La traque à la voiture polluante se rapproche de Genève

Trafic et environnement Comme l’Allemagne, la France se met à bannir les véhicules les moins propres de ses villes. L’idée ressurgit à Genève.

Avertissement sur l’A41. Cette autoroute est affectée par les mesures grenobloises de protection de l’air dès le péage de Crolles, à 119 km de la Suisse.

Avertissement sur l’A41. Cette autoroute est affectée par les mesures grenobloises de protection de l’air dès le péage de Crolles, à 119 km de la Suisse. Image: LUCIEN FORTUNATI

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Zones à basses émissions ou à circulation restreinte. Ces termes aux allures barbares, désignant des secteurs urbains dont peuvent être bannis les véhicules les plus polluants, sont toujours moins exotiques. Essaimant en Europe, ils pourraient même devenir une réalité locale. Et, déjà, ils se rapprochent. La zone la plus proche de Genève, celle de l’agglomération de Grenoble, commence au péage de Crolles, sur l’autoroute française A41. On est à 119 km de Bardonnex, soit une heure de route. A peine plus loin, Lyon et Villeurbanne ont aussi promulgué une zone analogue.

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Quel impact pour le Genevois friand d’escapades motorisées? Il faut le relativiser car ces deux cités françaises n’entendent, pour l’heure, utiliser ces restrictions que lors des pics de pollution. A la différence de Paris. La capitale bannit les véhicules les plus polluants tous les jours de semaine, de 8 h à 20 h, sur le territoire situé à l’intérieur de son périphérique, celui-ci restant exclu de la mesure. Lyon, elle, a réservé l’application au seul réseau urbain, n’imposant pas de restriction aux autoroutes qui traversent la zone.

Un itinéraire prisé des Genevois

En revanche, la zone restreinte que la région grenobloise a promulguée inclut aussi le réseau autoroutier qui la traverse, sur un large périmètre. Ainsi, c’est sur un tronçon de 36 kilomètres qu’est affectée la fameuse route du Sud, prisée par de nombreux Genevois, via Grenoble et le col de la Croix-Haute. Liée aux caractéristiques plus ou moins écologiques de chaque véhicule, la vignette française Crit’Air (4,18 euros) y est obligatoire depuis novembre, mais les contrôles n’auront lieu qu’en cas de pic de pollution. A Paris, l’autocollant est obligatoire depuis lundi: des amendes d’au moins 68 euros sont prévues, après une période de tolérance.

«Une procédure simple sur Internet», lit-on, permet d’obtenir la dite vignette sur le site du Ministère français de l’environnement. Lequel, au vu des formulaires en ligne, n’a manifestement pas prévu qu’un étranger puisse en requérir une. Or les autorités de Grenoble stipulent que les mesures en question s’appliquent aussi aux voitures venues d’ailleurs.

Etude en cours à Annemasse

«Les visiteurs étrangers connaissent ce type de restrictions et ont pris l’habitude de se renseigner avant de partir en voyage, justifie la capitale dauphinoise. Plusieurs sites Internet recensent ces dispositifs. Les visiteurs étrangers feront comme leurs homologues français: en l’absence de certificat, ils présenteront leur carte grise aux forces de l’ordre, qui vérifieront si le véhicule a le droit ou non de circuler.»

En cas de pic de pollution, les voitures particulières immatriculées avant 1997 ne doivent plus circuler. Et si cela se prolonge, on exclut aussi les motorisations diesels d’avant 2006. Quant à Paris, la vignette y est obligatoire depuis lundi. Et les mesures françaises n’en sont qu’à leur début. Le gouvernement a listé en 2015 les 25 agglomérations qui peuvent, d’ici à 2020, prendre des mesures de ce type pour protéger leur air.

Toutes ne sont pas des mégalopoles: parmi les lauréates figurent Bonneville (avec ses six voisines du Faucigny et des Glières) et Annemasse. Cette dernière agglomération (regroupant douze communes) précise qu’aucune mesure concrète n’est encore décidée ou agendée. Mais une étude est en cours.

Comment réagissent les automobilistes genevois? Aucune frénésie n’est encore perceptible face aux innovations françaises, selon le TCS. Mais les conducteurs suisses, alémaniques en particulier, se sont déjà familiarisés avec ce genre de normes particulières.

L’importance de se renseigner

«Concernant les zones instaurées dans les villes allemandes, désormais bien connues en Suisse, nous avons en revanche des demandes régulières de nos membres auxquels nous pouvons fournir des vignettes payantes, précise Henri-Pierre Galletti, directeur de la section genevoise. Il importe de s’informer avant de voyager, de planifier son itinéraire. Les bons planificateurs indiquent s’il existe des restrictions, ou s’il faut obtenir des vignettes, lesquelles ne sont pas harmonisées d’un pays à l’autre.» Se renseigner est d’autant plus nécessaire que les mesures sont vouées à évoluer dans le temps.

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L’idée est relancée dans le canton de Genève

De telles zones à basses émissions pourraient-elles voir le jour à Genève? La chose est à nouveau envisagée, à la suite du dépôt, l’été dernier, d’une motion du député MCG Pascal Spuhler. Estimant que «Genève vaut bien Paris», l’élu veut pousser le Conseil d’Etat à instaurer des restrictions de circulation pour les véhicules locaux trop polluants et de créer, dans le même but, une vignette pour les pendulaires.

La démarche n’est pas inédite. En 2008, par les voix de Robert Cramer et Pierre-François Unger, le Conseil d’Etat genevois a doté son plan pour la protection de l’air d’un objectif de créer des zones à basses émissions au centre-ville, sur le modèle allemand. Il espérait les voir naître entre 2012 et 2014, le temps d’obtenir l’adaptation des législations cantonale et fédérale.

Saisie par Genève, mais aussi par le Tessin, la Confédération a planché sur le sujet qui nécessitait d’ajouter un panneau dédié dans l’ordonnance sur la signalisation routière pour marquer l’entrée et la sortie de ces «zones environnementales», selon la terminologie suisse. Un écriteau a même été dessiné.

Les auditions menées durant l’automne 2010 ont toutefois fait apparaître une forte opposition. En 2011, l’Administration fédérale a renoncé à poursuivre l’examen. Ce sont en particulier les cantons, responsables de la mise en œuvre, qui ont mis le holà, évoquant «la disproportion entre le travail qu’induiraient les zones environnementales et leurs faibles effets». Le TCS genevois partage cet argument. Quant au président de l’ATE genevoise, Thomas Wenger, il juge qu’une telle mesure «irait dans le bon sens».

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Créé: 20.01.2017, 18h56

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Un site pour localiser les restrictions

Le site urbanaccessregulations.eu permet de localiser les villes européennes qui imposent des normes spéciales pour y circuler (voir ci-dessus). Près de 230 cités du continent ont instauré des zones à basses émissions (low émission zones, l’équivalent des zones françaises). Trois gros quarts de ces villes sont allemandes ou italiennes, même si c’est la Suède qui a inauguré la pratique dès 1996. Le site recense d’autres régulations spéciales édictées dans d’autres villes, ou parfois les mêmes: ces mesures peuvent en effet s’ajouter aux zones à basses émissions. Il s’agit du péage urbain (accès payant au centre de certaines villes ou pour circuler en son sein) ou des zones à trafic limité (accès réservé aux ayants droit, comme par exemple les résidents, commerçants et livreurs).

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