Un cambrioleur d’écoles écope de 18 mois ferme

ProcèsCe jeune Français a «visité» deux établissements genevois et un vaudois. Malgré ses délits, il ne sera pas expulsé de Suisse.

École primaire de la Tambourine à Carouge.

École primaire de la Tambourine à Carouge. Image: Paolo Battiston (Archives)

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On ne s’attaque pas impunément à ce que le juge du Tribunal de police Antoine Hamdan et le premier procureur Adrian Holloway appellent «un symbole de l’État». En l’occurrence des écoles. Pour avoir cambriolé trois d’entre elles, dont deux à Genève, un jeune homme de 25 ans vient d’écoper de 18 mois de prison ferme.

«C’était une mauvaise période pour moi»

Il va donc retrouver prochainement l’univers carcéral, après y avoir déjà passé cinq mois suite à son arrestation, le 15 juillet 2017. Un mois auparavant, ce jeune père de famille – ses deux filles sont nées en 2015 et 1016 – a délibérément jeté son dévolu sur des écoles. À la clé, un maigre butin mais de lourdes conséquences. D’autres infractions lui sont également reprochées.

«Mais qu’est-ce qui vous a pris?» lui demande le juge. «C’était une mauvaise période pour moi, j’avais perdu mon boulot, j’ai eu de mauvaises fréquentations», répond le prévenu. Le juge insiste: «Vous vous rendez compte que vous avez volé l’argent de la course d’école des enfants?» Le jeune homme assure «avoir réfléchi aux conséquences après coup. Je forçais aussi sur la bouteille depuis que j’avais perdu mon emploi. Je me sentais inutile pour ma famille.»

Il sévit durant la nuit

Alors, dans la nuit du 8 au 9 juin 2017, il passe à l’acte. Sa cible est à Versoix. L’école primaire Ami-Argand. Il pénètre par effraction puis dérobe les clés universelles et visite les locaux. Il tombe sur ces fameuses enveloppes contenant notamment l’argent de la course d’école. Près de 7000 francs en tout. Il dira devant le juge qu’il ne sait pas ce qu’il en a fait. Qu’il les a peut-être perdus dans sa fuite, sous l’effet de la boisson, «mais je n’avais plus cet argent en arrivant chez moi.»

Il récidive dans la nuit du 19 au 20 juin à Saint-George (VD), au-dessus de Nyon. Bis repetita. Il force la porte d’entrée de l’école, dérobe des clés ainsi que trois ordinateurs. Quant à l’argent, il repart avec 10 francs et 1 euro, en monnaie…

Ce misérable butin ne l’empêche pas de cambrioler une troisième école dans la nuit du 28 au 29 juin. Celle de la Tambourine, à Carouge. Il entre par la porte de secours, «elles ne sont jamais verrouillées à clé, il suffit d’un tournevis pour les ouvrir», affirme-t-il. Le modus est ensuite le même, mais le butin encore plus famélique. Il s’empare des clés des locaux et d’un transpondeur.

Expulsion requise

Reste qu’il a cassé quelques portes durant ses brigandages. La facture globale pèse son poids. Elle se monte à près de 75 000 francs, si les écoles sont amenées à changer tous leurs cylindres de portes suite aux vols des clés. Le jeune homme est également accusé d’avoir utilisé une voiture dont il pouvait imaginer qu’elle était volée, d’avoir conduit sans permis, de ne pas être au bénéfice d’un permis de séjour alors qu’il vit depuis cinq ans à Genève avec sa compagne, une Suissesse. Enfin, d’avoir détenu sans droit, dans l’appartement de celle-ci, un pistolet à plomb.

Pour le premier procureur, au vu du montant important des réparations, la circonstance aggravante du dommage considérable est réalisée. «La faute est lourde», lance-t-il, d’autant que le prévenu a des antécédents. Deux peines pécuniaires avec sursis, l’une pour acte préparatoire à un brigandage, l’autre pour lésions corporelles simples. Outre 18 mois de prison ferme, le Ministère public requiert aussi l’expulsion de Suisse pour cinq ans du jeune Français, conformément à la loi. «Dura lex, sed lex», conclut le premier procureur.

La clause de rigueur

Avocat de l’accusé, Me Giovanni Curcio n’est évidemment pas du même avis. Dans sa plaidoirie, il démontre que certaines factures de réparation ne peuvent être imputées à son client. De même que le changement des cylindres qui ne résultent pas directement du dommage à la propriété. Enfin qu’il faut prendre chaque cambriolage séparément. Du coup, «l’aggravante du dommage considérable ne doit pas être retenue», lance-t-il au juge.

Me Curcio s’attelle aussi à éviter la mesure d’expulsion. «Ce que mon client a fait n’est pas bien beau, concède-t-il. Mais il était mû par les besoins de sa famille et n’a pas fait acte de violence. À sa sortie de prison, depuis le début de cette année, il s’est bien comporté. Il vit à Genève avec sa compagne et ses enfants, dont il participe à l’entretien. Il travaille comme aide-cuisinier. Son père et sa mère sont établis à Genève. Il ne faut pas le couper dans son élan, dans ses projets. La loi prévoit l’expulsion, mais vous pouvez y surseoir, car il existe aussi une clause de rigueur pour des cas limites. Tel celui de mon client.»

Grâce à ses petites filles

Le juge a entendu partiellement les arguments de l’avocat. L’aggravante du dommage considérable est écartée, même si le Français devra quasi intégralement rembourser les dommages causés aux écoles. Surtout, il échappe à son expulsion. Pourquoi? «Il y a un intérêt évident à expulser le prévenu, mais l’intérêt privé est également évident. Du coup, il a fallu procéder à une pesée d’intérêt. L’élément décisif a été la présence de ses deux petites filles.»

Mais cette clémence s’apparente à une épée de Damoclès: «Monsieur, vous êtes averti. Vous ne profiterez pas une seconde fois de cette clause si vous récidivez après votre sortie de prison!» lance-t-il au jeune homme. Ce dernier aura le temps de méditer ce conseil, il a encore 13 mois à purger.

Créé: 11.06.2018, 10h41

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