«Pas touche aux retraites!»

Elections fédéralesCarole-Anne Kast, présidente du Parti socialise, refuse que les femmes travaillent plus longtemps.

La présidente du PS genevois est juriste de formation. Carole-Anne Kast est conseillère administrative depuis 2007 à Onex.

La présidente du PS genevois est juriste de formation. Carole-Anne Kast est conseillère administrative depuis 2007 à Onex. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Les responsables des partis politiques genevois sont reçus par la Tribune de Genève avant les élections fédérales. Carole-Anne Kast, qui préside le Parti socialiste (PS), pense que la gauche devrait conserver ses deux sièges aux Etats et que le PS est capable, pour le National, de faire aussi bien qu’en 2011.

Carole-Anne Kast, quels sont les trois dossiers fédéraux qui vont marquer la prochaine législature?

Pour les socialistes, les thèmes les plus importants sont ceux qui influent les conditions de vie de la classe moyenne et des personnes les plus défavorisées. C’est donc le logement, l’emploi et la sécurité sociale, au sens large.

Avez-vous des projets concrets à faire valoir?

Pour le logement, je citerais en premier lieu l’initiative que l’Asloca vient de lancer, et qui vise à promouvoir la construction de logements à prix abordables. Sur l’emploi, même si on a perdu sur le salaire minimum, cela reste fondamental. On se battra pour l’élargissement des conventions collectives de travail (CCT), pour l’égalité salariale et tout ce qui a trait à la protection des conditions de travail.

La réforme de l’imposition des entreprises va faire perdre des centaines de millions de recettes fiscales. Vous réclamez de compenser ces pertes. Par quels moyens?

Le Canton de Genève ne peut pas se permettre ces pertes qui devraient atteindre un demi-milliard. Nous voulons qu’elles soient compensées afin de maintenir les prestations nécessaires à la population. Au mieux, la Confédération n’en couvrira qu’un tiers, il faudra trouver d’autres sources. Nous sommes très inquiets face à l’inaction du Conseil d’Etat.

Attendez-vous quelque chose des entreprises genevoises?

Elles devraient injecter de l’argent dans le fonctionnement de l’Etat, notamment dans le domaine de la petite enfance. On ne peut pas partir du principe qu’elles vont économiser l’entier de la baisse d’impôt. Quand on gagne au loto, on paie sa part. Il faudra bien sûr encore voir si le nouveau taux d’imposition unifié sera à 13, 14, 15% ou plus pour mesurer quelle sera l’ampleur des compensations qui seront nécessaires.

Il y aura votation populaire sur cette question. Quelles conditions allez-vous poser pour soutenir ou non la réforme?

On verra si l’équilibre du plateau de la balance proposé par le Conseil d’Etat est acceptable. Nous sommes favorables au principe du taux unique, mais celui-ci doit permettre d’assurer les prestations publiques délivrées à la population.

Le conseiller fédéral socialiste Alain Berset veut augmenter l’âge de la retraite des femmes à 65 ans. C’est un traître?

Non, c’est un élu socialiste minoritaire au sein d’un gouvernement de droite. Nous sommes clairement opposés à l’élévation de l’âge de la retraite des femmes. Car cela ne tient pas compte des particularités du parcours professionnel des femmes qui font que l’égalité salariale est encore loin d’être acquise. Tant qu’il n’y aura pas de normes sur l’égalité salariale, avec des sanctions à la clé (par exemple par le biais des CCT), on restera loin du compte. Les femmes restent une catégorie de travailleurs très défavorisée.

Comment la Suisse doit-elle se positionner par rapport à l’accueil des réfugiés syriens?

Pour commencer, il faudrait déjà réellement remplir le quota de 3000 personnes que notre pays dit vouloir accueillir. Si ce ne sont que des paroles, ce n’est pas très intéressant. Ensuite, nous devons faire en sorte d’accueillir dignement ces gens. Les abris PC ne sont pas une solution, et surtout pas pour des familles ou des personnes ayant connu la guerre. A Onex (ndlr: Carole-Anne Kast y est conseillère administrative), nous avons fait des propositions pour installer des villages de containers. Nous n’avons pas, pour le moment, suscité l’intérêt du Conseil d’Etat.

Le franc fort pénalise l’économie suisse. Que doit et peut faire le politique?

