Tué sur le parking du centre sportif: le récit du drame

MeyrinLe Parquet a clos son enquête sur ce crime hors du commun précédé de nombreux messages inquiétants.

Les lieux du crime lors de la reconstitution organisée par le Ministère public durant l’instruction de l’affaire.

Les lieux du crime lors de la reconstitution organisée par le Ministère public durant l’instruction de l’affaire. Image: Frank Mentha

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Deux ans après le drame survenu sur le parking du Centre sportif de Meyrin, le Ministère public a bouclé ses investigations. Comme l’atteste l’acte d’accusation du 8 novembre, que nous avons consulté, un Suisse de 23 ans ayant roulé sur son rival, un Portugais de 25 ans, sera jugé, dans le courant de l’année prochaine, par le Tribunal criminel.

«Étendu à terre, inerte»

Le crime retenu aujourd’hui par la procureure Sophie Varga Lang à l’encontre du prévenu, détenu à Champ-Dollon, est des plus graves: meurtre avec la circonstance aggravante de l’assassinat. Les faits ont eu lieu le 8 juin 2017. Comme nous le révélions à l’époque, cette nuit-là, le jeune homme voulait parler avec son ex-amie au sujet de leur relation, officiellement terminée l’été précédent. Ils se sont retrouvés sur le parking du centre sportif et ont fait un tour en voiture.

Le prévenu vivait mal le fait que la jeune femme «entretienne une relation privilégiée» avec M., son rival. Le duo est revenu ensuite sur le parking du Centre sportif de Meyrin. Le jeune Portugais s’y trouvait avec trois autres amis. C’est dans ce contexte que la tragédie est survenue: «Alors qu’il était à l’arrêt au volant de sa Seat, précisent les réquisitions du Parquet, l’accusé a démarré, accéléré et dirigé volontairement son véhicule en direction de M. pour, de son propre aveu, le «choper», le percutant et le projetant ainsi à terre.»

Après le choc, il a freiné et arrêté son véhicule. Le pire restait à venir: «Il a vu M. étendu à terre, inerte. Il a alors aussitôt dirigé une seconde fois son véhicule dans sa direction et roulé sur le corps. […] Il a occasionné de multiples lésions traumatiques, à l’étage cranio-cérébral, thoracique, du bassin et aux membres inférieurs, entraînant ainsi le décès.»

Altercation le 28 mai

Aux yeux du Ministère public, le détenu a intentionnellement donné la mort, par jalousie: «Il a agi dans un but particulièrement futile et égoïste.» Pour l’accusation, il a même prémédité son acte. On apprend aujourd’hui qu’avant les faits, le prévenu avait eu une altercation avec son rival le 28 mai 2017. «Il l’a giflé alors qu’il était en compagnie de la même jeune femme sur le parking du Centre sportif de Meyrin», écrit la procureure. Il aurait même, deux jours plus tard, proféré des menaces de mort contre lui sur Snapchat et Facebook.

Ce n’est pas tout: «Entre le 29 mai et le 8 juin, il a écrit à plusieurs reprises, via Facebook et WhatsApp, à différents interlocuteurs, qu’il avait envie de tuer la victime.» Morceau choisi, envoyé quelques heures avant le drame: «Je vais l’écraser comme une vieille merde.» À 22 h 22, le prévenu aurait laissé un message vocal à une copine: «T’inquiète pas. Je reviendrai vivant et entier. Bon y’en a un qui reviendra pas vivant. Mais bon, ça c’est pas grave.»

«Je t’avais prévenue»

Au final, les réquisitions de la procureure soulignent une absence particulière de scrupules: «Il s’est acharné en lui roulant dessus alors que M. gisait à terre, après l’avoir au préalable percuté à plus de 50 km/h, lui infligeant des souffrances physiques aiguës.» Il a ensuite arrêté son véhicule près de son ex-amie en lui disant juste avant de fuir: «Je t’avais prévenue.» Selon la procureure, il a «agi de façon particulièrement odieuse en faisant preuve du mépris le plus complet pour la vie d’autrui».

Défenseur du père de la victime, Me Robert Assaël estime que l’acte d’accusation décrit «une véritable exécution, préméditée, froide et abjecte. Avec sa voiture, instrument de mort, le prévenu a foncé sur la pauvre victime. Ensuite, il lui a roulé dessus pour être sûr de l’avoir tuée! C’est inhumain.»

Avocat de la mère du défunt, Me Sami Djaziri réagit ainsi à l’issue de l’enquête: «Il est temps que le Tribunal criminel se prononce sur ce drame et permette enfin à ma cliente d’entamer son deuil.»

De son côté, Me Sylvain Zihlmann, avocat du prévenu avec Me Yaël Hayat, indique: «Je déplore cette inclination chez certains de mes confrères à tenir le procès non plus dans le prétoire mais sur la place publique. Mon client réservera ses explications au tribunal.»

Créé: 13.11.2019, 17h24

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