Une tourmente politique menace le chantier des TPG

Sous-enchèreLes soupçons de dumping inspirent une colère qui pourrait retarder la livraison du dépôt d’En Chardon.

Le chantier d'En Chardon, ici en mai 2018.

Le chantier d'En Chardon, ici en mai 2018. Image: Laurent Guiraud

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Les TPG peinent à calmer la colère que suscite la révélation d’un potentiel cas de dumping salarial sur le chantier de leur futur dépôt et atelier d’En Chardon. À la mi-mai, les syndicats ont révélé que des ponctions étaient prélevées sur les salaires, corrects en apparence, des ouvriers de l’entreprise italienne mandatée en 2017 pour les installations électriques.

Le Grand Conseil devrait se saisir du cas ce jeudi en urgence. Signé par 35 élus issus de cinq des sept partis parlementaires, un projet de résolution exige l’arrêt des travaux d’électricité. Dans nos éditions de mercredi, les TPG se sont dits opposés à une telle cessation (qui pourrait causer selon eux 18 mois de retard et un surcoût de 10 millions de francs). Ils se sont fait fort de préserver les intérêts des travailleurs touchés.

Étonnement syndical

Des propos jugés «étonnants» au syndicat Unia. «Les TPG se disent impuissants face à des fraudes qui ont eu lieu en dehors du chantier, mais la plupart des entorses à la réglementation sur le travail se produisent à l’extérieur des chantiers, dans un bureau, critique Fabrice Berney, juriste du syndicat pour le secteur du bâtiment. Contrairement à ce qu’affirment les TPG, une rupture du contrat, dont les conditions sont selon nous réunies, ne léserait pas les ouvriers, qui auraient droit à leurs salaires. Quant aux indemnités à verser à d’autres entreprises, elles pourraient être supportées par la société fautive, pas les TPG. Concernant les retards redoutés, il faut rappeler que les travaux d’électricité sont presque terminés. Un sous-traitant a d’ailleurs été mandaté pour effectuer les contrôles.»

Du côté patronal, l’appréciation est analogue. Entrepreneur menuisier et auteur du projet de résolution, Serge Hiltpold juge invraisemblables les chiffres avancés par les TPG. «Le mandat pour l’électricité devait être achevé fin juillet, je ne vois pas comment un arrêt des travaux pourrait causer un tel retard, argumente le député PLR. Faire une nouvelle adjudication? Cela peut se faire en dix jours si la volonté politique est là. Un consortium d’entreprises locales se ferait sûrement un point d’honneur de tenir les délais!»

Selon lui, il ne fait aucun doute qu’une majorité sera trouvée au Grand Conseil pour voter la motion. Pourtant, pas tous les partis n’ont répondu à son appel. Aucun paraphe Vert ou MCG n’orne le projet de résolution.

Appels à la modération

«Le parti n’a pas décidé de sa position quant à ce texte, mais il va de soi que nous sommes très fâchés de la négligence coupable dont les TPG ont fait preuve alors que tous les signaux étaient au rouge, indique Mathias Buschbeck, député écologiste siégeant à la Commission des transports. Cependant, je pense que, si grave l’affaire soit-elle, Genève ne peut pas se permettre d’arrêter les travaux. L’impact serait trop important en termes de mobilité quand on connaît les enjeux qui nous attendent en décembre avec la mise en service du Léman Express.»

Le même souci anime le conseiller d’État chargé des Infrastructures. «Je comprends fort bien et je partage l’indignation du Grand Conseil face à ces agissements qui, s’ils sont avérés, sont scandaleux, réagit Serge Dal Busco. C’est la raison pour laquelle je suis intervenu immédiatement auprès des TPG pour leur demander de consigner les montants dus à l’entreprise afin de pouvoir indemniser si besoin les ouvriers lésés. Mais il faut penser aux conséquences d’un arrêt des travaux. Le dépôt d’En Chardon est lié à la réorganisation du réseau de bus qui accompagnera la mise en service du Léman Express. S’il n’est pas livré à temps, les perturbations seront considérables.» Pour le magistrat, un arrêt des travaux risquerait également de priver abruptement les ouvriers de leur travail et d’avoir un impact sur d’autres entreprises, y compris locales. Il redoute en outre des surcoûts.

Créé: 06.06.2019, 07h02

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