«Au travail, seules les compétences comptent»

Discriminations raciales A l’occasion de la Semaine contre le racisme, Pierre Maudet condamne les inégalités de traitement à l’embauche.

«Et si vous jugiez mon CV plutôt que mon origine?» questionne cette affiche dans le cadre de la Semaine contre le racisme.

«Et si vous jugiez mon CV plutôt que mon origine?» questionne cette affiche dans le cadre de la Semaine contre le racisme. Image: Lucien Fortunati

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Vous avez sans doute aperçu ces affiches sur les bus, dans l’espace public ou sur les réseaux sociaux! On y voit trois personnes qui interpellent les passants avec ce message: «Et si vous jugiez mon CV plutôt que mon origine?» Cette campagne de sensibilisation s’inscrit dans le cadre de la Semaine contre le racisme, organisée et principalement financée par le Bureau de l’intégration des étrangers (BIE). «L’édition 2017 a pour thème central le racisme et les discriminations au travail», précise Nicolas Roguet, délégué cantonal à l’intégration. Et le conseiller d’Etat Pierre Maudet, chargé du Département de la sécurité et de l’économie (DSE), dans lequel figure le BIE, d’ajouter: «Au travail, seules les compétences comptent.»

Ce sont d’ailleurs ses compétences qui ont permis au Franco-Ivoirien Tidjane Thiam de prendre les commandes de Credit Suisse! Or, ce slogan en fera cependant sourire plus d’un dans un marché du travail local des plus tendus où des personnes dotées d’une bonne formation restent parfois sur la touche. Un discours qualifié, en outre, de «schizophrénique» par des frontaliers qui dénoncent la préférence cantonale préconisée par l’Etat de Genève. «La préférence sociale, qui relève du bon sens, n’a rien à voir avec l’origine d’une personne, réagit Pierre Maudet. Il s’agit d’une volonté politique pour donner un coup de pouce à ceux qui sont inscrits au chômage.»

Au nom de la loi

Le patron du DSE en profite pour réaffirmer le principe selon lequel seules les compétences font foi au travail: «L’origine des individus, qu’elle fasse référence à une appartenance religieuse, nationale ou ethnoraciale, ne doit pas être utilisée pour les désavantager dans leur parcours d’intégration socioprofessionnelle. Ce type d’actes discriminatoires est non seulement moralement condamnable et économiquement contre-productif mais surtout inconstitutionnel et illégal.» La lutte contre les discriminations raciales est, en effet, inscrite dans la Constitution genevoise et l’article 261 bis du Code pénal condamne ces inégalités de traitement. «Notre campagne d’affichage permet aux victimes, qui éprouvent beaucoup de frustration, de se sentir reconnues par l’Etat», relève Pierre Maudet.

Des centres d’écoute

Présidente de la Commission fédérale contre le racisme, Martine Brunschwig Graf estime que la thématique choisie cette année par l’État tombe à point nommé: «Les discriminations au travail figurent parmi les problématiques qu’on observe souvent dans les centres d’écoute et de conseil. Et pas seulement à Genève!» L’objectif consiste «à corriger les dérives qui peuvent se produire, de façon parfois inconsciente, en sensibilisant les entreprises privées mais aussi l’administration, poursuit la spécialiste. Trop souvent encore, une appartenance, une apparence physique ou un nom à consonance étrangère peuvent être des désavantages à l’embauche.»

On constate en revanche moins de discriminations dans les multinationales et les institutions internationales «qui ont l’habitude de travailler avec des collaborateurs aux nationalités les plus diverses et disposent de règles strictes à l’embauche», note encore Martine Brunschwig Graf.

De nombreuses études attestent des problématiques qui demeurent dans le monde professionnel, dont celle du Swiss forum for migration and population studies, qui traite plus spécifiquement des discriminations qui frappent les jeunes issus de la migration. Ce mardi, sur la base du film Tout sauf un jeu d’enfant, l’Association Vivre Ensemble a d’ailleurs proposé des discussions sur les obstacles auxquels sont confrontés les enfants de réfugiés, soit la deuxième génération en Suisse. Objectif: convaincre les employeurs, annonce Sophie Malka, coordinatrice de l’association. «D’une manière globale, nous avons mal apprécié la situation des jeunes qui relèvent du domaine de l’asile. Ces personnes sont interdites de travail pendant trois à six mois à leur arrivée. Et elles n’ont pas forcément accès à des cours de français si elles ont déjà atteint un certain niveau. Tout cela freine leur accès au marché de l’emploi… et ne favorise pas leur intégration.»

