Sandoz: «La jeunesse est formidable, curieuse, bosseuse...»

PortraitIl fut l'oiseau vert de Besson et l'Arlevin de Rochaix. Rencontre avec le comédien et professeur d'art dramatique.

Laurent Sandoz entouré des élèves, âgés de 18 à 25 ans, de la filière pré-professionnelle d’art dramatique.

Laurent Sandoz entouré des élèves, âgés de 18 à 25 ans, de la filière pré-professionnelle d’art dramatique. Image: © Olivier Vogelsang / Tamedia

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Ils ne se sont pas fait prier pour figurer dans l’image. Tous? Oui, tous. A la marge, les sacrifiés. Avec les excuses du photographe, la mise en page oblige à resserrer le cadrage. Au centre, le portraituré, reconnaissable à son âge, à sa stature, à son sourire généreux. Une manière pour ses élèves de prendre congé de lui. En juin, Laurent Sandoz partira en effet à la retraite.

Trois décennies à enseigner le théâtre, d’abord à l’Ecole supérieure d’art dramatique (ESAD), puis dans les classes préprofessionnelles du Conservatoire de musique de Genève. Sans la moindre lassitude. Paroles d’enseignant comblé: «La jeunesse est formidable, curieuse, bosseuse, respectueuse et gratifiante», lance-t-il sans attendre la première question. Avant d’ajouter: «On a le privilège de former des élèves qui ont le désir d’être là. Ils intègrent une filière par choix personnel, le Conservatoire n’est pas l’école obligatoire.»

Pas le moindre regret, vraiment, de quitter l’effervescence quotidienne qui règne dans les murs du 4, rue du Diorama? «Si, bien sûr: se confronter aux nouvelles générations maintient dans l’air du temps, permet de mieux en comprendre les enjeux, les espoirs et les angoisses, bref de continuer à se nourrir soi-même. Car le théâtre est, par définition, un art éphémère, qui doit trouver les canaux de communication de son époque, au risque de se répéter stérilement.» A peine énoncée, Laurent Sandoz retourne en salle de répétition vérifier cette vérité élémentaire.

Sans se prendre pour Jouvet

Une élève l’attend pour travailler le monologue qu’elle présentera prochainement dans l’un des concours ouvrant les portes des hautes écoles, entre la Suisse, la France et la Belgique. Elle n’est pas la seule. Bémol: «Je ne peux guère consacrer plus de 40 minutes par semaine à chacun d’eux, et une fois le cours terminé, ils se retrouvent bien démunis pour faire progresser leur scène sans appui, stimulation et conseils.» Une frustration pédagogique qui a débouché sur la rédaction récente d’un petit livre en forme d’outil méthodologique.

Sans se prendre pour Louis Jouvet ou Antoine Vitez, le professeur Sandoz a rédigé une manière de manuel dont le style, clair et élégant, n’est pas la moindre des qualités. «J’ai ainsi entrepris de formuler par écrit ce que je considère comme les étapes essentielles du travail personnel de l’acteur face au défi de l’interprétation du personnage.» Ambition simple, destinée aux futurs comédiens professionnels mais également à ceux qui resteront amateurs. Ce petit livre passionnant est à mettre entre toutes les mains, y compris celles du spectateur qui aime, sans nostalgie, aller régulièrement au théâtre.

L’aventure de «L’oiseau vert»

Ce même spectateur a souvent vu Laurent Sandoz en scène. Jadis, sur le plateau de la Comédie, c’est à lui que Benno Besson a confié le rôle qui ouvrait la représentation de L’oiseau vert de Carlo Gozzi. «Je jouais un poète éructant appelé Brighella. Chaque soir, je devais gonfler mon costume pour lui donner du ventre et de la rondeur.» Un spectacle féerique joué 303 fois, au gré des reprises et des tournées à rallonge jusqu’au Canada. Une carrière riche en rôles de composition, à commencer par celui d’Alceste dans Le misanthrope de Molière, puis l’Arlevin de la Fête des vignerons durant l’été 1999, dans la mise en scène de François Rochaix.

Une fois encore, on lui demande de réveiller le public et de chauffer la salle. Sauf qu’elle est en plein air et que 16'000 personnes l’attendent. Doué pour le contact humain, l’acteur se régale. «J’ai été gâté par la profession», reconnaît-il. En retour, il la défend en présidant pendant longtemps le Syndicat suisse romand du spectacle. Un tempérament militant qui habite depuis toujours dans le quartier des Grottes. Forcément… (TDG)

Créé: 07.03.2016, 20h28

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Bio express

1951 Naissance à Neuchâtel.

1975 Diplômé de l’Ecole supérieure d’art dramatique du Théâtre national de Strasbourg (TNS).

1981 Voyage durant une année aux Etats-Unis et au Mexique.

1982 Création de «L’oiseau vert» à la Comédie de Genève.

1994 S’installe aux Grottes, où il habite toujours.

1999 Incarne Arlevin à la Fête des vignerons à Vevey.

2015 Publie «Faire du théâtre» (ls@laurentsandoz.com)

2016 Dernier cours d’interprétation en juin au Conservatoire de musique de Genève.

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