Comment les HUG vont réduire l'attente aux Urgences

Infrastructures et santéLe service, porte d’entrée majeure des Hôpitaux universitaires de Genève, se réorganise pour mieux accueillir les patients, en parallèle d’un chantier qui durera trois ans.

La surface occupée par les Urgences augmentera de 54%.

La surface occupée par les Urgences augmentera de 54%. Image: DR

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Il est à la fois désolé et content. Désolé (un peu), Bertrand Levrat présente ses excuses par avance pour toutes les nuisances à venir. Et content (surtout), comme directeur général des Hôpitaux universitaires de Genève, de voir commencer des travaux qui vont «singulièrement améliorer la situation actuelle» des Urgences adultes d’ici au printemps 2023. L’autorisation de construire a été obtenue en décembre pour la rénovation à 44,6 millions de francs de ce service clé, qui lui permet non seulement de s’agrandir mais aussi de réorganiser l’accueil des patients pour améliorer les conditions d’attente et la confidentialité. Une mue entamée en juin à partir d’un modèle notamment inspiré de ce qui est en place à l’Hôpital universitaire de Bâle et dans d’autres établissements, dans les pays nordiques ou en France par exemple.

Un grand projet, nécessaire car «nos infrastructures sont dépassées par la réalité du recours aux Urgences», admet Bertrand Levrat, en rappelant que le bâtiment érigé dans les années 60 a été construit pour absorber 60'000 passages. Or on en a dénombré plus de 74'000 en 2019 et 72'000 en 2018. «On va augmenter la surface des Urgences avec 2326 m2 de plus. On construit plus grand que ce dont on a besoin, car ces travaux doivent nous amener à 2040, où l’on prévoit 90'000 passages. D’ici là, peut-être que la médecine d’urgence aura fortement évolué…»

Plus de médecin traitant

Au-delà des facteurs bien connus de l’augmentation de la population genevoise, «d’un peu moins de 1% par an», et de son vieillissement, le haut cadre relève la tendance à ne plus avoir de médecin de famille et à venir aux Urgences pour une simple consultation. «Un jeune de 18 ans aujourd’hui ne va pas s’acheter de voiture ni prendre de médecin traitant.»

En 2013, la Cour des comptes avait rendu un rapport sur la gestion des files d’attente aux HUG, déplorant l’absence de vision globale de la part du Canton et des HUG pour traiter l’attente comme un sujet à part entière. Dans la foulée, Bertrand Levrat dévoilait un plan d’action pour réduire de moitié les délais d’attente. Le miracle n’a pas eu lieu. «Aujourd’hui ce n’est pas spectaculaire, reconnaît-il. Toutes les mesures qu’on a prises ont été mangées par cette hausse de 30% du nombre de cas, c’est un peu frustrant mais c’est la réalité objective. L’environnement n’est pas resté stable, il a explosé.» Depuis ce rapport de l’organe de contrôle indépendant, «on a travaillé sur l’ensemble du flux hospitalier, qui est très complexe. L’intervention de la Cour des comptes a été utile comme perspective de mise en œuvre, mais elle n’est pas le moteur du changement.»

Cliquez sur l'infographie pour l'agrandir.

En tout cas, la réduction du délai d’attente avant de voir un médecin est maintenant au cœur du dispositif, comme l’explique le Pr François Sarasin, médecin-chef du Service des urgences. Il serait irréaliste de supprimer complètement les temps morts, «car aux Urgences on ne peut pas avoir accès à tout instantanément». Il s’agit en fait de déplacer les moments de creux.

Attente en aval

«Plutôt que d’avoir une attente en amont, le patient attendra après une prise en charge assez avancée par une équipe médico-soignante.»

Ainsi la perception de cette attente devrait en être modifiée. «Prenons un patient qui a mal au ventre. S’il attend avant d’avoir vu un médecin, il ne sait pas très bien ce qui lui arrive, ça génère du stress, c’est l’inconnu. Alors que si un médecin le prend en charge et lui indique qu’il s’agit peut-être d’une inflammation des intestins et qu’il faut faire un scanner, là il peut supporter une heure et demie d’attente pour le scanner, car il sera dans un état d’esprit complètement différent.» Dans certaines situations, c’est plutôt un système de rappel automatisé par SMS qui sera actionné. Et à l’avenir, promet l’institution, un logiciel lui permettra de savoir quand aura lieu son prochain examen de laboratoire ou radiologique.

Le professeur explique aussi que l’amélioration de la circulation dans l’espace va diminuer les délais pendant lesquels il faut patienter. Quand il parle de vétusté des locaux, il insiste sur leur ergonomie. «Le service est très labyrinthique, il a été construit par à-coups, ce qui complique les trajectoires des patients. Vous pouvez avoir quelqu’un à deux mètres de vous sans le voir.» Même les médecins «marchent beaucoup trop», abonde le Dr Hervé Spechbach, responsable de l’unité des Urgences ambulatoires. Le fait de placer le scanner à côté de la salle de déchocage (réanimation) évitera des transports inutiles.

Enfin, un des gains attendus de la nouvelle configuration est la meilleure confidentialité dans les box. Adieu les rideaux qui ont des oreilles, bonjour aux box en dur pour transmettre des informations personnelles dans le respect du secret médical.

