Urgences pédiatriques: un accueil salvateur au quotidien

SantéAprès quarante ans d’existence, la garde de la Société genevoise de pédiatrie reste peu connue. Reportage.

Image: FRANK MENTHA

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Ils commencent à arriver vers 19 h. Avec leurs mines pâles enfouies dans les épaules, leurs petits corps endormis dans le pyjama. Ça tousse, ça renifle. À leurs côtés, les visages soucieux de leurs parents. Chaque soir de la semaine, et tout le week-end, la garde de la Société genevoise de pédiatrie et son réseau accueillent des urgences médicales pour les enfants et adolescents de 0 à 18 ans. Créée il y a quarante ans, la structure se compose aujourd’hui de trois antennes, au Centre médical des Eaux-Vives, à la Garde pédiatrique de Lancy et à l’Hôpital de la Tour.

Pas de prise en charge d’urgences vitales ici, on s’occupe plutôt des pathologies rencontrées en cabinet, de l’infection à l’allergie, de la fièvre aux douleurs. Et aussi, de l’inquiétude des parents, mis de plus en plus sous pression au travail et parfois isolés. Pour accueillir ses 13 000 à 14 000 patients par an, la garde a optimisé son service: il y a désormais un numéro unique pour ses trois sites de permanence et une possibilité de prise de rendez-vous en ligne pour le jour même.

Diminuer l’attente pour les parents

«C’est l’activité de fin de semaine quand on a un enfant en bas âge: passer sa soirée à attendre aux urgences!» Le papa est fatigué mais il n’a pas perdu son sens de l’humour. Ce vendredi soir, il est venu à la garde pédiatrique du Centre médical des Eaux-Vives avec sa femme et William, sept mois. Le petit se réveille toutes les heures et demie depuis des semaines. Les parents craignent une gastro, une otite, quelque chose. La pédiatre de garde les rassure. Et en profite pour discuter du sommeil, des rituels du coucher, des pleurs. Tout en leur conseillant de ne pas hésiter à aller discuter avec leur pédiatre, «il est là pour ça».

Un peu avant, la jeune pédiatre assurait une double consultation en espagnol. Deux sœurs colombiennes, Hanna et Tahilyn, 4 ans et deux ans et demi. Pour de la toux qui dure, et de la fièvre qui s’installe. Sous le maquillage de Halloween de la veille, les traits sont tirés. «Elles sont malades depuis plusieurs jours et on n’a pas réussi à aller chez le pédiatre aujourd’hui, mais on ne voulait pas laisser passer tout le week-end comme ça, raconte la maman. D’habitude, on va aux urgences de la Clinique des Grangettes, mais on a tenté ici pour une fois et c’est super, on attend moins.» C’est bien l’un des buts de cette garde, souligne Thierry Battisti, pédiatre et président de la Société genevoise de pédiatrie (SGP), qui regroupe 145 spécialistes. «Diminuer l’attente pour les parents, offrir un accueil en dehors des heures de bureau et décharger les urgences des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) des cas pédiatriques de moindre gravité». Il s’agit aussi de répondre à une exigence de la Loi sur la santé, ajoute Jean-Sébastien Landry, président du Réseau des pédiatres genevois et vice-président de la SGP. «Celle-ci prévoit en effet que les professionnels de premier recours – médecins, sages-femmes, pharmaciens indépendants, etc. – assument des gardes.»

La garde pédiatrique fonctionne avec une assistante médicale ou infirmière pédiatrique au bout du fil, qui conseille, répartit les patients entre les divers lieux en fonction des souhaits des familles et de l’affluence. «Avec ce système, nous arrivions parfois à saturation, nous ne parvenions plus à prendre en charge tous les appels», rapporte Purita Mendez, membre du comité de la Société et médecin référent de la garde. Alors depuis cette année, il est possible de prendre rendez-vous en ligne, sur www.rdvp.ch. Il faut entrer ses coordonnées, répondre à quelques questions. Pour un bébé de moins de 1 an, il est indispensable d’avoir l’assistante au téléphone pour évaluer le degré d’urgence. «Elle passe de toute manière en revue les rendez-vous pris en ligne et leurs motifs, précise Purita Mendez. Si certains l’interpellent, elle appelle les parents pour plus d’informations.»

Un service encore méconnu

La garde a beau exister depuis quarante ans, elle demeure encore méconnue, ou mal connue. Elle l’était justement par cette maman venue avec l’un de ses jumeaux, qui a mal quand il urine. «Les Grangettes m’ont dit qu’il y avait de l’attente et m’ont parlé de la garde ici. Je connaissais mais je croyais que ça fermait la nuit… Et comme il faut prendre rendez-vous, je pensais qu’il était impossible d’avoir une place!» Pour la maman de Zoé, 3 ans, pull arc-en-ciel, chaussettes à pois et potentielle infection urinaire, c’est aussi une première. Elle se rend normalement aux Grangettes ou aux HUG. «Mais ce soir j’ai tenté ici et je réalise que c’est plus rapide.»

Parents sous pression sociale

Ce soir-là, les suspicions d’infections urinaires défilent, tout comme les bronchites. «On entre dans la période hivernale et les épidémies, explique Purita Mendez. Au printemps, la majorité des cas sont liés aux allergies.» À cela s’ajoutent des situations psychosociales. «Les parents disent venir pour l’enfant, mais en fait ce sont eux qui ont besoin d’un soutien, continue la pédiatre. Pour les dépressions postpartum, pour des problèmes d’anxiété.»

Les motifs de consultation ont-ils évolué ces dernières années? Jean-Sébastien Landry relève que la pression sociale sur les parents a beaucoup augmenté. «Certains sont souvent isolés et n’ont pas une mère ou une tante qui peut les conseiller et les décharger en s’occupant de l’enfant malade. Le niveau d’anxiété est alors plus fort. On le constate notamment dans des quartiers où il y a beaucoup d’immigration. Mais surtout, on remarque que la pression du travail est devenue très lourde. On entend régulièrement une maman ou un papa dire: «Si mon enfant ne va pas bien demain, la crèche va le refuser et je fais comment avec mon travail?» On nous demande d’évaluer les risques, de déterminer si l’enfant est contagieux ou non. Il y a cette peur d’être sanctionné au travail, voire d’être licencié, si l’on est absent trop souvent à cause de ses enfants malades.» Purita Mendez ajoute: «Parfois, on vient nous demander un certificat pour attester que l’enfant n’est pas contagieux, afin que les parents puissent le mettre à la crèche, alors qu’il l’est complètement…»

Le patient paie sa consultation au même titre que son rendez-vous en cabinet en journée, à la tarification Tarmed standard. «Le prix moyen est de 180 à 200 francs, y compris la surtaxe d’urgence et d’éventuels rapports rédigés», indique Jean-Sébastien Landry. Et qui finance la structure? «Les trois sites nous mettent à disposition des locaux et le personnel paramédical et, comme dans un cabinet, une partie de la rémunération de la consultation les finance.» Le Réseau des pédiatres genevois, qui instaure une collaboration entre médecins, assureurs et politiques via le «managed care» (ndlr: réseaux de soins), finance quant à lui les outils pour la population (téléphone, prise de rendez-vous en ligne). «Ces gardes sont un service à la population et n’ont pas d’objet lucratif», conclut le pédiatre. (TDG)

Créé: 09.11.2018, 18h25

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