Trois pompiers du SIS ont failli mourir dans l'incendie de Satigny

Fait diversL’un d’eux, âgé de 28 ans, souffre de fractures aux deux jambes. Une aile entière de la mairie de Satigny est dévastée.

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Satigny sous le soleil. Ambiance faussement bucolique jeudi matin. La rampe de Choully serpente dans le vignoble aux couleurs automnales. À droite, du pinot noir récemment vendangé. À gauche, le bâtiment de la mairie. Ou ce qu’il en reste. Les deux ailes jumelles ne sont plus alignées à même hauteur. Une toiture fait défaut. À la place, un trou béant. Juste en dessous, des poutres calcinées formant un mikado funeste.

L’adresse d’un mauvais feu, violent et traître pour ceux qui ont dû le combattre la veille au soir. D’abord une lueur, visible loin à la ronde, peu après 21 h 30. Les flammes ont pris de l’avance. À l’arrivée des pompiers volontaires de la commune de Satigny, sous les ordres du capitaine Patrick Dupuis, l’embrasement est généralisé. Les hommes du SIS sont en route. On fait jonction le long de cette rampe, transformée en place sinistrée.

D’importants moyens d’extinction sont aussitôt engagés. Le capitaine Frédéric Jaques demande des renforts. Il sait que cet incendie en plein développement va vider la caserne principale. Il ne sait pas encore que trois collègues ne la reverront pas de la nuit, contraints de passer par l’hôpital pour y soigner leurs blessures, consécutives à l’effondrement complet de la toiture.

Toit en ardoise

La noria d’ambulances est pour eux. À 22 h 20, la poutre centrale a cédé par le milieu. «Elle avait été montée en deux parties, explique le commandant du SIS, Nicolas Schumacher. Les segments se sont désolidarisés, arrachant tout sur leur passage.» Double effet de levier, fouettant l’espace éventré. Le toit en ardoise est à son tour précipité dans le vide.

À l’étage inférieur, trois sapeurs se préparant à attaquer le feu de l’intérieur, en soutien des moyens aériens qui ne parvenaient pas à atteindre l’ensemble des foyers. Un sergent aguerri leur a ordonné de se tenir à couvert, de progresser en se positionnant contre les murs. Ils lui doivent sans doute aujourd’hui d’être encore en vie. Car tous les trois ont été ensevelis sous les chutes de poutres, de lambris et d’ardoises.

Ligne de vie sonore

À ce moment-là, on fait silence, on coupe les échanges radio en n’écoutant que les leurs, sur cette ligne de vie sonore qui permet de les localiser en leur portant secours. L’équipe dédiée au sauvetage vient en soutien. Les victimes sont extraites du bâtiment sur des barquettes rigides, stabilisées au nid de blessés, avant d’être acheminées en urgence aux HUG.

Fracture de la cheville pour l’un, douleurs dorsales et multiples contusions pour l’autre. Le troisième, c’est plus grave, fracture des deux jambes (au niveau du tibia); il a 28 ans et a été opéré jeudi dans la matinée.

La maire de Satigny, Anne Revaclier, pense à lui et à ses collègues en saluant, sous le soleil, «le travail formidable» mené une bonne partie de la nuit par les pompiers. «Je leur souhaite de se rétablir au mieux, car, pour ce qui nous concerne, ce ne sont que des dégâts matériels. Même s’ils sont importants, on s’en remettra et l’on reconstruira plus beau qu’avant.»

Les archives ont été sauvées

Les archives communales, stockées en sous-sol dans la halle de gym, jouxtant la mairie, ont été sauvées. Les volontaires ont fait le job, en montant des digues de sacs de sable pour contenir l’eau de ruissellement. Les lances ont craché sur le feu jusqu’à 23 h 45, quand le chef de l’intervention a pu enfin annoncer que l’incendie était maîtrisé.

Ses causes? Inconnues pour l’heure. Sa soudaineté? Sans doute l’accumulation de gaz inflammables dans les espaces supérieurs, alimentés notamment par des panneaux agglomérés tapissant les façades existantes pour protéger le bâtiment historique – il date de 1896 – des travaux de rénovation en cours. Il suffit d’un apport d’oxygène pour embraser le tout. Un oeil de boeuf, visible sous la toiture, a pu peut-être faire office d'appel d'air. La police enquête.

Créé: 10.10.2019, 19h56

Dans le vignoble au-dessus de Satigny, Anne Revaclier, maire de la commune, face à l’aile de la mairie dévastée. (Image: Laurent Guiraud)

Cellule de débriefing mise en place

Le commandant du SIS, Nicolas Schumacher, commente l’intervention périlleuse de Satigny. «L’effondrement des structures en feu figure parmi les situations que l’on redoute le plus, déclare-t-il. Chaque année, on compte dans nos rangs plusieurs blessés, victimes de chutes diverses et de brûlures. Pour autant, le dernier effondrement majeur auquel nous avons dû faire face est ancien. Il remonte à novembre 1999: deux collègues ont été pris ce matin-là sous les décombres d’une halle de gymnastique à Cologny. Mais le bilan, alors, a été plus léger que celui de mercredi soir. Notre chance est d’être bien organisés sur les lieux d’une intervention. Nous avons du personnel formé, capable de réagir vite et de prendre les bonnes décisions, en priorisant le sauvetage des collègues. On entraîne nos collaborateurs à ce genre de situation.

Une instruction particulière est donnée aux sauveteurs pompiers. Ils sont aussitôt alarmés et embarquent dans la tonne RIT (pour rapide intervention team). Immédiatement, toute une chaîne se met en branle. Une cellule de débriefing a été organisée durant la nuit pour la section concernée, ainsi que les opérateurs de la centrale d’alarme. On accompagne ensuite le collègue blessé jusqu’à ce qu’il soit totalement rétabli. En parallèle, bien sûr, il s’agit pour nous, sitôt le sauvetage réalisé, de reprendre la main du sinistre, de bloquer son évolution, d’éviter qu’il ne se propage. Ce qui fut fait, mercredi soir à Satigny, grâce à une collaboration efficace à tous les échelons.»



ThM

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