Débuts chaotiques

Les débuts du projet de réorganisation, cet été, n’ont pas été une mince affaire. Une pétition avait été adressée à la direction par le personnel médico-soignant, évoquant une détérioration «extrême» des conditions de travail selon un communiqué du SIT. Des «dysfonctionnements organisationnels» y étaient dénoncés.

«On a pas mal échangé avec les représentants du personnel, on a eu l’occasion de changer les pratiques, notamment les effectifs de nuit, et le SIT a parfaitement joué son rôle en pointant les différences entre intentions et réalité, assure Bertrand Levrat. Le dialogue social a permis de régler un certain nombre de choses.» La déléguée syndicale du SIT, Sophia Grandi, reconnaît que des transformations étaient nécessaires. Elle estime cependant qu’il n’est pas «superjudicieux d’avoir voulu changer le fonctionnement au moment où on a commencé les rocades pour le chantier. Cela a été très violent.»

Créé: 05.02.2020, 06h51

Un chantier en cohabitation délicate, avec surélévation et nouveau sas pour ambulances

Le projet de chantier s’est heurté à plusieurs contraintes. Tout d’abord rénover les Urgences tout en les maintenant ouvertes 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Autrement dit «changer le moteur d’un Boeing en plein vol» aux yeux du Pr François Sarasin, médecin-chef du Service des urgences. Et les conserver dans leur emplacement d’origine. «Le projet a commencé en 2015 par des réflexions sur la nécessité de garder les Urgences à tout prix à cet endroit-là, relate Pierre Adnet, chef du service Études&constructions. Les liens avec les blocs opératoires, l’imagerie, les unités d’hospitalisation sont tels qu’il n’y avait pas d’autre solution que de rester.»

Zone libre

Alors l’échelonnement du chantier mêle jeu de Tetris et de chaises musicales. La libération d’une zone anciennement dédiée aux soins intensifs, qui a déménagé dans le bâtiment Gustave Julliard, est le point de départ d’une succession de rocades. «Il faut d’abord délocaliser des gens pour faire place nette, attaquer le chantier à cet endroit-là, les faire revenir quand c’est fini, attaquer la zone d’à côté et ainsi de suite», décrit l’architecte.

Visuellement, l’impact le plus évident sera la surélévation du bâtiment d’accueil d’un étage (voir photo de synthèse). Très vitré, ce niveau supplémentaire est destiné à accueillir des bureaux, des salles de cours, des locaux de back-office. Autant d’espace libéré à l’étage inférieur. Et le résultat d’un an et demi de négociations avec la Commission d’architecture cantonale pour obtenir les autorisations. «On voulait profiter de la surélévation pour créer 1000 m2 de plus avec un deuxième étage. Ils ont dit non, donc on se contente d’un seul niveau en plus. On collabore bien désormais, mais il est vrai que nous avons eu du mal à faire entendre que notre principale préoccupation n’était pas forcément le geste architectural, même s’il compte.»

Dépendance à l’ascenseur

Et la notion d’étage n’est pas secondaire quand il s’agit d’un Service des urgences qui a intérêt à se concentrer de plain-pied. Aujourd’hui, le garage pour ambulances situé au niveau inférieur amène son lot de complications, car il faut remonter les patients grâce à deux ascenseurs. «Cela ne pose pas de problème pour une urgence non vitale, comme une personne âgée qui s’est cassé le col du fémur et qui peut attendre. Néanmoins, le fait de dépendre de deux ascenseurs peut s’avérer critique dans le cadre d’un arrêt respiratoire ou d’un polytraumatisé de la route», pour lesquels le risque de panne pourrait avoir des conséquences dramatiques alors que chaque minute compte. Ainsi, d’ici à la fin de 2021, un sas pour ambulances devrait être construit au niveau 0 pour permettre quinze déposes d’urgences vitales par jour avec un cheminement direct vers les unités concernées. La centaine d’autres déposes journalières continuera à être effectuée à l’étage inférieur.

Côté visiteurs, les piétons seront guidés le long d’un nouveau flux d’entrée latéral lorsque la rotonde sera en partie inaccessible. Les automobilistes seront peut-être les plus désorientés car la dépose patients leur sera inaccessible pendant plusieurs mois. Ils seront donc redirigés sur le parking du don du sang, côté rue Lombard. La cafétéria située au rez-de-chaussée sera aussi temporairement délocalisée.

La gestion des nuisances sonores est prise en compte, des casques antibruit seront mis à disposition et même, «c’est une première, annonce Pierre Adnet, un dispositif de protection auditive pour les oreilles, beaucoup utilisé dans l’industrie, qu’on va faire mouler sur mesure pour les collaborateurs du service». De plus, les zones de chantier seront «mises en dépression» pour raisons d’hygiène. Cela signifie que ces espaces où l’on remue de la poussière seront munis de cloisons étanches pour ne pas contaminer les zones de soins voisines. «On forme tous les ouvriers sur les risques d’infection par la poussière, ils sont sensibilisés pour être extrêmement prudents sur ce point», conclut le chef des constructions.

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