L'Université de Genève inhume une tête humaine à Saint-Georges

InsoliteCe vestige africain, remontant probablement au XIXe siècle, se trouvait dans les collections du Département d'anthropologie de l'UNIGE.

L’inhumation au cimetière de Saint-Georges, en présence du recteur de l’Université, Yves Flückiger (à g.)

L’inhumation au cimetière de Saint-Georges, en présence du recteur de l’Université, Yves Flückiger (à g.) Image: UNIGE

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Une bien étrange cérémonie s’est déroulée en toute intimité ce mardi 3 décembre, au cimetière de Saint-Georges. Dans le carré dit «des inconnus», en présence d’Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève, une tête humaine a été enterrée. Mais pas n’importe quelle tête. Celle-ci «dormait» dans les réserves des collections anthropologiques de l’UNIGE. Et son inhumation résulte d’une enquête digne d’un roman policier!

La plaque apposée sur la tombe résume à elle seule le caractère à la fois digne et insolite de cet hommage: «À la personne inconnue originaire d’Afrique australe, décédée sur le continent africain, probablement au XIXe siècle, et autrefois conservée à l’Université de Genève». Mais comment s’est-elle retrouvée là?

Question de droit et d'éthique

De très nombreux ossements humains, d’époques et de provenances diverses, figurent dans ces collections. Certains d’entre eux, «détenus par ou déposés à l’UNIGE, soulèvent cependant des questions éthiques et juridiques, indique le recteur dans un communiqué. L’Université a donc procédé à un examen minutieux de ses collections anthropologiques afin de recenser et de résoudre les cas problématiques.»

Trois cas ont été identifiés. Un ensemble de sept squelettes pygmées, un crâne de soldat chinois tombé au combat en 1885, et cette mystérieuse tête découverte en 1995 de façon accidentelle, dixit l'UNIGE, dans les réserves du Département d’anthropologie. D’où vient-elle, de quand date-t-elle, et l’université peut-elle la restituer à son pays d’origine? Un fastidieux travail d’investigation a alors débuté.

Le carbone 14 en renfort

La datation au carbone 14 a certes donné des résultats, mais trop imprécis. «Elle permet néanmoins d’affirmer que le décès a eu lieu après 1666 et avant 1950, avec une probabilité maximale aux XVIIIe ou XIXe siècle, le XIXe étant toutefois plus probable d’après le contexte historique», estime Éric Huysecom, professeur à l’Unité d’anthropologie de l’UNIGE.

La coiffure et le type physique de cette personne, qui a été décapitée, évoquent bien une origine khoïsane, mais cette culture regroupe aussi bien des chasseurs-cueilleurs san que des pasteurs khoïkhoï présents en Afrique du Sud, au Botswana, en Namibie et même en Angola.

Libérée officiellement par l'UNIGE

Trois options ont finalement été étudiées. La restitution à une autorité africaine était impossible, faute de pouvoir identifier un État. L’incinération, destructrice, a été écartée. Restait l’inhumation en terre genevoise.

Toute pièce d’un musée public ou d’une institution étatique étant considérée comme appartenant au patrimoine public, le rectorat devait officiellement sortir le vestige de ses collections, «le libérant ainsi de son caractère juridique», note Marc-André Renold, professeur au Centre universitaire du droit de l’art.

Ce choix a permis de rendre sa dignité à cette tête, autrefois objet de collection, aujourd’hui vestige humain.

Créé: 03.12.2019, 19h07

Deux autres cas réglés

Concernant les sept squelettes pygmées, l’UNIGE s’est rapprochée de l’Université de Lubumbashi et du Musée National de Lubumbashi, en République Démocratique du Congo (RDC). Les trois entités académiques ont conclu, en juin 2018, que la propriété des squelettes devait revenir à l’Université de Lubumbashi. Mais ce retour ayant été jugé très délicat, les ossements font désormais l’objet d’un prêt de longue durée de l’Université de Lubumbashi à l’UNIGE. Leur accès et leur usage sont gérés à distance par l'institution congolaise.

Quant à la tête du soldat chinois, l'UNIGE s’est rapprochée des autorités chinoises afin d’étudier sa possible restitution. Après plusieurs échanges et sans indication contraire de leur part, l’UNIGE conserve pour l’heure ce vestige anthropologique. S’il devait être considéré comme un bien culturel, rien ne s’opposerait à sa restitution.
X.L.

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