Les travaux démarrent aux Communaux d’Ambilly, mais la bataille se poursuit

AménagementDéboutés par le Tribunal de première instance, des riverains s’opposent toujours au projet de maillon routier.

Chêne-Bourg, le 4 février 2018. Mobilisation contre l'abbatage des arbres de la forêt de Belle-Idée.

Chêne-Bourg, le 4 février 2018. Mobilisation contre l'abbatage des arbres de la forêt de Belle-Idée. Image: Pierre Albouy

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Après des années de tergiversations, les travaux ont enfin démarré aux Communaux d’Ambilly. Depuis deux semaines, des dizaines d’arbres sont abattus sur cette parcelle thônésienne de 36 hectares. Il s’agit de préparer le chantier pour la construction de la route qui desservira le futur quartier. Quelque 2400 logements doivent sortir de terre d’ici à 2030. Mais alors que ce feuilleton trouve enfin son épilogue, une poignée de riverains brûle ses dernières cartouches pour tenter de faire capoter le projet.

Rien ne semble arrêter ces intrépides bordiers réunis au sein du Collectif d’oppositions Rive Gauche. Après plus de dix ans de procédures juridiques, ils s’apprêtent aujourd’hui à aller au Tribunal fédéral pour faire entendre leur voix. Un recours à cet échelon coûtant cher, un appel aux dons vient d’être lancé. «Nous avons déjà récolté plus de 10 000 francs», précise Marek Kazmir, l’un des opposants.

Les membres du collectif combattent avant tout le projet de maillon routier, un tronçon d’un kilomètre devant relier l’avenue de Bel-Air à la route de Jussy. Selon eux, cette nouvelle artère ne soulagera en rien les autres axes, mais engendrera «des nuisances beaucoup plus élevées que celles calculées par des experts il y a plusieurs années».

Pour empêcher sa réalisation, ils ont attaqué non seulement les autorisations de construire et d’abattage d’arbres, mais aussi les études de trafic, de bruit et de pollution sur lesquelles se basent les mesures d’aménagement, ainsi que les mesures elles-mêmes. En vain. L’été dernier, le Tribunal administratif de première instance a rejeté l’ensemble de leurs griefs. Un seul recours lié au bruit de la future artère a été formulé contre ce jugement. Il est actuellement traité par la justice mais ne remet pas en question «le bien-fondé des autorisations de construire et d’abattage», précise Christian Gorce, directeur des ponts et chaussées au Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture (DETA).

Un «génocide biologique»

Pour le Canton, tous les feux sont donc au vert. Fin janvier, le DETA annonce ainsi aux riverains, par le biais d’un flyer, le début des travaux. Branle-bas de combat au sein de la zone villas. Les bordiers dénoncent un «massacre à la tronçonneuse», un «attentat contre l’environnement», un «génocide biologique». Ils demandent aussitôt «la suspension immédiate des travaux préparatoires» tant que la justice n’a pas tranché le dernier recours. Sans résultat. La Cour de justice déclare le lendemain leur requête irrecevable.

De quoi décourager les opposants? Pas vraiment. «On ne va pas lâcher», s’obstine Luc Perrin, un des fers de lance de la bataille. Les membres du collectif ont d’ores et déjà sollicité un avocat pour décider de la suite à donner à leur combat. Ils pourraient s’attaquer à la manière dont la procédure a été suivie. Luc Perrin dit avoir «relevé de nombreuses irrégularités dans ce dossier». Cela ne semble guère inquiéter le magistrat à la tête du DETA, Luc Barthassat: «Ils sont coriaces et iront jusqu’au bout. Mais selon nos juristes, leurs chances de victoire sont faibles. L’essentiel est que ces recours ne retardent pas la construction du barreau routier.»

670 logements en 2021

Si les opposants n’ont pas dit leur dernier mot, les travaux préparatoires, eux, avancent. La construction du maillon routier débutera en septembre et s’étalera sur deux ans. Intégré au réseau routier secondaire, le nouvel axe ne sera pas destiné au trafic de transit mais devra assurer l’accessibilité des habitants au futur quartier. Il possédera dans chaque sens une voie pour le trafic individuel motorisé et une voie pour les transports publics en site propre. Des trottoirs et des pistes cyclables seront également aménagés.

Au cours de cette première étape d’urbanisation des Communaux d’Ambilly, cinq bâtiments d’activités et de logements, deux esplanades et deux parkings souterrains seront également réalisés. L’autorisation de construire a été délivrée en janvier. Si tout va bien, les 670 premiers appartements seront livrés en 2021.

Quant aux arbres abattus au cours du chantier, le Canton s’est engagé à en replanter le même nombre. Deux spécimens, un chêne et un cèdre jugés remarquables, bénéficieront par ailleurs d’une protection particulière.


Dix-sept ans de conflits

Les Communaux d’Ambilly sont convoités depuis des lustres puisqu’en 1968 déjà, certains rêvent d’y créer une zone industrielle raccordée au rail… En 2001, le conseiller d’État Laurent Moutinot inscrit ces terrains dans la liste des projets prioritaires, avec les Vergers à Meyrin et la Chapelle-les Sciers au-dessus du Bachet. Quelque 2240 logements y sont prévus.

Les riverains mettent d’emblée les pieds au mur et réclament un moratoire. Une initiative est lancée contre le «bétonnage» du secteur et, en 2005, Laurent Moutinot est chahuté lors d’un débat à la salle des fêtes, qui réunit 800 personnes. En 2008, la Commune obtient un phasage du projet, sa deuxième moitié étant repoussée de quinze ans. En 2010, son maire dit vouloir «faire le maximum pour retarder le projet». La Commune accepte quand même le plan de quartier, mais réclame des garanties sur la mobilité et le financement des aménagements. En 2013, elle obtient de limiter ses dépenses afin de ne pas augmenter ses impôts. En 2014, l’État fait une erreur dans la procédure pour réaliser la route qui mène au quartier. Il doit la relancer depuis le début: deux ans perdus. Fin 2017 et début 2018, les autorisations sont accordées pour réaliser la route et le futur quartier. C. B.

(TDG)

Créé: 14.02.2018, 18h39

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