Un député s’en prend aux billets gratuits des élus

SpectaclesAlberto Velasco estime que les institutions culturelles se font «tondre» injustement par les politiciens.

L'ampleur de ce phénomène baptisé système «des servitudes» reste difficile à mesurer car il recouvre des pratiques variées.

L'ampleur de ce phénomène baptisé système «des servitudes» reste difficile à mesurer car il recouvre des pratiques variées.

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Tout lien avec le voyage d’un magistrat cantonal dans un pays lointain serait purement fortuit. Déposé avant la polémique touchant le président du Conseil d’État, Pierre Maudet, un projet de loi s’en prend à une catégorie bien particulière de cadeaux offerts aux élus: les billets de spectacle gratuits. Le député socialiste Alberto Velasco propose d’empêcher «les institutions culturelles, et plus largement les institutions subventionnées», d’accorder «des avantages en nature ou sous forme de réductions tarifaires aux élus communaux et cantonaux en raison de leur fonction».

«Pratiques médiévales»

«Il faut en finir avec ces pratiques médiévales», estime le député. «Pourquoi les institutions culturelles invitent-elles directement des élus en leur mettant des billets à disposition? Par reconnaissance de leur travail ou parce qu’ils votent leurs subventions? Si c’est ce dernier cas, c’est mettre à mal l’indépendance des élus.»

Ancien conseiller municipal en Ville, le député connaît le problème de première main. «Moi aussi j’ai bénéficié de billets gratuits, avoue-t-il. Parfois, j’allais au spectacle, parfois je les donnais. Mais sur le fond, cela ne tient pas debout. D’un côté on subventionne lourdement les institutions, de l’autre on les contraint à nous offrir quelque chose. Si pour des raisons «professionnelles» des élus doivent suivre les productions des institutions, ils devraient prévoir une ligne budgétaire pour acheter des billets.»

L’ampleur du phénomène est difficile à mesurer. Baptisé système «des servitudes», il recouvre des pratiques variées: «Pour le Victoria Hall, explique Félicien Mazzola, porte-parole du Département municipal de la culture, il y a un règlement. Pour les subventionnés, rien n’est spécifié: les acteurs culturels sont indépendants et travaillent leur promotion comme n’importe quel acteur privé, en conviant leurs partenaires, médias, etc.» Le Grand Théâtre offre dix places aux élus municipaux pour les cinq premiers spectacles, puis six, puis plus rien (56 places). Selon les chiffres compulsés par Olivier Gurtner, porte-parole de l’institution et conseiller municipal, le BFM offre en parallèle quatre places pour dix représentations (40), Saint-Gervais quatre. À la Comédie, jusqu’à il y a quatre ans, le Conseil administratif et le Municipal disposaient de deux loges. Maintenant, les places seraient données à la demande.

Manque à gagner

Au Victoria Hall, on y revient, la part réservée au Conseil municipal de la Ville atteint huit places. Des clopinettes? Pas si sûr, car il faut encore ajouter les places cantonales, celles réservées au Conseil administratif, au conseiller administratif délégué à la culture, au Service culturel de la Ville, au médecin de service, à la Direction générale de la Ville de Genève, etc. Bref, 35 places par spectacle sont réservées aux autorités, ce qui représente un manque à gagner d’environ 3500 francs par spectacle, selon nos calculs. Selon les cas, l’organisateur peut toutefois demander la levée des servitudes.

En Ville, ces cadeaux n’inquiètent guère. La présidente de la Commission de la culture, la Verte Marie-Pierre Theubet, les trouve appropriés: «Ces servitudes sont un héritage de l’histoire, dit-elle. Elles permettent à des élus de milice de découvrir les arts, c’est une chance pour eux.» Écho identique au Grand Théâtre: «Ces billets ne sont pas des privilèges, explique Olivier Gurtner. Les invitations font partie des politiques de promotion des institutions.»

Au niveau cantonal, le Service du Grand Conseil ne se mêle pas de ce sujet: «Nous envoyons simplement aux institutions qui le souhaitent un jeu d’étiquettes avec les adresses des élus», explique le sautier, Laurent Koelliker. Quant au Conseil d’État, sa porte-parole, Florence Noël, déclare: «Le Conseil d’État étudiera en détail la question lorsque la commission compétente traitera du sujet.»

Créé: 11.06.2018, 18h51

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