Une «chance en plus» pour les jeunes réfugiés

FormationDepuis un an, Genève participe à un projet pilote d’intégration qui permet de faciliter l’accès à l’apprentissage.

Foday et Adonay ont effectué leur préapprentissage à l’EMS de la Champagne.

Foday et Adonay ont effectué leur préapprentissage à l’EMS de la Champagne. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Adonay, Foday et Dania ont fui leurs pays dans l’espoir d’un futur meilleur. A Genève, malgré leurs efforts d’intégration, ils ne parviennent pas à décrocher un apprentissage à cause d’un niveau de langue insuffisant ou d’un manque d’expérience professionnelle. Alors pour améliorer l’accès à la formation qualifiante aux jeunes réfugiés et admis à titre provisoire, une nouvelle offre a été créée l’an passé par la Confédération: le préapprentissage d’intégration (PAI). Les trois jeunes ont pu en bénéficier: durant près d’un ans, ils ont alterné cours et pratique en entreprise. Ils viennent de décrocher une place d’apprentissage (lire ci-contre).

«Donner une chance en plus»

Dix-neuf cantons participent à ce projet pilote sur quatre ans et offrent mille places au total, dont soixante à Genève. «Ces jeunes sont destinés à rester ici, indique Serge Baehler, responsable du programme à la direction générale de l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC) à Genève. Pour leur permettre de travailler et de sortir de l’aide sociale, il faut d’abord leur offrir un accès à la formation. Or, cet accès est souvent difficile car ces jeunes peinent à faire le poids face aux Genevois en raison de leur niveau de français et de leur inexpérience du monde du travail.»

Le responsable souligne qu’ils ne sont pas en échec scolaire, «il faut simplement leur donner une chance supplémentaire en leur offrant plus de temps pour entrer en apprentissage. Leur niveau de français s’améliore vite et ils ont souvent une volonté hors du commun.» Cette passerelle permet aussi une familiarisation avec les us et coutumes du monde travail.

Les pré-apprentis ont été sélectionnés sur dossier et entretiens, en précisant leur domaine d’intérêt. Ils doivent être âgés de 16 à 35 ans, et détenir un permis B ou F (admission provisoire renouvelable). Durant dix mois, ils alternent trois jours en entreprise et deux jours en classe. Les soixante participants genevois sont âgés en majorité de 22 et 23 ans et viennent d’Erythrée et d’Afghanistan. Quarante entreprises genevoises se sont engagées dans le projet, dans le domaine de la santé, le nettoyage, la logistique, l’administration, la restauration, l’intendance, la vente et l’agriculture. Des entités publiques et privées, comme des EMS, des entreprises de nettoyage, des hôtels, DHL... Serge Baehler précise que les pré-apprentis bénéficient de la même qualité d’encadrement que les apprentis. «Ces entreprises sont reconnues comme formatrices. Le jeune n’est pas corvéable à merci! La qualité de la prise en charge doit être assurée.» Dans ce but, l’OFPC a créé deux postes de conseillères en formation. «La Confédération verse 13 000 francs par place. Cela a notamment permis ces deux engagements.»

Les jeunes sont rémunérés 500 francs par mois, versés par l’entreprise. Ils perçoivent également des prestations de l’Hospice général, complète Serge Baehler. «Du fait du PAI, ils touchent une prime liée à leur entrée en formation. Dès lors, leur gain (salaire et prime) s’approche d’un salaire d’apprenti de première année.»

«Des projets à porter»

La Ville de Genève fait partie des entreprises partenaires. Elle a engagé quatre pré-apprentis, dans l’administration et le nettoyage. «Nous avons un rôle à jouer, il faut porter ce genre de projet», soutient Romain Bischoff, responsable formation à la direction des ressources humaines. Son service a formé un jeune Afghan. «Au début, son français était très limité, il fallait parler lentement. Mais il a rapidement progressé.» Sa collaboratrice Véronique Eyer ajoute: «Il a tout donné. Une expérience à reconduire!» La Ville a proposé un contrat d’apprentissage à trois pré-apprentis, le quatrième a trouvé une place ailleurs.

