L’Université mobilisée contre l’expulsion d’un étudiant

Asile Le Tchétchène aurait dû obtenir son Bachelor en 2017. Arrêté, il court un réel danger en Russie selon ses avocates.

Etudiant assidu, Dagun est inscrit à la Faculté des lettres, où professeurs et étudiants œuvrent pour sa libération.

Etudiant assidu, Dagun est inscrit à la Faculté des lettres, où professeurs et étudiants œuvrent pour sa libération. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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La prochaine session d’examens de l’Université pourrait se tenir sans lui. Dagun, 24 ans, Tchétchène d’origine, est actuellement en détention à Frambois dans l’attente d’un vol spécial vers la Russie. Prévu «dans la seconde quinzaine du mois de décembre» selon la procédure, le décollage en direction de Moscou pourrait être imminent. «Il y a urgence, on ne peut pas fermer les yeux», avertissent Mes Aude Baer et Magali Buser, qui ont multiplié les recours aux décisions de justice ces dernières heures. Elles craignent l’accueil de la police russe à l’arrivée de l’étudiant, lui qui s’est régulièrement exprimé publiquement en faveur de l’indépendance de la Tchétchénie. Pour ses avocates, «il est en danger!» Fait rare, l’Université s’agite également.

Demandes d’asile refusées

Le rectorat a d’abord activé ses réseaux de manière informelle afin de faire annuler l’expulsion. «C’est notre responsabilité institutionnelle», indique Mathieu Crettenand, adjoint au rectorat. En parallèle, l’alma mater s’est engagée à offrir une bourse à cet étudiant «assidu», dont le dossier s’est enrichi de témoignages de soutien signés par plusieurs professeurs et camarades. Car il ne manquait que quelques examens avant que Dagun n’obtienne son Bachelor en Français langue étrangère et littérature et civilisation russe. A la Faculté des lettres, les académiciens décrivent le parcours d’un jeune homme admis à l’Université après avoir «très bien réussi» l’examen d’entrée. Plusieurs travaux qu’il a réalisés témoignent de sa maîtrise du français et «d’une compétence fine d’analyse et de réflexion», écrit une professeure de français. Pour l’une de ses camarades, Dagun passait le plus clair de son temps libre à la bibliothèque, nourrissant une passion pour les études. Quatre ans après son arrivée à Genève, l’étudiant tchétchène s’est par ailleurs engagé dans de multiples projets culturels. Il a écrit la fiche Wikipédia du Musée des sapeurs-pompiers et sapeuses-pompières de Genève. Son rêve: rédiger un dictionnaire franco-russe-tchétchène. Une amie indique à ce propos qu’il était «sur le point de finir la longue liste de mots commençant par la lettre a.»

Ainsi, Dagun a passé les six dernières années dans les livres. Entré en Suisse en 2010, il a suivi sa mère lorsqu’elle a quitté Grozny, en Tchétchénie. Dans son dossier, le jeune homme décrit des menaces, cambriolages, vols et agressions exécutés par «le service armé de structures militaires». Pourquoi? Sa mère, agent de voyages, aurait été ciblée après avoir accompagné des clients «séparatistes» en Biélorussie. Quoi qu’il en soit, l’Office fédéral des migrations (ODM) refuse sa demande d’asile au motif qu’il n’y a pas de «lien temporel entre la persécution et la fuite». Le requérant «aurait pu s’installer à Moscou et trouver un emploi», écrivent les autorités fédérales, balayant également les demandes de reconsidération de son dossier.

Situation «pas ordinaire»

Le jeune Tchétchène débouté refuse de quitter le territoire. Aidé par le Centre social protestant et l’Hospice général, il trouve refuge dans les foyers Frank-Thomas et aux Tattes tout en débutant ses études, d’abord au collège du soir, puis à l’université. «Il a toujours été très discret sur son parcours et sa situation», font savoir ses deux avocates. Aussi, les professeurs et camarades ont été consternés d’apprendre son arrestation le 2 décembre et sa détention à Frambois en vue d’un vol spécial pour Moscou. Aujourd’hui, les services du conseiller d’Etat Pierre Maudet, chargés de l’exécution du renvoi, refusent de commenter le cas particulier.

Pour les deux avocates, la situation du jeune requérant n’est pas ordinaire puisqu’il aurait dû «au moins» obtenir un permis de séjour étudiant avant même le début de ses problèmes. En ce sens, elles demandent que son renvoi soit suspendu tout en insistant sur la dimension humanitaire de la problématique. «Il est entré dans le viseur des autorités russes en raison de ses prises de position, ce qui le rend très vulnérable», argue Me Aude Baer.

Autre signe que l’Université est attachée à son étudiant, des démarches ont été entreprises afin qu’un logement lui soit mis à disposition prochainement au sein de la coopérative de logement La Ciguë. Reste à savoir si cette mobilisation fera fléchir les autorités. Vendredi en fin de journée, il était toujours incarcéré à Frambois.

(TDG)

Créé: 16.12.2016, 18h10

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