Un troisième hameau de studios mobiles va voir le jour

Le Petit-SaconnexAprès Plan-les-Ouates et Malagnou, c’est Le Petit-Saconnex qui va accueillir six logements mobiles pour sans-abri.

Après un divorce difficile, Carlos perd emploi et logement. Depuis septembre 2015, il se reconstruit au hameau Noé, à Plan-les-Ouates.

Après un divorce difficile, Carlos perd emploi et logement. Depuis septembre 2015, il se reconstruit au hameau Noé, à Plan-les-Ouates. Image: Lucien Fortunati

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Installer des conteneurs aménagés en studios pour des personnes sans domicile sur des terrains bloqués dans l’attente d’un projet immobilier: lancée en 2014 par l’association Carrefour-Rue, l’idée était attendue au tournant. Surtout par les voisins de ces parcelles. «On a dû déconstruire beaucoup de préjugés, car les gens associent le fait d’être sans domicile avec celui d’être délinquant ou toxicomane, explique Noël Constant, président de Carrefour-Rue, association privée d’action sociale à l’origine du projet. Or, c’est M. Tout-le-monde qui peut se retrouver dans la précarité et sans toit.»

60 demandes par semaine

A la fin de 2014, un premier hameau, composé de huit studios mobiles de 14 m2, prend ses quartiers au 154, route de Malagnou, à Chêne-Bougeries. Son nom: Eurêka. Noé, un deuxième petit village, est créé un an plus tard au chemin de la Mère-Voie, à Plan-les-Ouates, sur une parcelle de 4500 m2 en attendant que démarrent les travaux du quartier des Cherpines. Pour un coût de 300 000 francs au total, financé par des dons privés. Parce que le concept fonctionne et surtout parce que la demande en logements relais se fait toujours plus criante – «nous en recevons près de 60 par semaine!» –, un troisième hameau s’apprête aujourd’hui à naître, au Petit-Saconnex, au chemin Colladon. «Nous attendons les dernières autorisations de construire. Le hameau devrait être prêt pour l’automne», raconte en souriant Noël Constant.

Hublots et studio familial

Baptisé Ulysse – «parce qu’il est le fruit d’un long voyage administratif» –, le hameau sera formé de six studios mobiles. Avec deux nouveautés: «Un logement spécialement destiné à une famille, composé d’un module et demi. Au départ, nous nous attendions à accueillir seulement des personnes seules. Or, il y a beaucoup de parents séparés, de familles recomposées. Et vivre avec un ou plusieurs enfants dans 14 m2, ce n’est pas toujours évident.»

Autre modification, en forme de clin d’œil: les fenêtres sont désormais des hublots, pour être raccord avec l’appellation. Pour le reste, le profil d’Ulysse se calque sur celui de Noé et Eurêka. Des conteneurs communautaires, une cogestion avec un médiateur, un cadre agréable et chaleureux «pour éviter tout misérabilisme», des loyers de 400 fr. pour chaque résident. «Cela correspond aux charges, précise Vince Fasciani, chargé des nouveaux projets à Carrefour-Rue. Sans loyer, on est dans une logique d’assistance, ce n’est pas bon. Et le jour où la personne aura à nouveau un véritable appartement, et donc un vrai loyer, le choc sera brutal, passer de 0 à plus de 1000 fr. par mois! Il faut rester habitué à payer un loyer.» Mais, précise-t-il, si quelqu’un n’arrive pas à payer cette somme, nous n’allons pas le mettre à la porte.

De la souplesse aussi pour la durée du séjour. «Ce sont des logements provisoires, mais on ne met pas les gens dehors, ajoute Noël Constant. Certains auront besoin de deux trois mois, d’autres d’un an voire plus pour prendre leur envol.»

Infirmier, pianiste et cafetier

A Eurêka, sur treize habitants et deux enfants, il y a déjà eu dix «envols» et tout autant d’entrées. Une diversité d’âge, de 23 à 65 ans, et de profils: pianiste joaillier, infirmier, cafetier, architecte ou vendeuse de sushis.

