Un ami d’Erwin Sperisen accède au pouvoir suprême

GuatemalaConvoqué par un procureur genevois en 2013, Alejandro Giammattei vient d’être élu président du Guatemala.

En 2013, Erwin Sperisen avait bénéficié du soutien du futur président du Guatemala, convoqué à Genève. «Il a accompli son devoir», avait affirmé ce dernier à la presse.

En 2013, Erwin Sperisen avait bénéficié du soutien du futur président du Guatemala, convoqué à Genève. «Il a accompli son devoir», avait affirmé ce dernier à la presse. Image: Laurent Guiraud

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Il promet de combattre les criminels et les trafiquants de drogue «à coups de testostérone» et certains lui prêtent de velléités de rétablir la peine de mort. Alejandro Giammattei, candidat conservateur de 63 ans, a été élu président de la république du Guatemala dans la nuit de dimanche à lundi.

L’information a logiquement fait les gros titres en Amérique centrale. Si elle intéresse de ce côté-ci de l’océan, c’est surtout parce qu’elle renvoie à l’affaire Sperisen, qui occupe la justice genevoise depuis plus d’une décennie. Car en 2013, celui qui se trouve aujourd’hui au pinacle du pouvoir avait fait le voyage jusqu’à Genève. Alejandro Giammattei avait été convoqué par le premier procureur Yves Bertossa, intéressé par son rôle lorsqu’il dirigeait l’administration pénitentiaire du Guatemala. Cet homme avait alors affirmé que son ancien chef de la police (Erwin Sperisen) avait «accompli son devoir». En d’autres termes, «le Viking» n’était pas l’auteur des exécutions extrajudiciaires de prisonniers en 2006 lors de la reprise de contrôle de la prison de Pavòn. À Genève, l’homme au rêve présidentiel soutenait n’avoir vu aucune exaction et niait également sa propre participation aux événements.

Destins croisés

Une année plus tôt, Alejandro Giammattei avait pourtant été emprisonné durant dix mois, soupçonné de participation à des exécutions illégales de prisonniers dans les prisons qu’il dirigeait. Mais il avait été blanchi en dernière instance par la Cour suprême du Guatemala, faute de preuves. Devant la presse, lors de sa venue à Genève, il avait brandi son non-lieu: «Dans sa convocation, Monsieur Bertossa m’a écrit que j’étais soupçonné d’avoir participé aux actes reprochés. C’est faux: j’ai bénéficié d’un non-lieu, il a voulu m’intimider!»

Ce déplacement à Genève était-il un coup de pouce à Erwin Sperisen, lui aussi visé par une procédure? «Non, je suis venu pour que justice soit rendue», avait-il répondu à l’époque.

Futur ministre?

Six ans plus tard, le destin des deux hommes a pris des directions diamétralement opposées. Quand Alejandro Giammattei s’apprête à prendre ses fonctions présidentielles, Erwin Sperisen porte un bracelet électronique avec l’obligation de se présenter dans un poste de police genevois trois fois par semaine.

Après deux condamnations à la prison à vie et une saga judiciaire qui dure depuis 2012, Erwin Sperisen a écopé, en appel, de 15 ans de prison pour complicité d’assassinats en avril 2018. Mais la procédure n’est pas encore finie. L’ancien chef de la police du Guatemala attend encore une décision du Tribunal fédéral (TF), saisi il y a un an. Les juges pourraient trancher définitivement cette affaire devenue genevoise car Erwin Sperisen, détenteur d’un passeport suisse et sous le coup d’un mandat international, avait été arrêté à Genève.

Plus d’un an après leur dernier appel au TF, les avocats d’Erwin Sperisen s’impatientent. Ils ont suivi de près les récentes élections guatémaltèques et voient dans l’élection d’Alejandro Giammattei «assurément une bonne nouvelle». Avec un poste à la clé pour leur client, s’il devait être acquitté ou au terme de sa peine?

«Il semble que des proches ont évoqué cette possibilité. Il est encore tôt pour en parler, mais ce n’est pas à exclure», affirme Me Giorgio Campá. Son confrère Me Florian Baier, se souvient du nouveau président guatémaltèque comme d’un homme «intègre» et «suffisamment droit dans ses bottes pour venir déposer à Genève. Erwin Sperisen lui en a été reconnaissant.»

Dans le camp Sperisen, une décision du nouveau président centraméricain n’est pas passée inaperçue. Alejandro Giammattei a en effet confirmé le démantèlement de la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (Cicig). Cette structure montée par les Nations Unies et le Congrès du Guatemala en 2007, financée par les pays de l’Union européenne et les États-Unis, est à l’origine des poursuites dirigées contre lui-même et son ami Sperisen. Elle était dans le viseur du président sortant, lequel est parvenu à la faire disparaître. Son successeur, qui entrera en fonction en janvier 2020, a quant à lui confirmé cette décision.

Trial craint le pire

Basée à Genève, l’ONG Trial International a elle aussi suivi de près l’actualité récente du Guatemala. L’organisation de lutte contre l’impunité des crimes internationaux a joué un rôle dans l’affaire Sperisen en informant le Ministère public de la présence de l’ancien chef de la police à Genève. Pour Bénédict de Moerloose, l’un des avocats qui composent l’ONG, l’heure est grave. «La Cicig a été d’une grande efficacité: elle a contribué à faire tomber un président et une vice-présidente pour des affaires de corruption. C’est pour cette raison qu’elle a été supprimée. La situation actuelle nous fait craindre le pire pour les militants des droits de l’homme.»

Créé: 14.08.2019, 07h04

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