TOSA, une inauguration ternie par la crise chez ABB

MobilitéLes employés se sont invités au baptême du bus électrique qui desservira dès dimanche la ligne 23.

Image: Lucien Fortunati

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le soleil était de la partie pour inaugurer ces bus écologiques. Mais le cœur n’y était pas. Lors du lancement de la première ligne TOSA, mardi, chacun avait en tête le sort des employés d’ABB Sécheron, entreprise partenaire du projet, où 150 postes sont menacés de délocalisation en Pologne.

Lire aussi l'éditorial: Un trolleybus sans fil nommé avenir

Avec des syndicalistes, des collaborateurs d’ABB se sont invités au départ du voyage inaugural. S’ils n’ont pu monter à bord, ils sont restés dans les mémoires. En pourparlers avec la direction jusqu’au 15 décembre, les employés ont des pistes pour compenser le transfert vers l’Est de la production des transformateurs pour locomotives. Il s’agit de renforcer à Genève le pôle de conception dans ce domaine ou d’y développer un service de réparation, par des moyens de pointe, d’anciens matériaux ferroviaires. Ou encore de décliner cette fameuse technologie TOSA sur d’autres types de véhicules.

Présence syndicale

«Cette inauguration montre que la place industrielle suisse produit des nouveautés intéressantes», appuie Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d’Unia. «La présence de ces collaborateurs est tout à fait légitime, enchaîne le conseiller d’État chargé de l’Économie, Pierre Maudet. Les employés se sont mouillés pour le projet TOSA, ils y croient et nous aussi. Des discussions se poursuivent afin d’examiner quelles sont les alternatives crédibles pour faire de Genève un aimant en termes d’électromobilité.» Ce qui reviendrait à développer le pôle TOSA au-delà de ses cinq employés actuels à Genève.

Pierre Maudet et Luc Barthassat saluent les employés d’ABB. Photo: L. FORTUNATI

Nouveau directeur d’ABB Sécheron, Thierry Lassus refuse de parler à la presse après un face-à-face plutôt glacial avec son personnel. À l’heure des discours, il dit toutefois sa volonté de développer le pôle genevois dédié à TOSA. Ministre des Transports, Luc Barthassat conclut les allocutions en ayant une pensée «pour ceux qui ont l’impression d’être restés à quai». Et qui sont effectivement restés, banderoles en main, sur le trottoir alors que les bus flambant neufs embarquaient les invités dans leur voyage inaugural. Outre les partenaires publics de l’aventure TOSA (SIG, Office fédéral de l’énergie, etc.), plusieurs élus ont répondu à l’appel, ignorant les appels au boycott lancés par certains de leurs homologues. «Il ne faut pas tout mélanger», argue le député MCG Pascal Spuhler. «Il s’agit de rendre hommage aux employés qui ont œuvré à cette avancée technologique», plaide Damien Bonfanti, maire Vert de Lancy.

Un client français

Premier acquéreur de TOSA en dehors de Genève, le réseau de transports publics nantais est représenté par son directeur. Celui qui vient de signer pour l’achat de 22 bus à double articulation de 24 mètres (six mètres de plus que les véhicules entrant en service à Genève) est le meilleur avocat du potentiel de réussite de TOSA. «C’est ce qu’on a trouvé de mieux sur le marché, résume Alain Boeswillwald. TOSA offre une solution efficace au problème que l’électromobilité pose à un opérateur de transports publics, à savoir que nous sommes faits pour transporter des gens, pas des batteries.» Le système de recharge rapide permet en effet de ne pas s’encombrer d’un stockage de courant trop volumineux (lire ci-contre).

Si Nantes, ville pionnière en matière de transports publics, suivra de près le lancement genevois pour se préparer à exploiter ses propres bus TOSA dès 2019, Genève lorgnera aussi la cité française car le Canton compte acquérir ses propres bus à double articulation. «Ils seront destinés à la future ligne 4 qui reliera en 2022 l’aéroport au nouveau quartier MICA (ndlr: Mon-Idée-Communaux d’Ambilly à Thônex)», annonce David Favre, directeur général des Transports à l’État.

Les TPG sont sur la même longueur d’onde. Leur présidente, Anne Hornung-Soukup, voit l’avenir de sa régie dans ces engins qui «réduisent la pollution atmosphérique, sonore et visuelle». Discret pour l’oreille et le nez, ce trolleybus sans fil épargne aussi le regard en dispensant de tendre un réseau de câbles sur les rues. Et il revient 12% moins cher qu’une ligne équivalente de trolleybus classique. Les TPG et les collectivités publiques ont investi près de 30 millions pour acheter les véhicules et les doter, ainsi que la ligne 23, de l’équipement TOSA.

Créé: 05.12.2017, 19h49

Cliquer pour agrandir

Comment ça marche?

Un trolleybus sans fil. Ainsi peut-on décrire TOSA. Ce bus se meut à l’électricité, mais sans nécessiter une alimentation constante par câble. Il se recharge en courant aux terminus (en quelques minutes) et se ravitaille en une quinzaine de secondes avec un bras articulé à certains arrêts (treize sur la ligne 23). Ce procédé de biberonnage permet de limiter au strict minimum le poids des batteries, réduisant ainsi la dépense énergétique vouée à transporter cette même énergie. C’est grâce à cette astuce qu’on peut faire rouler à l’électricité un bus de grande taille (133 passagers).

Le bus TOSA sur la ligne 23 en quelques chiffres

12
C’est le nombre de bus TOSA qui desserviront la ligne 23. Deux rouleront dès dimanche. Les dix autres seront livrés peu à peu d’ici à l’été.
12
C’est aussi le kilométrage de la ligne 23, laquelle vient d’être remodelée. Elle relie le parking P47 (voué à se muer en pôle multimodal) aux tours de Carouge via l’aéroport.
10 000 passagers sont attendus chaque jour. La cadence de passage sera aux dix minutes.
3
Ce sont les stations de recharge longue (de 3 à 4 minutes) installées aux terminus ainsi qu’à l’aéroport, terminus intermédiaire. Il y a aussi quatre chargeurs en dépôt.
13
Ce sont les stations de recharge éclair (de 15 à 20 secondes) installées le long de la ligne à certains arrêts (9 à la montée vers l’aéroport, 4 à la descente vers Carouge).
60
Ce sont les décibels émis par un bus TOSA au démarrage. Pour l’oreille, c’est moitié moins qu’un bus classique.
410 000
Ce sont les litres de diesel que le bus TOSA épargne en un an par rapport à un moteur thermique, l’équivalent d’un millier de tonnes de CO2.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.