La traque aux millions des Abacha se poursuit

JusticeLa justice américaine gèle une grosse partie de la fortune de l’ex-dictateur nigérian: la décision pourrait avoir des conséquences sur les procédures en cours en Suisse.

Sani Abacha, ancien dictateur du Nigeria et père de Abba Abacha, a exercé le pouvoir de 1993 à 1998 au Nigeria.

Sani Abacha, ancien dictateur du Nigeria et père de Abba Abacha, a exercé le pouvoir de 1993 à 1998 au Nigeria. Image: Issouf Sanogo

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Le clan Abacha, famille de l’ex-dictateur nigérian Sani Abacha, qui a dirigé et pillé le pays entre 1994 et 1998 se retrouvera-t-il un jour sans le sou? Une décision américaine rendue publique le 5 mars pourrait aller dans ce sens. Elle vient de geler 458 millions de dollars appartenant à feu le dictateur à travers le monde. Soit à Jersey, en France et en Angleterre.

L’avocat genevois de l’Etat du Nigeria, Me Enrico Monfrini, ne cache pas sa satisfaction: «Il s’agit d’une décision historique, c’est la première fois que la justice américaine s’en prend ainsi à des fonds corrompus à l’étranger parce que son droit le lui permet.» Il note qu’une partie de ces fonds a transité par la Suisse, la plus grande partie par Genève. Et indique que cette action vient s’ajouter aux procédures en cours à Genève et à Vaduz concernant les avoirs du clan Abacha.

On se souvient que la justice genevoise s’occupe de cette affaire depuis quinze ans! Les derniers épisodes ont eu lieu en 2012 au Palais de Justice. Abba Abacha, l’un des dix enfants de l’ex-dictateur et frère cadet de Mohammed Abacha, devait se présenter devant le Tribunal de police pour répondre du chef de participation à une organisation criminelle. Après avoir posé plusieurs lapins à la justice genevoise, sous des prétextes médicaux divers, il a été condamné en son absence par le juge Vincent Fournier à un an de prison avec sursis. Verdict qui confirmait une ordonnance pénale rendue en 2009 déjà.

Au même moment, le Tribunal de police rendait une autre décision concernant une partie de la fortune des frères Abacha (350 millions) qui se trouve au Luxembourg. La justice genevoise a décidé de confisquer cette somme qui devrait revenir en Suisse avant d’être rendue (moins les frais de procédure locaux) au Nigeria.

Mais les deux décisions ont fait l’objet de recours. C’est donc aujourd’hui au Tribunal fédéral de se prononcer.

Me Monfrini indique par ailleurs qu’une autre partie de la fortune du clan Abacha (250 millions de francs cette fois) se trouvant au Liechtenstein est encore bloquée par les autorités de ce pays car la famille du dictateur défunt a fait recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme.

Les Américains, eux, sont bien décidés à récupérer les 458 millions d’argent sale des Abacha en France, à Jersey et en Angleterre. Ces sommes ont transité par les Etats-Unis à travers diverses institutions financières du pays. Les procureurs du District de Columbia déclarent: «Nous sommes déterminés et équipés afin de confisquer les richesses mal acquises des chefs de gouvernements corrompus qui ont pillé les ressources de leurs pays.» L’enquête a été menée par le FBI et un groupe de procureurs spécialisés, dans le cadre du programme de recouvrement d’avoirs contre la kleptocratie.

Interrogé à ce sujet, Me Bruno de Preux, avocat de Mohamed Abacha et des entités détentrices de fonds, n’a pas encore pris connaissance de la récente décision américaine et par conséquent : « Je ne suis pas en mesure de dire, à ce stade, si elle aura des répercussions sur les procédures en Suisse. » (TDG)

Créé: 07.03.2014, 15h54

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