Il transforme le papillon en véritable œuvre d’art

PassionRon Lahyani est un passionné de lépidoptères. Il les met sous cadre pour leur offrir une vie éternelle. Le concept séduit des boutiques

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Une armée de papillons dans un salon. Ailes déployées, derrière leur linceul de verre, les lépidoptères resplendissent. Un turquoise chatoyant, un vert-jaune imitation feuille d’arbre, un brun-beige au gabarit impressionnant – 30 centimètres d’envergure. Ron Lahyani, 28 ans, est passionné depuis petit par les lépidoptères. Près de 200 spécimens dorment d’un sommeil éternel dans un meuble de sa cuisine. Il s’apprête à livrer 30 papillons sous cadre à des boutiques de décoration.

Petit, Ron recyclait de vieilles raquettes de badminton en filets à papillons, remplaçant le cordage par de la moustiquaire. Conseillé par son voisin entomologiste, le jeune passionné avait transformé sa chambre en petit laboratoire. «J’avais des bouquins pour apprendre les noms et les espèces. Et j’allais à la bourse aux insectes.» Pourquoi le papillon? «Parce que c’est très esthétique. J’aime aussi sa diversité – il y a 150 000 espèces, j’ai le temps avant d’en faire le tour — et plus largement, j’aime collectionner.»

A l’adolescence, cette passion est reléguée au second plan. Mais l’an passé, elle refait surface. «Après avoir vu de magnifiques spécimens en Equateur, j’ai renoué avec cette passion», raconte l’enseignant. Pour faire des cadeaux à ses proches et amis, il commence à encadrer des papillons. Et se dit «qu’il y a quelque chose à lancer». Le voilà à la recherche de fournisseurs de cadres et de papillons. «J’ai sélectionné deux styles de cadres: un ancien, type cabinet de curiosités, et un autre plus contemporain.» Quant aux lépidoptères, ils viennent de fermes d’élevage, issues du commerce équitable, et ne sont pas des espèces protégées. «C’est un écosystème fragile, certaines espèces sont endémiques et les chasser peut avoir des conséquences très dommageables.»

Il s’approvisionne en Extrême-Orient, à Madagascar et en Amérique du Sud. Les papillons arrivent par la poste, enveloppés dans un linceul de papier de soie, lyophilisés. «Ils sont extrêmement fragiles, surtout leurs antennes et leurs ailes couvertes d’écailles, explique Ron. Je les étends sur du sable humide et après quelques heures, je peux les déplier et les fixer sur des tréteaux en bois. C’est un travail minutieux.» Quelques gouttes d’antimite, le cadre se referme et voilà le papillon devenu œuvre d’art. Quant au prix, il varie selon la rareté de l’espèce. «Ceux que je commande coûtent entre 5 et 15 fr. Mais certains valent quelques milliers de francs!» Il les vend ensuite entre 50 et 100 francs.

Ron ne chasse ni n’euthanasie. Mais il achète des papillons élevés pour être tués… «C’est effectivement un commerce d’animaux qui ont été vivants, élevés dans le but d’être exportés. Je comprends que ça puisse gêner. Mais je n’ai pas d’argument à opposer…»

Que dit la loi? «A l’exception d’un petit nombre d’espèces protégées, ces animaux ne nécessitent pas d’autorisation d’importation», indique Eléonore Grosclaude, vétérinaire cantonale adjointe. Quid d’élever pour euthanasier ensuite? «Les papillons n’étant pas des vertébrés, ils ne sont pas soumis à la législation sur la protection des animaux et par conséquent aucune législation ne prescrit la façon de les détenir et de les tuer.»

Le passionné a ouvert un site Internet et le papillon séduit. Lequel arrive en tête des ventes? «L’ulysse turquoise australien et le sphinx tête de mort.» Et lui, un préféré? «Celui-là, il déchire!» s’exclame-t-il en pointant un papilio memnon chinois, au look gothique. Quelques cadres seront exposés le 7 novembre à Wood, barbier et friperie, rue Bergalonne. Pour plus d'information: www.atroposmoth.com

Créé: 26.10.2015, 19h52

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