Uber Eats se lance à Genève et suscite déjà la controverse

Livraison à domicileLa filiale d’Uber en charge des livraisons à domicile étend son offre en ville. Ses pratiques sont décriées par la concurrence locale.

Uber Eats livre des repas dans 250 villes, comme ici à Gand, en Belgique.

Uber Eats livre des repas dans 250 villes, comme ici à Gand, en Belgique. Image: Arterra/UIG via Getty Images

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Uber Eats arrive en Suisse, et les soucis aussi. Le géant des transports se prépare à lancer son service de livraison de repas à domicile à Genève et Lausanne, a appris la «Tribune de Genève». Le groupe américain cherche des chauffeurs en scooter et des coursiers à vélo pour faire concurrence à Smood.ch et Eat.ch, les leaders de la livraison à domicile dans le bassin lémanique.

L’équipe d’Uber Eats – installée dans les bureaux d’Uber à Carouge – distille depuis quelques mois des messages sur les réseaux, auprès des chauffeurs qui utilisent l’application Uber, voire des livreurs associés à des compagnies concurrentes. La page Facebook «Uber Eats Switzerland» a été créée le 15 octobre et le service doit être inauguré en novembre.

Ouvert à tous

Tout le monde peut en être. Pour s’inscrire – ce qu’on fait en ligne, en quelques clics – Uber demande une pièce d’identité suisse (ou un permis de travail), un numéro de contribuable, une photo et un casier judiciaire vierge. Les motorisés doivent en outre justifier d’un permis de conduire, d’une carte grise et d’un document prouvant qu’ils sont assurés. Uber Eats ne prévoit pas de solliciter les chauffeurs Uber.

Après l’inscription en ligne vient une présentation dans les bureaux de la multinationale. La première, à Genève, s’est tenue le 23 octobre. À Lausanne, qu’Uber Eats doit desservir dans un deuxième temps, le premier rendez-vous est agendé au 19 décembre.

Le 23 octobre, une quinzaine de participants ont appris dans ce cadre qu’Uber Eats met à disposition un sac de distribution contre une caution de 120 francs et que les partenaires sont payés de façon hebdomadaire. Qu’ils doivent accepter une course sans connaître l’adresse du destinataire final, une mesure destinée à éviter les refus injustifiés (l’adresse est indiquée quand les plats sont réceptionnés). Les émoluments? 1 fr. 52 net par kilomètre et 3 fr. 80 pour la réception des colis.

Un formulaire pas si anodin

Les coursiers et chauffeurs doivent remplir un formulaire d’annonce auprès du Service cantonal de la consommation et des affaires vétérinaires. Un document destiné aux cafetiers-restaurateurs et guère adapté aux entreprises de transport, selon le chimiste cantonal, Patrick Edder. «Mais en le remplissant, le chauffeur agit comme un indépendant et devient responsable légal en regard du droit alimentaire par rapport aux exigences liées au transport. Il peut donc être exposé à des suites administratives et/ou pénales en cas d’infractions à la Loi sur les denrées alimentaires», souligne Patrick Edder. Uber Eats ne demande pas d’attestation certifiant que ses partenaires ont le statut d’indépendant.

Les offres d’Uber Eats auprès des restaurants ne sont pas forcément attractives. Un patron dit avoir décliné ses services car son partenaire, Smood.ch, «a fait ses preuves, et il est risqué de changer». Une restauratrice a fait de même car Uber Eats l’obligeait à se décider vite et ses prix n’étaient pas plus bas, alors que Smood.ch livre plus loin et propose un service de qualité. Mais dans l’ensemble, les restaurateurs saluent l’arrivée d’une concurrence qui doit faire baisser les prix.

À Genève, Uber Eats, qui collaborera notamment avec McDonald’s, a demandé aux coursiers d’être disponible le 10 novembre. Le groupe entend se concentrer sur le centre-ville avant d’étendre ses tentacules à la périphérie. L’application sera ouverte en semaine entre 11 h et 23 h et, le week-end, jusqu’à minuit; mais, à terme, elle doit d’être opérationnelle en tout temps.

Marché en effervescence

Le statut des chauffeurs Uber est controversé. Certains estiment qu’Uber doit les considérer comme ses employés, et payer leurs cotisations. D’autres les voient comme des indépendants. Un tribunal zurichois a indiqué cet été que c’est à la SUVA, le principal assureur accidents helvétique, de trancher.

C’est la deuxième fois qu’Uber Eats tente sa chance en Suisse. Durant l’été 2016, plusieurs offres d’emploi avaient circulé dans l’optique d’un lancement à Zurich, mais l’aventure s’était arrêtée là.

Uber Eats s’active dans 250 villes (dont 42 en France) et 36 pays. Son arrivée dans l’arc lémanique promet de redistribuer les cartes dans un secteur chahuté. Un poids lourd hollandais, Takeaway.com, chatouille depuis peu Smood.ch et Eat.ch, et des start-up se sont lancées.

Le marché est en effervescence depuis que les technologies ont simplifié la liaison entre les clients et les restaurateurs, mais les garde-fous viennent à manquer. En France, des livreurs sous-traitent illégalement leur livraison à des sans-papiers, selon une enquête de «L’Express». (TDG)

Créé: 30.10.2018, 07h13

Deux poids, deux mesures?

Face à Uber Eats, la concurrence s’insurge. «Uber Eats a procédé à une septantaine de commandes chez nous depuis un mois et demi», indique Marc Aeschlimann, patron de Smood.ch. «Ils cherchent en réalité à parler à nos employés pour les inciter à travailler pour eux.»

Olivier Fouvy, fondateur de Driven, un concurrent d’Uber, s’est rapproché de Smood.ch «pour faire front commun». Les deux patrons dénoncent «une concurrence déloyale au détriment des PME locales».

«Uber est théoriquement soumis aux mêmes contrôles que nous, mais il peut se permettre d’abuser du statut d’indépendant sans avoir à s’inquiéter des conséquences légales car il est basé à l’étranger. Ce n’est pas le cas des entreprises locales, qui subissent des contrôles à répétition pendant que les autorités négocient avec Uber», disent-ils d’une seule voix. R.ET.

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