Ils vont au travail sans nécessité absolue

CoronavirusDes employés s’inquiètent. Ils estiment que leur activité ne répond pas aux besoins essentiels de la population.

Le bâtiment du personnel du SPMi.

Le bâtiment du personnel du SPMi. Image: ENRICO GASTALDELLO

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«Bien des Genevois se mettent au télétravail. Dois-je vraiment continuer à travailler en open space?» s’interroge un collaborateur du Service de protection des mineurs (SPMi). Les syndicats sont submergés de demandes de ce type liées à la crise du coronavirus de la part de salariés inquiets pour leur santé. Leur faîtière, la Communauté genevoise d’action syndicale, a ainsi demandé de suspendre de manière contraignante toute activité économique ne répondant pas aux besoins essentiels de la population.

Banques, communes, groupes d’analyses médicales, SPMi: autant d’entreprises – parmi d’autres – qui continuent de réquisitionner leurs employés sur leur lieu de travail. Est-ce bien nécessaire en ces temps de crise sanitaire? Même notre fameux Jet d’eau est à l’arrêt depuis vendredi! La «Tribune de Genève» fait le point sur la situation.

Des employés de banque continuent, eux aussi, de se rendre chaque jour dans leur établissement avec crainte. Or, les banques sont considérées comme une activité essentielle et ne sont donc pas tenues de fermer. Dans un communiqué de presse, l’Association suisse des employés de banque invite les établissements à suivre à la lettre les recommandations sanitaires. «Si cette mesure ne peut être appliquée, une partie des salariés doit être mise en congé payé ou avoir la possibilité de travailler à domicile en alternance avec le travail au bureau. La gestion des entrées dans les locaux, des ascenseurs, escaliers et lieux de vie commune (cafétérias, restaurants collectifs, vestiaires, etc.) doit également être revue pour assurer les meilleures mesures d’hygiène et de prévention pour les employés.» Le SPMi illustre à merveille la difficulté de l’exercice. «Il est inadmissible que 150 personnes qui travaillent en open space continuent de se rendre dans leur lieu de travail, mettant en danger leur santé physique et psychique ainsi que celle de leurs familles», dénonce le Syndicat des services publics (SSP région Genève). Qui apporte tout son soutien au personnel du SPMi pour la mise en place d’un service minimum.

«En cette période de crise sanitaire majeure, le DIP et la direction du Service de la protection des mineurs ne prennent pas de mesures visant à protéger la santé de leur personnel», reproche le syndicat, tout en étant bien conscient de l’importance de la mission assumée par le SPMi et du caractère urgent de certaines situations. «Cependant, celles-ci peuvent être traitées dans le cadre d’un service minimum à mettre en place par la direction du SPMi, à l’instar de ce qui se pratique chaque année pendant les fêtes de fin d’année.»

Maltraitance

Le porte-parole du Département de l’instruction publique (DIP), Pierre-Antoine Preti, affirme que toutes les mesures nécessaires pour protéger les collaborateurs et assurer la mission de protection des mineurs sont prises. Mais, souligne-t-il: «L’augmentation potentielle de la maltraitance envers les mineurs est une préoccupation majeure du SPMi et elle est prise en compte dans l’organisation mise en place pour faire face au mieux.»

Le DIP mobilise ainsi l’ensemble des collaborateurs (par exemple les éducateurs REP, dont les activités sont suspendues parce que les écoles ont fermé) pour venir en soutien, sur base volontaire, au travail des collaborateurs du SPMi. «Dans les foyers accueillant les enfants, des dispositions sont également prises pour les protéger et veiller à ce que les liens avec les familles soient assurés autant que possible, ajoute Pierre-Antoine Preti. Le DIP a notamment fait appel à la FASe, dont les collaborateurs viendront soutenir leurs collègues des 38 foyers genevois qui accueillent les enfants tout au long de la journée.»

Communes au ralenti

Plus de rendez-vous, sauf pour la réception de documents – factures notamment –, plus de réunions, plus de séances municipales. Les communes tournent, elles aussi, au ralenti dans l’attente du 2e tour des élections, qui vient d’être confirmé par le Conseil d’État.

Président de l’Association des communes genevoises (ACG), Xavier Magnin souhaite qu’un maximum d’employés communaux restent chez eux: «Nous devons favoriser à fond le télétravail!» Pour y parvenir, le service informatique de l’ACG met le turbo et répond aux demandes de toutes les communes, indique le président.

Des services communaux restent toutefois indispensables dans les secteurs sociaux et de la sécurité. «Pour aider les personnes âgées, des employés ayant moins de travail actuellement pourraient être appelés en renfort pour effectuer d’autres tâches que celles dont ils ont l’habitude», annonce Xavier Magnin.

Le président souligne enfin que l’ACG participe aux négociations avec le Canton, comme prévu en cas de catastrophe. Cela lui permet de relayer toutes les questions des communes: «Nous allons notamment demander de centraliser les lieux où des enfants continuent à être «scolarisés» ou à suivre le parascolaire par manque de solution de garde dans leur famille; ces écoliers sont en effet peu nombreux.»

À Vernier, seuls 10 à 15% des effectifs sont physiquement à leur poste, informe le maire, Martin Staub, déjà réélu pour sa part au premier tour des élections municipales dimanche dernier.

«Les tâches indispensables comme celles de la petite enfance, de la Voirie et de la police se poursuivent par le biais d’un service minimum», précise le magistrat socialiste. Idem pour le précieux service social, qui s’occupe notamment des aînés, et pour les collaborateurs qui continuent à payer les salaires et les fournisseurs de la 2e ville du canton.

La sécurité sociale est aussi primordiale pour la Ville de Carouge. Dès ce lundi, elle ouvre une ligne téléphonique d’assistance aux personnes de plus de 65 ans qui ne bénéficient d’aucune autre aide que le soutien de la Commune.

Flou chez Unilabs

Quid enfin des analyses médicales? Une collaboratrice du groupe genevois Unilabs s’étonne que sa hiérarchie n’établisse pas plus de priorités. «Je vais à domicile, témoigne-t-elle. Nous allons chez des personnes âgées, isolées, vulnérables, pour parfois faire des bilans qui pourraient être reportés, car programmés il y a longtemps. Depuis le début de la crise, aucune restriction de la part de la hiérarchie sur nos passages, nous continuons nos prélèvements, même ceux non urgents programmés, comme si de rien était.»

Interrogé sur cette situation, le directeur d’Unilabs en Suisse, Alexandre Keller, indique ne pas être au courant et avoir donné des instructions très claires. «On va vérifier cela, nous répond-il. Je précise que nos infirmières ne se déplacent pas pour les cas liés au Covid-19. Nous procédons aux tests, pas aux échantillonnages. Normalement, elles ne devraient intervenir que pour les cas urgents, comme une prise de sang après un début d’infarctus.»

Créé: 22.03.2020, 21h50

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