Pour Unia, il y a trop d’intérimaires sur le chantier de l’Etang à Vernier

ConstructionLe syndicat reproche à une entreprise active sur les plus gros chantiers du canton d’abuser du travail temporaire.

Image: Lucien Fortunati

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Le quartier de l’Etang, à Vernier, sera-t-il construit principalement par des travailleurs temporaires? C’est ce que craint le syndicat Unia, qui a dénoncé ce jeudi les pratiques de l’entreprise adjudicataire des travaux de démolition et de terrassement, Gestrag S.A. Selon Unia, celle-ci n’emploie aucun ouvrier elle-même, mais sous-traite les travaux à une autre entreprise administrée par les mêmes personnes, Pro TP S.A.

Or, cette dernière aurait recours à une majorité d’employés temporaires. «A notre connaissance, elle emploie une vingtaine d’ouvriers en fixe dans le canton, et entre cinquante et soixante en temporaire, dénonce Yves Mugny, responsable du secteur bâtiment chez Unia. Aujourd’hui, par exemple, il y a six travailleurs actifs sur le chantier de l’Etang, dont cinq sont des intérimaires.» Pour rappel, 1000 logements et 2500 places de travail doivent sortir de terre à l’horizon 2020 dans ce quartier situé entre la route de Meyrin, l’autoroute et le train.

Cheval de bataille

Depuis plusieurs années, les syndicats luttent contre le recours massif au travail temporaire dans la construction, qui précarise des ouvriers généralement sous-payés, et les prive du droit à la retraite anticipée à cause d’un taux d’occupation trop variable. «En plus, cela reporte le poids du risque entrepreneurial sur le dos de la collectivité, puisque c’est le chômage qui doit prendre le relais entre deux périodes d’activité», souligne Yves Mugny.

En avril 2016, Unia avait déjà dénoncé l’engagement de 60% de travailleurs temporaires sur le chantier du quartier des Vergers, à Meyrin, par les mêmes entreprises. «Malgré cela, Gestrag S.A. continue d’obtenir les plus gros chantiers du canton, déplore José Sebastiao, secrétaire syndical chez Unia. Ces pratiques ne sont pas illégales, mais elles sont moralement inadmissibles.» Unia espère déclencher une prise de conscience des autorités politiques, puisque cette entreprise est active sur plusieurs marchés publics et a notamment travaillé pour les TPG.

Le nouveau règlement cantonal sur la passation des marchés publics, entré en vigueur en juin, limite à 20% la part de travailleurs temporaires dans les entreprises de plus de vingt personnes, voire à 40% dans des situations exceptionnelles. Mais pour Unia, cela ne suffit pas. Le syndicat demande au Conseil d’Etat d’abaisser la limite à un maximum de 10% d’employés temporaires sur les chantiers publics. Il demande par ailleurs à la Ville de Vernier de faire pression sur Gestrag S.A. pour que les intérimaires travaillant sur le chantier de l’Etang soient employés en fixe.

Vernier impuissante

Mais la commune, qui s’était engagée l’an dernier pour lutter contre la sous-enchère salariale et limiter le travail temporaire sur les chantiers publics, ne pourra pas faire grand-chose : «Il s’agit d’un projet mené par un promoteur privé sur des parcelles privées», remarque le conseiller administratif verniolan en charge de l’Aménagement, Yvan Rochat, qui dit n’avoir pas été au courant des pratiques de Gestrag S.A. «Cela dit, nous sommes tout à fait hostiles à ce genre de manœuvres. Cela va à l’encontre des engagements du promoteur du quartier de l’Etang pour un chantier exemplaire et aux effets positifs en termes d’emploi. Nous allons voir comment réagir mais cela ne pourra être que symbolique. C’est dommage que le syndicat ne nous ait pas contactés directement, nous aurions peut-être pu faire pression en amont.» En revanche, le magistrat assure qu’il sera vigilant pour l’aménagement des espaces publics, où la commune aura son mot à dire, ainsi que pour la réalisation des équipements publics (école, crèche, maison de quartier, etc.) à la charge de la Ville de Vernier.

Le secrétaire général de la Fédération Genevoise des Métiers du Bâtiment (FMB), Nicolas Rufener, ne connaît pas les entreprises incriminées. «Mais nous avons déjà vu ce genre de dérives, confie-t-il. Il est difficile de lutter contre cela, car les sociétés ont de plus en plus de ramifications. Nous déplorons le recours massif au travail temporaire, qui déstructure le marché.» Le promoteur du quartier de l’Etang n’a pas retourné notre appel. Un responsable de Gestrag S.A., joint par téléphone, n’a pas souhaité s’exprimer.

Créé: 14.09.2017, 19h18

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