouer les Calimero. Les rapports sont bien existants. À un moment donné, il y a clairement une entrave à l’action pénale. Par rapport à cela, nous ne devons pas baisser les bras. Il faut continuer à faire notre travail et continuer à décrire ces complicités internes.

Alors on va vers le rapport de force, le durcissement?

Écoutez. Je ne vais jamais confronter la police à des gens qui n’ont rien à se reprocher. Quand les syndicats du bâtiment ont décidé, lors d’une manifestation ce printemps, d’emprunter le pont du Mont-Blanc contre l’avis de la police, je n’ai pas envoyé les forces de l’ordre contre les maçons. Mais pour revenir à la situation autour de l’Usine, il est évident que si la solution est de faire marche arrière, ce n’est pas cette option qui sera choisie.


«Entre la police et les habitants, il faut une relation d’appartenance»

Le respect, ça se mérite. La police n’a-t-elle pas terni son image à force de grèves et de manifestations?

Certaines de ses revendications ont peut-être été mal perçues, et quelques affaires ont pu écorner son image, comme récemment cette procédure liée à la prostitution (ndlr: des policiers auraient fréquenté des prostituées). Mais ces éléments ne sont pas à l’origine de ce qui se passe autour de l’Usine.

On voit surtout les policiers en voiture, peu dans la rue, et souvent en tenue de Rambo. Cela n’aide pas beaucoup.

Si un policier n’était pas équipé, on le lui reprocherait en cas de coup dur. Et les agents sont en voiture pour intervenir rapidement. On parle beaucoup de police de proximité, mais il faudrait augmenter les effectifs. La situation n’est pas idéale, mais il faut faire en sorte que la relation entre la population et sa police soit une relation d’appartenance et de partenariat. Chacun doit faire sa part. Le comportement de la police doit être exemplaire et respectueux. C’est le cas de la grande majorité des agents.

Vous dites qu’ils sont souvent attaqués en justice?

Les plaintes à leur encontre se multiplient et on ouvre des procédures qui s’éternisent. Pour un policier, c’est perturbant d’avoir une enquête en cours. On a longtemps accusé les autorités de couvrir les policiers, aujourd’hui, c’est presque le contraire. Il faut que le balancier se remette au milieu. C.B.

Créé: 29.07.2019, 07h18

Articles en relation

Chambard aux Volontaires: six personnes interpellées

Jonction La police a arrêté six personnes devant l’Usine pour avoir, selon elle, fait obstruction aux agents. Plus...

Deal de rue: l’Usine répond aux critiques

Coulouvrenière Après le lancement d’une pétition contre la présence des dealers dans le quartier, le centre explique sa position. Plus...

Les liens troubles entre l’Usine et les dealers de rue

Drogue Alors qu’une pétition contre les revendeurs a été déposée, la liaison entre ces derniers et le centre culturel est pointée du doigt. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le Léman Express inauguré
Plus...