Le tribunal choisit la clémence pour un auteur de feux intentionnels

GenèveEst-ce le pyromane de la rue de Carouge que l’on jugeait ce vendredi matin au Palais de justice? Le prévenu, cité en procédure simplifiée, écope de 30 mois de prison, suspendus à un traitement en milieu institutionnel. Compte rendu d’audience.

Les incendies se sont produits en avril 2018 dans le secteur de Plainpalais.

Les incendies se sont produits en avril 2018 dans le secteur de Plainpalais. Image: Laurent Guiraud / Archives

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Les faits reprochés, dont la presse a largement rendu compte, auraient pu à eux seuls remplir la salle G3 du Palais de justice. Elle est vide ce vendredi matin. On juge, devant le tribunal correctionnel, un homme de 43 ans poursuivi pour avoir, à deux reprises, les 12 janvier et 13 avril 2018, bouté le feu à des véhicules et des scooters dans le secteur de Plainpalais. L’accusé, qui comparaît en qualité de prévenu – il est emprisonné à Champ-Dollon depuis dix mois – est cité dans le cadre d’une procédure simplifiée.

Convocation matinale. Il est 8 h 15. Une petite heure a été prévue, avant de passer à l’affaire suivante. Quarante-cinq minutes suffiront à confirmer un jugement négocié en amont, avec l’accord de toutes les parties.

Les choses vont vite. L’accusé en oublie d’enlever sa veste. Il formule des regrets d’une voix sourde: «Je suis désolé pour les actes que j’ai commis. Ils sont le signe que je ne vais pas bien. J’ai besoin de soins. J’aimerais me guérir moi-même de la drogue.» La présidente du tribunal entend les excuses mais réplique, dans l’intérêt général: «Là, on est face à un problème de sécurité publique, Monsieur. Cela va bien au-delà de votre personne. Le jour où l’on aura des morts, est-ce que vous dormirez vraiment bien?» La question, en passant, vaut aussi pour la justice.

La présidente insiste, sans attendre l’acquiescement: «Vous avez, certes, besoin de soins, mais c’est le dernier moment pour vous prendre en main. Votre avenir, vous le mettez clairement en jeu.» Et elle ajoute: «Cela ne va pas être simple au vu de votre passé. Je vous invite à prendre votre traitement au sérieux.»

Verdict attendu: la condamnation à 30 mois de peine privative de liberté se trouve suspendue à une thérapie institutionnelle. Commentaire de la Cour: «On vous contraint à vous soigner, sinon vous retournez en prison purger le solde de votre peine.» Et la mesure d’expulsion, en l’occurrence vers l’Italie, risque bien la prochaine fois d’être définitivement prononcée.

Dans le casier judiciaire de l’intéressé, les condamnations se succèdent. Notamment pour des faits similaires, commis il y a dix ans dans un quartier proche. Pour autant, l’homme condamné ce vendredi est-il le pyromane de la rue de Carouge qui, pendant tout un hiver, a donné du travail aux pompiers et à la police? Entre les faits reconnus, une demi-douzaine d’autres incendies suspects recensés, occasionnant à chaque fois des dégâts matériels importants. Le Ministère public a fait le choix de les classer, faute de preuves et d’aveux circonstanciés. « Mon client ne les a jamais reconnus, déclare en sortant de l’audience son défenseur, Me Imad Fattal. Son ADN n’a notamment pas été retrouvé sur les lieux. Rien ne permet d’affirmer qu’il était sur place. En droit pénal, le doute doit toujours profiter à l’accusé.»

L’avocat se risque ensuite sur un terrain plus psychologique. «Vous savez, la pyromanie est une maladie complexe. Souvent, l’auteur qui boute le feu n’en tire aucun plaisir. C’est, pour lui, une manière d’appeler à l’aide. Les faits, pour lesquels mon client vient d’être condamné avec clémence, coïncident, dans le temps, à la levée d’une mesure d’accompagnement thérapeutique à laquelle il était astreint. Du jour au lendemain, il s’est retrouvé seul, lâché dans la nature, dans un environnement désécurisant qui l’a amené à rechuter. Il me semble que le message est bien passé cette fois et qu’il est déterminé à saisir la chance qui lui est offerte.»

Le quadragénaire, au long passé de cocaïnomane, est retourné ce vendredi à Champ-Dollon, poursuivre l’exécution anticipée de sa mesure, dans l’attente qu’une place se libère «dans un bon foyer pour un bon traitement».

Créé: 15.03.2019, 13h01

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