Une tour et deux usines vont remodeler les Charmilles

UrbanismeLa rue de Lyon va connaître une transformation majeure avec trois projets importants. Son aménagement reste un défi.

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Les premiers signes du changement sont là, à peine perceptibles au milieu du fracas des voitures. Et pourtant. La place des Charmilles et le haut de la rue de Lyon vont connaître une transformation majeure. Deux gros projets immobiliers sont sur le point de sortir de terre, un troisième est à l’étude. Le quartier, qui avait presque oublié son passé industriel, s’apprête à recevoir de nombreux emplois du secteur secondaire.

1. La mue d’Hispano-Suiza

La plus grosse opération se situe sur l’ancien site d’Hispano-Suiza, l’un des fleurons de l’industrie locale qui a fermé ses portes en 1985. La démolition de l’usine, construite dans les années 30-40, vient de débuter avec le démembrement de l’atelier de montage. Seul un bâtiment sera maintenu, côté route des Franchises. L’usine fera place à un complexe multi-activités dénommé Quartet et conçu par le bureau d’architectes Favre & Guth. Il se présente sous la forme de douze bâtiments contigus posés sur un rez-de-chaussée ponctué de trois cours et de multiples passages qui permettront à tout un chacun de le traverser de part en part. Il offre en tout 57 000 m2 de surfaces d’activités.

La Ville de Genève a fait pression pour maintenir des surfaces artisanales à bas prix (200 francs le m2). Celles-ci représenteront 40% des surfaces. A cela s’ajouteront du high-tech, des bureaux ainsi que des commerces le long de la rue de Lyon. «Près de 2500 personnes y travailleront», estime l’architecte Fabio Ricchetti.

Le site a été racheté il y a quatre ans pour 61 millions de francs par Swisscanto, un fonds de placement qui appartient désormais à la Banque Cantonale de Zurich. Celle-ci va investir 260 millions de francs dans la construction.

Le projet sera réalisé par étapes. «Autant pour des questions techniques qu’économiques, concède Stéphane Maye, chargé de la communication. Il n’est pas idéal de mettre tant de surfaces en location d’un seul coup.» Les étapes devraient toutefois s’enchaîner. Le tout devrait être réalisé entre quatre et six ans.

Est-ce pertinent de lancer un tel projet alors qu’il y a pléthore de locaux vides? «Sa situation au centre-ville est un avantage pour nombre de petites entreprises, notamment celles qui doivent quitter la Praille», relève Stéphane Maye.

Pour l’heure, aucun bail n’a été signé. «Mais l’intérêt pour ces surfaces artisanales et industrielles est très marqué, note Anne-Pascale Marchand, chargée de la commercialisation à SPG Intercity. Des PME veulent se rapprocher de la ville pour ne plus être dans les bouchons de la route de Vernier.» Parmi les intéressés, elle cite: des grossistes, un showroom pour voitures, et aussi un fitness, un hôtel ou une école privée. Etant donné la situation urbaine du secteur, on ne s’attend pas à voir arriver de l’industrie lourde nécessitant de nombreux transports de poids lourds.

2. Fiat se transforme aussi

Une deuxième opération d’envergure se prépare juste à côté, sur l’ancienne usine Fiat. Le constructeur automobile possède la moitié des terrains, l’autre est en mains de l’Etat mais mis en droit de superficie. Dans le cadre de son renouvellement, l’Etat a demandé une mise en valeur du site. Il est prévu d’ériger un bâtiment industriel ainsi que deux barres d’immeubles pour 150 logements. Ce projet n’en est qu’aux prémices.

3. Une tour sur la place

La troisième opération n’a rien d’industriel, mais c’est celle qui marquera le plus le paysage. Il s’agit du remplacement du bâtiment élevé qui surplombe la place des Charmilles. «Sa rénovation était impossible en raison de gros problèmes de statique», explique l’architecte Carmelo Stendardo.

On va donc démolir et reconstruire. On en profitera pour monter plus haut. Le futur immeuble comptera quatorze étages, contre dix aujourd’hui. La Ville a recouru contre cette élévation qui dépasse le gabarit légal. Elle a perdu devant la justice, qui s’est appuyée sur l’accord de la Commission d’architecture, favorable à une dérogation.

«L’emplacement, très dégagé, autorise cette hauteur, assure Carmelo Stendardo. Elle permet de marquer fortement cet endroit qui fait l’articulation entre le bas et le haut de la ville. Les études d’ensoleillement ont montré que le bâtiment ne portera pas préjudice au voisinage.»

Aujourd’hui, l’immeuble ne compte que des bureaux (sauf deux logements). Dans la future tour, 34 logements sont prévus. Situés à partir du sixième étage, ces 3 et 4-pièces domineront la place et seront dotés de loggias. Les loyers des 4-pièces sont prévus entre 2000 et 2700 francs au dernier étage, selon les plans financiers actuels. Pourquoi des logements, apparemment moins rentables que des bureaux? «Nous n’aurions pas pu construire davantage de surfaces commerciales, ceci pour des questions réglementaires, explique Thomas Vonaesch, directeur à La Foncière, propriétaire de longue date du bâtiment. Cela dit, notre portefeuille se compose avant tout de résidentiel, un placement moins soumis aux variations de prix.» Le projet est estimé à 40 millions de francs. Les travaux débutent cet automne et dureront trente mois.

Créé: 21.08.2016, 18h54

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Le défi du réaménagement des espaces publics

De nouveaux bâtiments signifient des emplois, des habitants supplémentaires et du passage en plus. La mutation du secteur pose donc inévitablement la question de son réaménagement. Aujourd’hui, la rue de Lyon est une autoroute urbaine et la place des Charmilles n’a de place que le nom. Ici dominent le bruit et le trafic automobile. Les habitants du secteur sont déjà mal servis en espaces de qualité. Ils seront encore plus nombreux puisqu’il est prévu de réaliser près de 400?logements sur la rue de Bourgogne. Des mesures s’imposent.
La Ville sait qu’elle doit agir. «Dans un premier temps, nous pensons valoriser la contre-allée bordée de platanes de la rue de Lyon», explique Marie-Hélène Giraud, directrice du Service de l’aménagement urbain. Cela permettra de faciliter le passage des piétons et des cyclistes. Mais il n’est pas question d’enlever toutes les places de parking. «Avec la majorité actuelle du Municipal, très provoitures, je vais à l’échec si j’enlève tout», explique le conseiller administratif Rémy Pagani. Il y a pourtant de quoi faire. Comme le rappelle l’architecte Fabio Ricchetti, l’espace devant le futur complexe Quartet sera large de quatorze?mètres. «De quoi réaliser une belle esplanade.»

A plus long terme, la Ville souhaite aussi réaménager la place des Charmilles. «Cela s’inscrit dans le projet de revalorisation de l’axe qui va des Charmilles à la place des Nations», explique Marie-Hélène Giraud. Mais il est difficile de toucher au trafic de la place, plaque tournante du secteur. «Nous pensons profiter du transport collectif en site propre en direction de Vernier que l’Etat veut mettre en service pour gagner de l’espace.»

Toutefois, étant donné la difficulté du Canton à prendre des mesures énergiques en matière de circulation, on peut douter que les Charmilles changent de visage avant longtemps. La Ville n’a donc aucun calendrier à annoncer pour l’heure. C.B.

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