A Noé, dont le bail vient d’être prolongé de plusieurs années, on compte aussi treize habitants, dont quatre enfants. L’an passé, il y a eu quatre départs, tous remplacés. Aujourd’hui, six personnes ont retrouvé un emploi. En un an d’existence, la vie a pris ses marques, sous l’ombre de la tente berbère, dans la convivialité des espaces communs, dans l’entraide entre résidents pour nourrir le lapin ou remplir les impôts, les cafés et les fêtes avec le voisinage. Un îlot de quiétude pour ceux qui en avaient perdu toute trace. Qui s’incarne dans une devise, empruntée aux mots du poète Paul Eluard, et gravée sur la dalle d’entrée du hameau: «J’écris ton nom, et par le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer, Liberté.»

Créé: 29.05.2017, 07h50

«Ça peut vite basculer»

«Si on m’avait dit il y a cinq ans que je me retrouverais un jour dans cette situation, je ne l’aurais jamais cru. Comme moi, les gens ont tendance à oublier que tout peut basculer très vite…» Carlos, 44 ans, était marié, vivait avec sa famille dans une petite maison, travaillait à l’ONU. Mais après un divorce difficile, c’est le burnout, il quitte son emploi. «J’étais au fond, j’ai oublié de renouveler mon permis C. Le temps que je le fasse et que je l’obtienne, plus d’un an a passé, durant lequel je n’avais pas droit au chômage.» Il doit quitter son logement, squatte chez des amis, s’endette. Et puis, en septembre 2015, le coup de pouce: un studio au hameau Noé. «J’ai enfin pu avoir une adresse fixe, ce qui m’a permis de réactiver la machine administrative. Sans adresse, on n’existe pas. Surtout, avoir un chez-moi m’a permis de reprendre confiance, de regagner une stabilité et de pouvoir accueillir mes enfants.» Carlos a retrouvé un travail et débuté une formation pour se lancer un jour en indépendant.

Après le toit, l’emploi

Nathanaël, charpentier, a 46 ans, «dont vingt à vivre dans des squats». Lors de l’évacuation de celui de Châtelaine, en 2010, il part en France, avant de revenir à Genève quelques années plus tard. «On m’a alors dit que j’étais considéré comme un Suisse de retour de l’étranger, donc je n’avais droit à aucune aide de l’Hospice avant deux ans.» Il dort chez une copine, dans des parcs, au foyer de la Coulou. «C’est là qu’on m’a parlé du hameau.» Il intègre un studio en 2015 et mesure sa chance: «C’est tellement beau ici, et il y a un bel esprit d’entraide. J’ai désormais mon chez-moi, une adresse.» Et du travail aussi, bénévole pour la communauté – il a notamment construit un abri à vélos –, et rémunéré aussi: «Un voisin m’a demandé de refaire son toit. Grâce à ça, j’ai pu m’acheter une voiture. Un charpentier se doit d’être mobile. Ça va être plus facile pour trouver du travail! Et je vais bientôt pouvoir intégrer un petit appartement. C’est super, même si je suis un peu nostalgique de quitter cet endroit…»

«Etre enfin en paix»

Il y a quatre ans, Karen, aujourd’hui âgée de 42 ans, vivait dans le canton de Vaud. Thérapeute à son compte, elle
se sépare de son compagnon et enchaîne les heures pour boucler le mois. «Mais à un moment donné, je n’y arrivais plus, je ne pouvais plus payer le loyer.» Elle tombe en dépression et revient à Genève – où elle a vécu jusqu’à ses 15 ans – avec sa fille de sept ans. «Juste avant de signer pour un appartement, j’ai appris que j’étais en poursuite… c’est tombé à l’eau. Pour obtenir un logement social, il faut avoir habité à Genève les deux ans précédant la demande, or j’ai vécu dans le canton de Vaud. Je me suis retrouvée à la rue.» Un ami l’accueille et elle enchaîne les sous-locations pendant trois ans. Jusqu’au jour où sa fille, en camp d’été à Plan-les-Ouates, découvre le hameau. «Elle m’a dit: «Maman, je veux vivre là!» On a eu la chance d’avoir un studio en novembre.» Depuis, Karen se reconstruit doucement. «Plus besoin de déménager sans cesse, je peux enfin être en paix et faire des projets.»




























































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