Les travailleurs sociaux face à la radicalisation des jeunes

SocialLa Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle a organisé une passionnante journée de réflexion

Salle Antoine-Verchère. Route de Meyrin 297. Journée de formation des travailleurs sociaux contre la radicalisation. © Olivier Vogelsang / Tamedia

Salle Antoine-Verchère. Route de Meyrin 297. Journée de formation des travailleurs sociaux contre la radicalisation. © Olivier Vogelsang / Tamedia

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Face au mal-être des jeunes, ils sont en première ligne dans les maisons de quartier, les centres de loisir et à travers le travail social hors murs (TSHM). Les questions des adolescents portent ces temps sur le terrorisme ou l’islam. Les travailleurs sociaux, qui suivent l’évolution de certains d’entre eux, tentent de savoir si certains comportements, comme le refus de serrer la main d’une femme, l’affichage de signes religieux extérieurs, etc., constituent de «vrais» signes de radicalisation ou les habits du jour de l’éternel défi que l’adolescence lance aux adultes.

140 participants

Pour le savoir, 140 travailleurs sociaux de la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASe) se sont retrouvés jeudi à Meyrin. «C’est un début, confie Alain-Dominique Mauris, président de la fondation. Notre institution doit donner à ses collaborateurs les outils nécessaires pour gérer les situations. Et nous sommes en train de les élaborer.»

Pour les aider, des spécialistes ont exposé certaines facettes du phénomène. Parmi eux, Laurent Wicht, professeur à la Haute Ecole de travail social, André Duvillard pour la Confédération, Hafid Ouardiri, président de la Fondation pour l’Entre-connaissance, Mathilde Chevée, présidente de l’association Kairos, ou encore Thierry Apothéloz, à la tête de l’Association des communes genevoises.

Casser les idées reçues

Les exposés des spécialistes cassent les idées reçues. Non, explique Mathilde Chevee, en France par exemple, la radicalisation ne concerne pas des jeunes en rupture, mais majoritairement (70%) ceux sortis de la classe moyenne et 80% étaient athées. Elle expose le mécanisme du marketing express de l’Etat islamique dont les «community managers» font subir à leurs victimes en ligne un lavage de cerveau… en deux mois.

Leur discours, explique Hafid Ouardiri, est taillé par des idéologues connaissant l’Occident et ses faiblesses, notamment son absence de sens. Il ajoute: «Nous n’avons pas su gérer cet endoctrinement qui s’adresse à tous les jeunes en leur faisant miroiter qu’ils peuvent agir sur le monde, grâce à la violence. Dans ce cadre, se focaliser sur la taille de la barbe ou de la robe est dépassé.» Ce qu’il faut surveiller en revanche, assure Laurent Wicht, c’est le refus du dialogue et de la démocratie pour résoudre les conflits, ou la légitimation de la violence.

«Avoir confiance en nous»

Les professionnels doivent penser à un nouveau phénomène, mais ce n’est pas simple: «J’ai plus de souci quant à l’impact du libéralisme», explique un intervenant. «Que faire des 1000 jeunes lâchés par le système scolaire, interroge un autre. Et que proposer à ceux qui bataillent pour s’imposer dans une société de plus en plus compétitive?» Un autre évoque les pensées complotistes de certains jeunes mais ne semble pas lui-même en être très éloigné. On parle information, esprit critique, sens à retrouver.

En fin de journée, les organisateurs montent au créneau. Christophe Mani, directeur opérationnel, rappelle que la FASe compte 900 collaborateurs, 45 centres et 11 équipes TSHM: «Nous sommes des artisans du lien social. Le vide ressenti par les jeunes? Nous l’occupons depuis toujours. Nous devons avoir confiance en nous pour lutter contre l’extrémisme.» Le radicalisme religieux de certains jeunes pose un nouveau défi, mais la FASe ne se sent pas désarmée pour y répondre. (TDG)

Créé: 14.02.2016, 19h38

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