SIG aussi a accueilli des PAI. L’un, originaire d’Erythrée, a intégré le magasin d’outillage interne, en logistique. Michel Bonny, responsable des apprentissages techniques, résume: «On a deux options face à ces jeunes: les laisser en stabulation libre ou les aider à avancer dans la vie, en les intégrant. On a choisi la deuxième option.» Laurent Creti s’est chargé de la formation. «Il était hypermotivé, il s’est vite intégré et était autonome. Comme toute formation, cela demande de l’engagement et de l’énergie de notre part. Mais c’était une belle expérience.» Le jeune n’a pas été engagé comme apprenti, «car nous donnons la priorité aux moins de 18 ans», justifie Michel Bonny. Mais je l’ai aidé à trouver un apprentissage d’électricien de montage dans une entreprise de la place.»

Sur les soixante pré-apprentis, quelque quarante ont signé pour un apprentissage «alors qu’il reste encore deux mois pour trouver une place», relève Serge Baehler. Soixante nouveaux jeunes intégreront le projet à la rentrée.

Créé: 09.07.2019, 17h38

Être enfin indépendant et utile

À 16 ans, Foday part seul de Gambie, en laissant sa famille, pour «avoir un futur». Il arrive à Genève, il y a trois ans. Après avoir obtenu un permis F, il cherche à se former. Il enchaîne les stages, en mécanique comme dans la restauration, mais ne parvient pas à décrocher un apprentissage. Lorsque l’Hospice lui présente le préapprentissage, il saute sur l’occasion. «J’ai pu être formé dans l’EMS de la Champagne, en cuisine. J’ai appris à faire des salades, des desserts puis des plats. Ça fait tellement plaisir de travailler ici, les collègues sont super sympas!» Couronnement de l’expérience: il vient d’obtenir une place d’apprentissage dans cet EMS. «C’est une chance d’avoir pu faire ce programme. Maintenant, au lieu de rester chez moi, je travaille et je me sens utile.»
Adonay, 28 ans, ancien étudiant et berger, a quitté l’Érythrée qui le forçait à devenir soldat en 2010. Il est arrivé à Genève en 2014 et a également été accepté à l’EMS de la Champagne, en tant qu’aide-soignant. «J’avais déjà un peu d’expérience mais j’ai beaucoup appris. Auprès de mon formateur mais aussi des résidents. Ils sont une école de la vie, ils savent tant de choses! Moi je leur apporte une présence, de l’amour, je suis là pour eux.» Lorsqu’il a appris que l’EMS le gardait comme apprenti, il a «sauté de joie dans tous les sens». Et d’ajouter: «En travaillant, je prends mes responsabilités, je peux enfin être indépendant.»

Quant à Dania, 17 ans, elle a fui la guerre en Irak à 9 ans avec sa famille. Après une année en Espagne, elle arrive à Genève en 2012 et obtient un permis F. «J’ai fait mes études ici, où j’ai appris le français. Après le Cycle, j’ai cherché un apprentissage mais c’était très difficile.» Grâce au PAI, elle a intégré l’administration de la Ville de Genève. «Je me chargeais de l’organisation d’événements, du courrier, des invitations, entre autres. J’ai beaucoup appris, c’était une chance. Ma formatrice m’a accompagnée tout le long du chemin, je la remercie.» Dania a finalement décroché un apprentissage dans un cabinet médical, son rêve. «Le PAI m’a aidée à obtenir cette place. J’ai notamment pu montrer que j’avais de l’expérience dans l’administratif.» Elle relève juste un bémol: «Il faut renforcer le soutien dans nos démarches pour trouver un apprentissage à la fin de l’année. Mais sinon tout était très bien!»

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