Tuer ou relâcher les silures: le dilemme des pêcheurs

Faune Les prises du week-end confirment la prolifération de ce géant dans le Rhône et le lac. Malgré le règlement, les pêcheurs préfèrent lui laisser la vie sauve.

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Le fil qui s’agite, la canne qui ploie. Au terme de longues minutes de bataille, la bête est sortie du Rhône à quelques dizaines de mètres en aval du pont de Sous-Terre. La scène s’est répétée plusieurs fois durant le week-end. Au bout de l’hameçon, un silure, puis un autre. Un bon mètre et demi de long pour une quinzaine de kilos. Corps visqueux et gueule tout en largeur. Sur les pontons, les baigneurs médusés assistent à la scène et sortent les orteils de l’eau.

Pêcheurs discrets

Les services cantonaux de la faune rassurent: l’homme ne court aucun risque. Quant aux spécialistes, ils ne connaissent pas de cas de nageurs grièvement blessés par un silure. Une certitude tout de même: l’espèce non endémique prolifère dans le Léman et dans le Rhône, sans doute introduite par des humains. «Nous savons que plusieurs dizaines de jeunes, originaires de la retenue de Génissiat, en France, remontent actuellement le Rhône genevois», expliquait en février Frédéric Hofmann, inspecteur de la chasse et de la pêche du canton de Vaud.

Les voici, ces jeunes silures, accrochés aux hameçons de pêcheurs amateurs sur un canot en plastique, non loin de la jonction entre le Rhône et l’Arve. Au journaliste qui les attend sur le rivage, ces derniers ne donnent pas leur identité et encore moins de photo souvenir avec l’animal à bout de bras. On se contentera d’immortaliser la bête, temporairement immobilisée sur une grève à l’aide d’une corde, avant qu’elle ne soit libérée.

Chair invendable

Cette relative discrétion des pêcheurs s’explique par le nouveau règlement genevois d’application sur la pêche. Entré en vigueur le 1er janvier 2017, il contraint à la mise à mort des espèces indésirables. Aux côtes de l’épinoche, du carassin ou du sandre, le silure glane figure dans cette liste de poissons à éradiquer, mais les pêcheurs refusent de lui ôter la vie. «Comment voulez-vous que je tue une aussi belle bête?» sourit l’un de ceux qui se sont illustrés sur le Rhône dimanche en caressant la tête de sa proie. «Dernièrement, j’en ai tué un. Il était énorme, je ne savais pas quoi en faire et il baignait dans des litres de sang. Je préfère les laisser repartir.»

Ce comportement, Christophe Ebener, président de la Fédération des sociétés de pêche genevoises (FSPG), l’approuve. «Nous avons dit plusieurs fois aux autorités: «Imposer de tuer les silures est une bonne idée.» Encore faut-il en donner les moyens aux pêcheurs!» Comment? «En réfléchissant à un moyen de les ramener ou peut-être de permettre la vente. Il est actuellement interdit de faire du commerce avec les poissons pêchés en rivière, alors je ne peux pas dire aux pêcheurs: «Vendez-les», explique le responsable associatif, rappelant que la chair grasse du silure se mange. «Fumée, elle est intéressante», dit-il.

Peut-être pas si terrible

En attendant que le silure fasse son apparition sur la carte des meilleures auberges, les moyens de le combattre restent à inventer. Le président de la FSPG, lui, doute qu’on y arrive. «Ce gros poisson-chat est en bout de chaîne alimentaire et résiste à tout, quelle que soit la température de l’eau ou les sédiments. C’est un opportuniste qui mange n’importe quoi.»

Franck Cattanéo, professeur en écologie aquatique à la Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (Hepia), entame précisément une recherche (lire ci-contre) sur ce monstre qui n’en est peut-être pas un. «Les études réalisées ailleurs montrent qu’une colonisation par le silure ne produit pas de bouleversements majeurs de l’écosystème. Mais on en sait encore peu sur la présence de cette espèce dans le bassin lémanique», dit-il, prudent.

En somme, le chercheur n’a qu’une certitude: le silure souffre d’une mauvaise image. «Ça doit être à cause de sa taille et de son apparence.»

(TDG)

Créé: 29.05.2017, 18h34

Où vont les silures, que mangent-ils?

Que sait-on du silure glane et de sa présence dans le Léman et dans le Rhône? Rien, ou presque. Raison pour laquelle le professeur en écologie aquatique de l’Hepia Franck Cattanéo vient d’entamer une recherche sur le sujet. Menée en collaboration avec le Service du lac, de la renaturation des cours d’eau et de la pêche (SLRP) et l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Thonon-les-Bains, elle vise à connaître les comportements alimentaires et les déplacements de la bête invasive. «Concrètement, il s’agira d’en capturer et de les marquer avec un émetteur acoustique», précise le chercheur. Pour cela, il invite les pêcheurs à se manifester lorsqu’ils sortent un silure. Premiers résultats: peut-être en fin d’année.

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