Unanime, le Grand Conseil limite l’usage des pesticides

GenèveComme il s’agit de modifier la Constitution, le peuple devra se prononcer. Le texte initial a été fortement édulcoré.

Le Canton ne peut pas interdire les produits phytosanitaires. Cela est du ressort de la Confédération.

Le Canton ne peut pas interdire les produits phytosanitaires. Cela est du ressort de la Confédération. Image: ARNO BALZARINI

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Les Genevois devront se prononcer sur l’emploi des pesticides et autres produits phytosanitaires dans le canton. Le Grand Conseil vient d’accepter à l’unanimité un projet de loi constitutionnelle visant à en limiter l’usage, afin de réduire les risques sanitaires et environnementaux.


Lire notre éditorial: Interdire les pesticides, oui mais non


Vu qu’il s’agit de modifier la Constitution cantonale, cela doit forcément passer devant le peuple. Le député démocrate-chrétien Bertrand Buchs, à l’origine de ce projet de loi, est confiant sur le résultat. «Comme cela a été accepté par l’ensemble des partis au Grand Conseil, il n’y a pas de raison que cela ne passe pas en votation populaire.»

On renonce à interdire

Il faut dire qu’après trois allers-retours entre le plénum et la Commission de l’environnement et de l’agriculture, le texte final est très consensuel. Le projet initial, qui était loin de faire l’unanimité et a même suscité des réactions virulentes des milieux agricoles, a en effet été fortement amendé.

À la base, il s’agissait d’interdire purement et simplement l’importation, la vente et l’utilisation des produits phytosanitaires à usage privé, et de fixer un délai de transition pour les usages agricoles. Or, le texte voté la semaine dernière par le Grand Conseil tient plutôt de la déclaration d’intention. Il ne parle plus que de prendre «des mesures afin de réduire les risques» liés à ces produits et d’encourager «le développement de méthodes alternatives permettant d’en limiter l’usage, notamment par un soutien économique ou technique».

Mais un tel amendement était inévitable puisqu’une éventuelle interdiction des pesticides et autres substances servant au traitement des plantes ne relève pas de la compétence du Canton mais de celle de la Confédération.

Bertrand Buchs estime toutefois que le but principal est atteint, même si son projet de loi a été largement modifié: «Sur le fond, il s’agit toujours d’aller vers la fin des pesticides dans l’agriculture genevoise et suisse. Le fait que cela soit inscrit dans la Constitution cantonale est une petite victoire. Certes, on ne parle plus d’interdire ces produits, mais cela ne me dérange pas. Après tout, la Constitution ne contient en général que des intentions.»

Pour le démocrate-chrétien, il était surtout important d’obtenir l’unanimité. «Ça donne un signal clair. Même les milieux agricoles ont fini par admettre qu’il fallait faire quelque chose, alors qu’ils ont réagi de manière très violente au premier projet de loi. J’ai même été menacé et injurié, alors que j’ai toujours dit que c’est aussi la santé des agriculteurs qui est en jeu. Des études montrent que le taux de cancers est plus élevé chez eux à cause des pesticides qu’ils manipulent.»

Du côté des Verts genevois, qui veulent quant à eux interdire le glyphosate et les néonicotinoïdes par le biais de résolutions à l’intention de l’Assemblée fédérale, on salue un pas qui va dans le bon sens: «Le projet de loi constitutionnelle finalement adopté au Grand Conseil est très peu contraignant, mais il a le mérite de parler du sujet, relève la députée Delphine Klopfenstein. Il a fallu beaucoup édulcorer le texte initial pour que les libéraux-radicaux acceptent de le voter, mais cela vaut mieux que rien du tout.»

«C’est un coup électoral»

En revanche, bien qu’il ne soit plus question d’interdiction, les milieux agricoles restent quand même sceptiques face à la nouvelle disposition constitutionnelle. «C’est vrai que le résultat est plus nuancé que le projet de base, qui était très extrémiste, réagit François Erard, directeur d’AgriGenève. Mais je ne comprends toujours pas ce que cela vient faire dans la Constitution. Celle-ci n’est pas un fourre-tout.»

Tout en mettant en avant les efforts consentis pour y avoir de moins en moins recours, les agriculteurs ont toujours affirmé qu’il ne leur est pas possible de renoncer complètement aux produits phytosanitaires s’ils veulent rester concurrentiels face à la production étrangère. «Même remaniée, cette loi constitutionnelle fait fi de tout ce qui se fait depuis trente ans, notamment dans la viticulture, souligne François Erard. C’est un pétard mouillé, un coup électoral.»

(TDG)

Créé: 12.06.2019, 06h53

Des produits au cœur des débats

Les pesticides, et les produits phytosanitaires en général, sont au cœur des débats sur l’agriculture. Ces substances chimiques (également utilisées en horticulture) pour le traitement des plantes contre les maladies et les insectes ravageurs sont accusées de polluer l’environnement et de nuire à la santé. On leur reproche aussi d’être responsables de la disparition des abeilles. Le glyphosate, présent dans l’herbicide Roundup, est le plus controversé. Bien qu’il ait été jugé cancérigène probable par l’OMS, l’Union européenne a décidé en 2017 de l’autoriser à nouveau pour cinq ans. Mais depuis 2008, ses ventes ont baissé de 45% en Suisse.

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