Le tracé de la traversée du lac crispe ses voisins

MobilitéCritique face au projet autoroutier du Canton, un collectif fait salle comble à Meinier autour de maires sceptiques.

Les images de synthèse du projet ont laissé certains orateurs et spectateurs sceptiques. On voit ici à quoi pourrait ressembler la jonction de Puplinge.

Les images de synthèse du projet ont laissé certains orateurs et spectateurs sceptiques. On voit ici à quoi pourrait ressembler la jonction de Puplinge. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Je croyais venir à un débat, mais j’ai assisté à un meeting!» Militant de longue date pour un franchissement routier du Léman, l’ancien député libéral Alain Meylan ne cachait pas son désappointement mercredi soir à Meinier. Le projet cantonal de traversée du lac venait de mobiliser durant toute la soirée des voix critiques qui avaient rempli la salle communale. Celles de ce même village, qui a pourtant voté à 68,5% en juin 2016 l’inscription dans la charte cantonale d’une telle traversée. «Mes voisins m’ont pressé pendant des années de réaliser cette traversée, poursuit Alain Meylan, résident choulésien. Ce soir, je suis dans la minorité.»

En avril, un collectif baptisé Les Changeurs s’est créé pour «inciter les autorités à revoir tout ou partie du projet». C’est lui qui a organisé la rencontre. Le groupe a trouvé des alliés naturels en trois maires de la Rive gauche, deux Suisses et un Français, tous invités et tous très critiques face à l’itinéraire choisi.

«Appel d’air» redouté

«Peu ou pas favorable à la traversée», selon ses propres termes, le maire de Meinier se dit inquiet face à la perspective d’accueillir un échangeur sur son sol communal, à Roelbeau. «C’est une zone renaturée, un poumon de verdure pour tout le canton, plaide Alain Corthay. Cet échangeur sera un appel d’air pour que les voitures viennent y prendre l’autoroute et, traversant nos villages, elles nuiront à la qualité de vie de notre région.» L’élu évoque les barreaux routiers enterrés discutés au niveau cantonal pour relier le tracé de la traversée avec le réseau routier français: l’un irait de Roelbeau à Anières ou Veigy, l’autre de Puplinge à Machilly ou au carrefour des Chasseurs, près d’Annemasse. «Il faut les deux, mais il faut surtout songer à un tracé plus large.»

Venu de Puplinge, seule commune à avoir voté non en 2016 (à 51,7%), le maire Gilles Marti accuse: «Avant la votation, on nous a dit que le tracé pourrait être discuté, mais l’État ne veut plus le remettre en cause. Or il allège le cœur de l’agglomération, mais pas ce qu’il y a juste autour et il n’a pas de lien avec le réseau français, à part le nœud d’Étrembières déjà saturé.» «On milite pour un contournement non pas de Genève, mais du Grand Genève, résume le maire de la commune haut-savoyarde de Saint-Cergues, Gabriel Doublet. Et c’est le transport en commun qu’il faut développer: c’est ça l’avenir, pas le routier.»

Face à ce déluge de critiques et à une salle très majoritairement réfractaire, le délégué du Canton a eu fort à faire. Nommé responsable de la traversée du lac il y a quatre mois, Jérôme Gasser a notamment tenté de rassurer en soulignant le caractère souterrain du tracé, incurvé pour éviter la zone sensible de la Haute-Seymaz.

Un devoir constitutionnel

«C’est inscrit dans la Constitution: l’État a l’obligation de présenter un projet, a-t-il rappelé. Mais la population sera sans doute appelée à se prononcer à nouveau à plusieurs reprises et pourra décider si on continue ou pas.» Selon lui, les citoyens pourraient déjà devoir voter l’an prochain sur un éventuel référendum visant la première tranche du financement d’un avant-projet (6,3 millions de francs sur un devis évalué à une bonne centaine), en cours d’étude actuellement au Grand Conseil.

Cette évocation des recours démocratiques aura été la seule de ses interventions à déclencher des applaudissements du public, lequel a davantage ovationné les orateurs critiques. Représentant les associations attachées à la mobilité durable et à l’environnement, Thomas Wenger, député socialiste, a été salué par l’assistance quand il a averti: «Ce projet attirera du trafic mais aussi de nouvelles constructions: votre région ne sera plus jamais la même!» «L’impact sur l’environnement sera énorme, il faut être franc», a renchéri le géologue Walter Wildi, également applaudi. Jugeant les montants articulés par l’État comme «simplement pas crédibles», le scientifique prône le recours à une expertise externe.

Préoccupations financières

Les coûts, notamment en rapport avec l’endettement cantonal, ont d’ailleurs constitué une part significative des questions venues du public. Jérôme Gasser évoque un devis de construction de 3,5 milliards de francs, mais botte en touche quand un spectateur s’enquiert des frais d’entretien. «Une étude a chiffré le coût résultant de l’absence d’une traversée du lac», précise-t-il.

Thomas Wenger relève que la traversée du lac est absente de la plus récente planification routière fédérale, courant jusqu’à l’horizon postérieur à 2040, ce qui semble laisser le canton seul pour payer la note. Et de lancer cet avertissement qui rassurera ou inquiétera: «La traversée du lac ne se fera jamais: veut-on vraiment dépenser plus de 100 millions en études?» (TDG)

Créé: 08.03.2018, 19h11

Articles en relation

Entre le Léman et la mer,ils se réapproprient la lenteur

Télévision Le coproducteur de l’émission Passe-moi les jumelles et le réalisateur Pierre-Antoine Hiroz ont jeté leur dévolu sur une partie du célèbre itinéraire de la Grande Traversée des Alpes qui relie Saint-Gingolph à la Méditerranée. Plus...

Une traversée du lac qui ferait du bruit

Projet autoroutier Une étude jauge les nuisances que causerait dans les zones huppées de la Rive gauche le projet de tunnel-pont-tunnel. Document et réactions. Plus...

L’UDC s’érige en rebelle de la traversée du lac

Genève Favorable au principe d’un franchissement lacustre, le parti explique pourquoi il combattra le crédit d’étude que demande l’Exécutif. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.