Trois petits tours à Champel

Week-end en baladeSur le plateau, on peut flâner tout doux, loin des turpitudes du chantier du CEVA et des grandes artères.

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On y est allé au petit bonheur la chance. Champel aujourd’hui, nous direz-vous, c’est une balafre due au mégachantier du CEVA (future liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse), de longues artères, de grands immeubles et cette image cossue qui colle à la peau du plateau. Mais encore? Champel, c’est aussi des parcs, une myriade de beaux arbres, le chant des oiseaux et une foule de petits passages permettant de flâner agréablement.

Départ depuis la célèbre tour qui domine l’Arve, fausse construction médiévale bâtie à la fin du XIXe siècle, où se lit encore, sur un mur tout proche, l’étonnante inscription «Château Montjoie». Vue plongeante sur la Fontenette. En remontant par le chemin des Crêts-de-Champel, jetez un œil à la fresque consacrant Edouard Tavan, poète genevois (1842-1919), qui orne un pan de mur.

Les ogres de Miremont

Traversons la rue un peu plus haut, passons entre des immeubles (à la hauteur du No 19). Là se dévoile un large parc où petits et grands pourront notamment user du terrain de basket. L’occasion de se souvenir de la grande équipe de Champel, qui glana un titre et deux Coupes de Suisse dans les années 80.

Un chemin dallé et une ruelle filent vers la rue Albert-Gos. Où, côté pair, un ensemble d’immeubles gris semble tout droit sorti d’une banlieue londonienne. En face, un détour entre les Nos 5 et 7 permet de découvrir un minuscule parc et sa fontaine ornée d’une otarie.

En franchissant l’avenue de Miremont, coup d’œil à gauche sur le Jura (mais oui!). Il faut absolument la remonter pour s’offrir un léger détour frissonnant: l’entrée du No 33 est flanquée de deux ogres de pierre qui dévorent des enfants. Stupeur! Certes, Champel traîne un passé bien sombre (lire encadré), mais de là à bouffer ses mômes… On ne sait quasi rien de ces sculptures, sinon que la maison fut habitée par la famille Pitoëff. Retour sur nos pas. A la rue Albert-Gos, on entrevoit un quartier de vieilles maisons à tourelles. Curieux. On y reviendra plus tard, préférant pour l’heure poursuivre jusqu’au parc Bertrand. Cet incontournable espace vert de la Rive gauche mériterait à lui seul une balade.

On le traverse pourtant pour rejoindre l’avenue Eugène-Pittard. Direction Salève. Outre l’école et le Théâtre Töpffer, elle offre sur sa droite des parcs verdoyants. Privés, comme beaucoup à Champel, mais certains sont néanmoins dépourvus de portail. Il serait dommage de manquer les magnolias et forsythias en fleurs (selon la saison). Quelques petits crochets s’imposent donc, avant d’emprunter le chemin du Pré-de-l’Ours.

Une pelouse façon golf

On peut alors rejoindre la route de Florissant et filer jusqu’à l’arrêt «Velours» (charmant, non?) du bus 8, où enfant et poisson garnissent une fontaine, à l’ombre d’un marronnier en fleurs. Puis redescendre l’avenue Eugène-Pittard, s’instruire en lisant les panneaux qui expliquent que les vieux chênes sont aussi les demeures des capricornes et des lucanes cerfs-volants, et fouler, entre les Nos 46 et 48, une pelouse digne des greens de golf. Il faut aller jusqu’à son extrémité pour profiter d’une superbe vue sur les Salève, avec l’Arve et Vessy en contrebas.

Retour sur nos pas et entrée dans le parc des Falaises, toujours par l’avenue du sieur Pittard. Magnifiquement ombragé (cèdres et pins notamment), il regorge de jeux pour enfants, dont une jolie tyrolienne. Après la pause, on le quitte par le chemin de Beau-Soleil, on traverse l’avenue Louis-Aubert avant de longer les immeubles fleuris des Clochettes et découvrir un grand parc ombragé. Bancs de pierre et arbustes taillés façon topiaire, où mésanges et rouges-queues jouent à cache-cache.

Les maisons de l’Expo nationale

Nous revoilà à la rue Albert-Gos. On vous avait prévenu, on flâne! Pour découvrir le quartier de maisons à tourelles mentionnées plus tôt, qui tranchent avec le bâti du plateau. Ici, c’est Miremont-Village, nous indique une habitante des lieux. Les bâtisses ont été construites pour l’Expo nationale de 1896, en reproduisant des maisons suisses alémaniques. Les colombages sont plaqués sur les façades. Le détour – attention, chiens interdits, même tenus en laisse! – offre au visiteur un savoureux saut dans le passé.

Après ce crochet en forme de fer à cheval, retour sur l’avenue de Miremont, que l’on descend cette fois jusqu’à la rue Louis-Curval (1854-1899). Sa plaque aurait mérité davantage. Mentionner par exemple qu’il fut conseiller municipal de la défunte commune de Plainpalais. On passe alors entre les Nos 6 et 8 pour se trouver dans un parc permettant d’éviter une partie de l’avenue de Champel. On empruntera le dernier tronçon de celle-ci afin de boucler notre boucle et revenir à la tour par une ultime montée, un peu sèche. (TDG)

Créé: 30.05.2015, 22h41

Avant de partir, quelques petits plus pour améliorer votre balade

Comment y aller

En TPG, bien sûr. Bus 1 ou 3, arrêt «Calas», le plus proche de la tour de Champel, que l’on rejoint à pied.

Avertissement au promeneur

Nous avons délibérément laissé nos pas nous guider, sans autre but que de flâner. Il existe sans aucun doute de nombreux autres passages et parcs sur le plateau de Champel. A vous de les découvrir pour enrichir la balade.

Un brin d’histoire

Champel n’est pas depuis longtemps le quartier que l’on connaît. Jusqu’au début du XVIIIe siècle, le plateau est sinistre et peu peuplé. On y exécute les condamnés au lieu-dit le «champ du bourreau», qui se situait en haut de l’actuelle avenue de Beau-Séjour. Le gibet est abandonné vers 1750, mais les fourches patibulaires demeurent encore un temps. Les premières maisons sont construites vers la fin du XVIIIe siècle. Puis, vers 1874, une société y crée une station thermale et l’Hôtel Beauséjour, établissement hydrothérapique luxueux. Les bienfaits de l’eau de l’Arve y sont distillés sous forme de douches, vapeurs et fumigations. La fermeture des frontières lors de la Première Guerre mondiale fut fatale à l’établissement.

Quant à l’origine du nom Champel, elle reste mystérieuse. Plusieurs hypothèses sont formulées, dont un dérivé de Saint-Paul. Mais rien n’est moins sûr, même si, au XIVe siècle, la colline portait le nom de Tattes de Saint-Paul.

Bonnes lectures

De nombreux ouvrages relatent l’histoire du quartier de Champel, sous diverses formes. Citons-en quelques-uns:

Les rues qui racontent Champel-Florissant, Christian Vellas, Ed. Slatkine.

Champel-les-Bains, collectif, sous la direction de David Ripoll, Ed. Infolio.

Genève et ses mystères, Pernette Rickli-Gos et Béatrice Obergfell, Ed. Cabédita.

Genève passé et présent sous le même angle, Nicolas Crispini (photos) et Jean-Claude Mayor (textes), Ed. Slatkine.

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