Je pense que la BNS était dans une situation où elle n’avait plus réellement le choix. La question porte plutôt sur la manière de sortir de la politique du maintien du taux plancher à 1 fr. 20 pour 1 euro. Fallait-il trouver un autre taux plancher, plus bas? Le faire par étapes? Cela dit, je constate huit mois après que l’euro s’est repris. Il y a une proposition à Genève de créer un fonds de soutien aux entreprises mises en difficulté par le franc fort. Ce n’est pas une mauvaise idée, mais il faut être prudent. Il n’est pas question par exemple d’arroser toutes les entreprises d’exportation au détriment des autres. De même, toutes les difficultés rencontrées par celles qui exportent ne sont pas forcément dues au franc fort. Il faut déterminer des critères précis.

La gauche occupe les deux sièges genevois des Etats et le PS a trois élus au National. Pensez-vous pouvoir faire aussi bien cet automne?

Cela dépend si on parle en termes de sièges ou de pourcentage. Je suis confiante pour le Parti socialiste concernant le pourcentage de suffrages qu’il obtiendra. Le problème, c’est que cela ne veut pas encore dire que nous allons maintenir nos trois sièges. C’est le jeu des apparentements qui déterminera cela. Car ce siège est avant tout le cinquième de la gauche et il bascule régulièrement entre nous et la droite. C’est donc le résultat de l’ensemble de la gauche qui sera déterminant.

Et concernant les Etats?

Là, je suis assez sereine. Je compte sur le fait que la population fera une nouvelle fois confiance à Liliane Maury Pasquier et à Robert Cramer. Ils sont appréciés des Genevois. Et pour cause! Ce sont les parlementaires qui ont le meilleur score de concordance entre leurs votes aux Etats et ceux de la population genevoise. Il y a certes une part de risque avec le nouveau système à deux tours, mais elle est minime.

Imaginons que la gauche devienne majoritaire aux Chambres fédérales. Quel serait le premier projet à faire aboutir?

Il m’est difficile de répondre seule, puisque ce serait toutes les composantes de la gauche qui auraient obtenu cette double majorité. Mais, s’il faut choisir, c’est tout le paquet de la prévoyance qui serait à revoir. Cela veut dire, notamment, ne pas relever l’âge de la retraite des femmes. En s’inspirant de l’initiative AVSplus de l’Union syndicale suisse, on aurait déjà une solide base pour cette réforme. Après, on pourrait engager un programme fédéral de soutien au logement, qui est indispensable à la population des villes. (TDG)

Créé: 30.09.2015, 17h47

«La Suisse est capable de sortir du nucléaire»

Faut-il revoter sur l’initiative «Contre l’immigration de masse»?

Oui, car le débat a été complètement biaisé, l’UDC s’étant bien gardée de dire que son initiative, en imposant des quotas pour l’immigration, menaçait les accords bilatéraux. La droite économique ne l’a pas assez souligné, alors que je pense que la gauche a fait son travail sur ce point. Une porte de sortie démocratique a été trouvée par l’initiative RASA. C’est une bouée de sauvetage, mais elle n’est pas parfaite. C’est pour cela qu’il serait préférable que le Conseil fédéral propose un contre-projet. Il pourrait ainsi poser clairement au peuple la question du maintien ou non des Bilatérales.

La Suisse doit-elle sortir du nucléaire en 2050?


Oui. Comme nous sommes minoritaires tant au Conseil national qu’au Conseil des Etats, cela ne m’a pas étonnée que la majorité des Etats refuse de préciser un délai. Mais cela dénote un manque de courage politique. Je pense que la Suisse est parfaitement capable de sortir du nucléaire, et beaucoup plus facilement que nos voisins européens. Nous sommes le plus gros producteur d’électricité d’origine hydraulique d’Europe. Nous avons aussi les cerveaux pour développer la production d’énergies propres et la capacité économique de le faire. On constate que le parlement est parfois moins courageux que le Conseil fédéral. Doris Leuthard avait pris des engagements pour s’engager vers la sortie du nucléaire.

Pour limiter la hausse des primes d’assurance-maladie, faut-il bloquer l’installation de nouveaux médecins en ville?

Non, je ne pense pas qu’il y ait un lien direct. Il faut surtout sortir de cette absurdité qui consiste à accorder un marché monopolistique à des entreprises en concurrence. Ce n’est économiquement pas soutenable. Elles ont un fonctionnement cartellaire. Seule la transparence et le contrôle peuvent nous sortir de cette situation. Ma préférence irait à une caisse fédérale unique, avec des primes établies en fonction du revenu.

Faut-il assouplir la Loi sur l’aménagement du territoire pour pouvoir construire dans la zone agricole?

Non. En revanche, il doit exister des exceptions pour certains cantons comme Genève, par exemple, sur les surfaces d’assolement. Une certaine souplesse est nécessaire pour tenir compte de la situation particulière des cantons très urbains. Ou alors admettre que notre arrière-pays rural se trouve également en France; et prendre cela en considération.

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