L’UDC veut que les communes votent sur l’accueil des réfugiés

PolitiqueUne municipalité qui refuserait un centre d’accueil pour requérants sur son territoire devrait verser de l’argent.

En mai dernier, les citoyens d’Oberwil-Lieli (commune d'Argovie située dans le Grand Zurich) acceptaient ainsi de verser 290'000 francs pour ne pas accueillir neuf requérants d’asile sur leur territoire.

En mai dernier, les citoyens d’Oberwil-Lieli (commune d'Argovie située dans le Grand Zurich) acceptaient ainsi de verser 290'000 francs pour ne pas accueillir neuf requérants d’asile sur leur territoire. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Pour l’UDC, les habitants des communes concernées doivent pouvoir voter si le Canton décide de construire des centres d’accueil pour requérants d’asile. Le parti déposera du coup aujourd’hui deux projets de loi au Grand Conseil. L’un pour inscrire cette nouvelle obligation dans la Constitution, l’autre pour donner au Conseil d’Etat le droit de fixer la facture que devraient payer les communes refusant ces projets. L’avis de la population

«Si nos idées sont refusées, elles seront certainement la matière pour le dépôt d’une initiative, annonce la conseillère nationale Céline Amaudruz. Depuis la votation de cet été sur la révision du droit d’asile, que l’UDC condamnait, les gens se rendent compte de ce qui se passe. Les migrants seront logés près de chez eux. Ils ne peuvent pas s’y opposer et il y a de vrais soucis, car il n’y a pas que des gens persécutés provenant de Syrie ou d’Irak, mais aussi des jeunes migrants non formés, musulmans, peu au fait de nos coutumes et ne respectant pas la loi.

De plus, Genève a décidé d’anticiper l’entrée en vigueur de la loi fédérale en adaptant la loi cantonale qui lui permet de réquisitionner des lieux. Il faut vraiment que les habitants des communes puissent donner leur avis.» Mais une fois l’avis donné, il faudra payer s’il est négatif. «Aujourd’hui, c’est déjà le cas, précise Patrick Lussi, député UDC, qui portera le projet au Grand Conseil. Simplement, ces choses ne se font pas de manière transparente. Il n’y a pas d’égalité de traitement entre les communes!»

Hypothèse: que se passerait-il si les textes UDC étaient acceptés et que toutes les communes genevoises refusent la construction de centres d’accueil? Il y aurait assez de places dans les structures existantes, notamment les abris de la protection civile, assure Céline Amaudruz. Par ailleurs, ce serait une incitation à expulser les faux réfugiés. Et de conclure: «Mais sur le fond, la première chose à faire serait naturellement de fermer la frontière.»

L’exemple argovien

L’idée de l’UDC Genève n’est pas tombée du ciel. Elle copie une pratique existant en Argovie. En mai dernier, les citoyens d’Oberwil-Lieli acceptaient ainsi de verser 290'000 francs pour ne pas accueillir neuf requérants d’asile sur leur territoire. Depuis le début de l’année, il est en effet possible aux communes argoviennes d’accueillir peu ou pas de requérants d’asile en échange du versement d’un montant forfaitaire de 110 francs par jour et par personne non accueillie. La somme couvre les frais d’hébergement et d’entretien ailleurs.

Thônex divisé

L’UDC Genève rebondit également sur la polémique entourant la création d’une structure d’accueil d’urgence pour environ 370 réfugiés à Thônex, «faisant fi d’une pétition et d’une résolution du Conseil municipal demandant à l’Exécutif de s’opposer à toute autorisation de construire déposée pour créer un centre pour migrants», explique dans son exposé des motifs le député Lussi.

A noter que les habitants de Thônex ne partagent pas l’avis de leurs autorités. Dimanche, les paroisses des Trois-Chêne organisaient un repas communautaire avec des migrants; et une association spécialement dédiée à l’accueil des requérants d’asile attribués à ces communes devrait voir le jour à la fin du mois.

Que pense Mauro Poggia des projets de l’UDC? «Premier parti de Suisse, l’UDC n’a jamais déposé par l’intermédiaire de Céline Amaudruz, sa vice-présidente, une quelconque demande visant à soulager Genève des requérants qui lui sont attribués. Une démarche d’autant plus opportune que la densité de la population genevoise et la rareté des terrains constructibles rendent la situation intenable», fustige le magistrat en charge de l’asile. «Ainsi, selon l’UDC, les requérants enregistrés doivent venir à Genève, mais une fois ici ils n’ont pas à être hébergés… Cette présentation hypocrite n’a d’autre fonction que de permettre à l’UDC, chaque fois que le Canton souhaite créer une alternative aux abris PC – même sur des terrains cantonaux – de faire une campagne haineuse pour s’y opposer. De plus, on imagine qu’il sera souvent facile de construire une alliance objective entre une droite qui considère que les réfugiés ne doivent pas être son problème et une gauche qui vante la solidarité dans son discours, mais dans les faits considère que les réfugiés seraient certainement mieux ailleurs qu’à côté de chez elle. En d’autres termes, seules les communes qui le veulent accueilleront des réfugiés. Vous imaginez le résultat. Quant à la prime de dispense, elle aura pour conséquence que des communes aisées paieront pour que les réfugiés soient accueillis dans les communes pauvres. Ce n’est pas ma conception de la solidarité, et certainement pas celle d’une majorité des Genevois.»

(TDG)

Créé: 07.11.2016, 19h18

Principaux centres d’hébergement

En mai 2016, plus de 3300 migrants étaient logés dans des centres d’hébergement collectif. Parmi les plus grandes structures:
- le centre des Tattes, à Vernier: 662 personnes
- le centre de Saconnex, en ville de Genève: 404 personnes
- le centre d’Anières: 268 personnes
- le centre de l’Etoile, à Carouge: 207 mineurs non accompagnés
- Appartements, rue du Contrat-Social, en ville de Genève: 185 personnes
- le centre des Tilleuls, au Grand-Saconnex: 174 personnes
- le centre de Feuillasse, à Meyrin: 169 personnes
- Appartements, rue Jean-Simonet, à Vernier: 147 personnes
- Centre du Lagnon, à Bernex: 146 personnes
- le centre Appia, à Pregny-Chambésy: 126 personnes C.G.

Sondage

Les communes doivent-elles pouvoir voter sur l'accueil local des requérants d'asile?

Oui

 
69.7%

Non

 
27.7%

Je ne sais pas

 
2.6%

1123 votes au total


Articles en relation

Village de migrants: la résistance s’organise à Onex

Asile Malgré une pétition signée par 1876 opposants et deux recours, le projet avance et accueillera 170 migrants au printemps 2018. Plus...

Contre l'accueil de migrants, Thônex sort la calculette

Asile Selon la Commune, l’hébergement de 500 requérants lui coûtera 200 000 francs par an. Le Canton ne peut pas l’obliger à payer. Plus...

Boise accueille plus de réfugiés syriens que New York et Los Angeles réunies

#EuropeGoesUS La capitale de l’Idaho développe une importante culture de l’hospitalité. Depuis cette année, les Mormons apportent aussi leur aide. Plus...

Des réfugiés se présentent aux employeurs genevois

Travail Engage 2016, visant à faciliter l’intégration des réfugiés sur le marché de l’emploi, s’est tenue mercredi. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

USA: après une nouvelle fusillade...
Plus...