L’atout multiculturaliste

«La Semaine contre le racisme doit continuer d’être un moment privilégié pour réaffirmer les valeurs d’égalité des chances et d’inclusion associées au multiculturalisme caractérisant la société genevoise, ambitionne Pierre Maudet. A Genève, les étrangers ne se sentent pas en danger. Il faut dire que l’on a une longue histoire commune de vivre ensemble. En 1916, on comptait déjà le même pourcentage d’étrangers qu’aujourd’hui, soit un peu plus de 40%.» Le jeu en vaut la chandelle car les discriminations raciales ne font pas que bafouer la dignité humaine de leurs victimes et de leurs auteurs, elles représentent aussi une menace pour la paix sociale, prévient le Rapport suisse 2014 du Service de lutte contre le racisme: «Après avoir augmenté jusqu’en 2007, le nombre de condamnations pénales pour actes racistes est en recul ces dernières années, ce qui n’est pas le cas du nombre d’incidents signalés par des organisations ou des centres de consultation spécialisés, qui est lui en augmentation», peut-on lire dans ce riche document.

Et une forte hausse des cas de racisme est enregistrée «sur Internet, surtout sur les réseaux sociaux, les blogs et les commentaires sur les sites des médias, toujours selon ce rapport. Fait particulièrement inquiétant, ce sont souvent des jeunes qui en sont les auteurs.»


«En finir avec l’hypocrisie des permis F provisoires!»

Venus de Syrie, de Somalie ou d’Erythrée après avoir fui la guerre, les migrants bénéficient d’un permis F, synonyme d’admission provisoire, à leur arrivée en Suisse. Une situation qui constitue «un vrai handicap à l’embauche, estime Sophie Malka, coordinatrice de l’association Vivre Ensemble. Nous devons en finir avec l’hypocrisie des permis F provisoires… une substitution au statut de réfugié! L’immense majorité de cette population va en effet rester en Suisse de manière durable. Et là encore, le manque de ressources financières ne peut que dégrader son intégration.»

Heureusement, ajoute la militante, «les choses sont en train de bouger grâce à une prise de conscience des autorités». Et de saluer la démarche de Pierre Maudet: le conseiller d’Etat signe dorénavant un document qui atteste de l’employabilité des bénéficiaires d’un permis F.

«Nous travaillons depuis des années sur ce facteur d’employabilité afin que ces personnes puissent s’assumer financièrement et réduire d’autant la charge qui incombe à l’Etat, explique le magistrat. L’attestation à l’intention des patrons indique qu’elles peuvent être engagées.»

Organisée par l’Observatoire romand du droit d’asile et des étrangers, une exposition itinérante intitulée Permis F: admission provisoire ou exclusion durable? a pour but de sensibiliser tout un chacun à la situation des personnes admises à titre provisoire sur sol helvétique. Elle se tient actuellement sur la place de Sardaigne, à Carouge, commune qui participe activement à la Semaine contre le racisme. L.B.

Créé: 21.03.2017, 22h31

Encore du pain sur la planche

A Genève, les choses commencent à bouger en matière de lutte contre les discriminations raciales, pour reprendre les termes de Sophie Malka, coordinatrice de l’active Association Vivre Ensemble. Et la Semaine contre le racisme peut permettre de renforcer cette promesse d’amélioration en attirant l’attention de toujours plus de gens. Car chacun doit se sentir concerné par le combat quotidien contre de telles discriminations, comme le recommande la Constitution fédérale dans son article 8 sur l’égalité.

Mais il reste encore du pain sur la planche, tempère Nicolas Roguet, délégué cantonal à l’intégration: «Dans le cadre d’une soirée au festival des droits humains liée au racisme antinoirs, on a pu se rendre compte qu’il y avait encore beaucoup de travail de sensibilisation à faire. Nous voulons mettre le paquet avec nos collègues de l’Ecole pour développer la prévention auprès des jeunes.»

La riche programmation cinématographique actuelle dédiée à la cause noire peut également considérablement aider à lutter contre les discriminations. Ce d’autant plus que nombre de ces films afro-américains ont été récompensés aux Oscars. L.B.

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