Des tonneaux à vin en chêne du cru

SolutionsDeux vignobles de Satigny font désormais vieillir une partie de leurs vins dans des tonneaux faits avec du bois de chêne de la forêt voisine.

Autour d’un tonneau en bois de Satigny, Christian Sossauer et Sylvie van Berchem (à l’avant), Philippe Poget et David Sossauer.

Autour d’un tonneau en bois de Satigny, Christian Sossauer et Sylvie van Berchem (à l’avant), Philippe Poget et David Sossauer. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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C’est comme l’œuf de Colomb: l’idée semble aller de soi, mais personne n’y avait encore songé. Deux vignobles de Satigny, le Château des Bois et le Domaine des Pendus, font désormais vieillir une partie de leurs vins dans des tonneaux faits avec le bois de chêne de la forêt voisine de Merdisel. Non seulement c’est bon pour l’entretien de la futaie genevoise, mais à en croire les vignerons en question, c’est également bon pour le vin. Les ceps dont celui-ci est tiré ont donc poussé tout près des arbres avec lesquels on a fabriqué les fûts pour l’amener à maturité.

Valoriser la forêt genevoise

Le projet est né il y a quatre ans, mais le premier millésime vieilli dans ces barriques genevoises est celui de 2018, qui sera mis en bouteille prochainement. Trois ans d’attente ont été nécessaires pour que le bois sèche, avant de pouvoir le transformer en tonneaux. C’est Christian Sossauer, du Domaine des Pendus, qui a lancé l’idée: «La forêt est sous-exploitée ici, alors je me suis dit: pourquoi ne pas essayer de fabriquer des fûts pour notre vin avec les chênes provenant des quelques hectares que nous possédons dans les bois de Merdisel?» Il en parle à Philippe Poget, qui est tout de suite partant; l’ancien maire de Satigny est ingénieur forestier de son état et directeur de l’association ForêtGenève, qui a pour mission de valoriser la forêt genevoise. Il ne restait qu’à embarquer dans l’aventure la famille Van Berchem, du Château des Bois, qui possède pour sa part des dizaines d’hectares de surfaces forestières.

Avant tout, il a fallu sélectionner les bons arbres. «Nous nous sommes promenés dans la forêt avec Philippe Poget pour voir si nous avions l’espèce de chêne qui convient le mieux et si les arbres étaient de bonne qualité», raconte Sylvie van Berchem. Il faut que le bois n’ait aucun nœud et soit parfaitement étanche. «C’est ce qu’on appelle la qualité A, la plus rare, précise Philippe Poget. Sur plus de 300 m³ de bois que nous avons coupé en 2016, seuls 7% étaient de qualité A.» Les deux tiers étaient juste bons à faire du bois de chauffe et le reste est parti pour la menuiserie ou la charpente.

Une entreprise genevoise a procédé à l’abattage, mais le bois a ensuite été débité et patiemment séché dans une scierie du canton de Neuchâtel. Puis un tonnelier du canton de Zurich, l’un des tout derniers du pays, a fabriqué les barriques. Jusque-là, chaque domaine en a commandé cinq à six, pour y faire vieillir des cépages convenant bien à l’élevage en fûts de chêne, comme le Cabernet, le Gamaret ou le Merlot.

Mais ni le Château des Bois ni le Domaine des Pendus n’ont pour l’instant produit de cuvée spéciale entièrement élevée dans ces tonneaux genevois. Pour ne pas risquer de perdre toute une récolte au cas où l’expérience ne serait pas concluante, ce vin sera mis dans des assemblages. Mais les premiers résultats sont prometteurs: «Sur le plan organoleptique, je trouve ces tonneaux presque plus intéressants que les tonneaux français, estime David Sossauer, fils de Christian, en charge de la vinification au Domaine des Pendus. Ils donnent au vin un goût vanillé qui se rapproche de ce qu’on obtient avec les fûts américains.» En plus, cela coûte moins cher que d’acheter ses barriques en France, où le tonneau se paie 1000 francs, alors que ceux-ci ne coûtent que 800 francs la pièce.

Qui sait? Peut-être y a-t-il là un nouveau débouché pour la foresterie locale. Le canton de Genève est en en effet l’une des deux régions de Suisse où poussent essentiellement des chênes. Sylvie van Berchem veut y croire: «Dans quelques années, nous n’utiliserons peut-être plus que des barriques fabriquées avec du bois local.»

Créé: 11.03.2020, 09h03

Le problème

Surexploitée jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la forêt genevoise, essentiellement composée de chênaies, a ensuite manqué de soins. Du coup, son bois est souvent de trop mauvaise qualité pour la construction ou la menuiserie. Et les propriétaires de forêts n’ont pas intérêt à les exploiter parce que le prix de vente du bois de chauffe ne couvre pas les frais d’abattage. AN.G.

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