À Thônex, les migrants emménagent dans leur centre d’accueil flambant neuf

ReportageLe centre d’accueil de Thônex se remplit peu à peu depuis le début du mois. Scènes de vie.

Flambant neuf, le centre d’hébergement de la Seymaz accueillera à terme 350 requérants d’asile. A l’instar de ce père de famille libanais, sa femme et leurs quatre enfants, soucieux de garder l’anonymat car originaire de Deraa, région où l’insurrection anti-Assad a commencé.

Flambant neuf, le centre d’hébergement de la Seymaz accueillera à terme 350 requérants d’asile. A l’instar de ce père de famille libanais, sa femme et leurs quatre enfants, soucieux de garder l’anonymat car originaire de Deraa, région où l’insurrection anti-Assad a commencé. Image: MAGALI GIRARDIN

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Ils font presque envie, ces petits immeubles de l’Hospice général avec leur orange pimpant. Plantés au bord du champ, presque au milieu du domaine de Belle-Idée, ils offrent une vue imprenable sur le Jura. À leur pied, des jeux pour enfants, un baby-foot, une table de ping-pong. Des grils devraient s’ajouter bientôt.

C’est là que s’installeront à terme environ 350 requérants d’asile admis ou en cours de procédure, mais pour l’heure, ils sont 135. Certains viennent directement du centre fédéral de Boudry (NE), d’autres de lieux d'accueil genevois jugés insalubres.

les chambres du nouveau centre d'accueil.

Alors, idéal, le nouveau centre? Oui, non, peut-être. À vous de juger. Car si l’extérieur en jette, à l’intérieur, dans les longs couloirs blancs qui mènent aux chambres, flotte une odeur de détergent à peine troublée par les odeurs des plats épicés des cuisines collectives. Pour le reste, le mobilier est impersonnel et les murs sont nus. Point positif, chaque chambre a ses toilettes et douches. Le tout est certainement plus séduisant que les locaux utilisés jusqu’ici, mais le centre reste un lieu de transit. À voir comment les occupants se l’approprieront.

Avant de se retrouver au bord de la Seymaz, les locataires en ont vu des vertes et des pas mûres. Comme ce père, qui requiert l’anonymat pour parler. Ses frères sont encore au Liban et la police secrète syrienne veillerait. Il montre son nez et ses dents qui auraient été défoncés en prison. Son crime? Être de Deraa, région où l’insurrection anti-Assad a commencé. Mais c’est loin tout cela, car il a passé neuf ans au Liban et vient d’arriver en Suisse avec sa femme et ses enfants, papiers de réfugiés en poche. Qu’espèrent-ils? «Tout pour les enfants, explique sa femme. Au Liban, ils ont été privés de tout. Ils ne pouvaient pas aller à l’école. Pour eux, on va sacrifier notre vie.» Assis sur des matelas, on boit le thé, puis le café. L’hospitalité syrienne.

La famille originaire de Deraa vient d'emménager dans le centre.

Vingt-cinq des occupants du centre ont moins de 17 ans. Une des plus petites, c’est Eunice. Neuf mois et quatre petites roses nouées dans les cheveux, elle s’accroche à sa mère et semble en paix avec le monde. La jeune femme un peu moins. Elle raconte son départ de Côte d’Ivoire en 2015, son détournement par un passeur vers une maison de passes, sa fuite en train vers Genève avec 100 francs en poche donnés par une autre fugitive. Les nuits dehors suivent, puis les rencontres, le travail au noir dans la communauté africaine et le logement clandestin qui permet de surnager. «Mais quand ma fille est née, ce n’était plus possible.» D’où le dépôt d’une demande d’asile après un détour par le Centre social protestant. Et maintenant? «Je veux m’en sortir, qu’on me donne ma chance, travailler pour moi et pour ma fille et qu’elle ait la chance que je n’ai pas eue d’aller à l’école.»

À la table, ce père fait la tête. Sa femme a pris la parole avant lui, alors il n’est pas très content. Son cas est particulier. Gravement malade, tout juste arrivé du Liban avec ses quatre enfants, ce Syrien semble avoir plus de peine à trouver ses marques. Les meilleurs prix à Caritas, les habits de seconde main, les combines à bas prix, il ne comprend pas encore. Il parle avec effroi des prix des pulls à la Migros. De ceux du sucre, du pain. Il se déride peu à peu et raconte qu’il est prêt à travailler, car il est «fort comme un cheval». Il remercie la Suisse, qui donne aux enfants l’occasion d’aller à l’école, qui le soigne. Et puis, à défaut du pays qu’il aimerait serrer dans ses bras, il embrasse l’auteur de ces lignes.

Toute une équipe est mobilisée pour assurer l’encadrement. Comme les lieux, leur disposition, voire la simple cohabitation entre communautés et individus différents peuvent susciter des difficultés, environ dix personnes se succèdent pour que tout aille au mieux. Sandra Dessimoz est la responsable des différents intervenants de l’Hospice général. Les qualités que demande le poste? «Être réactif et rester cohérent dans ses décisions», dit-elle. Un exemple? «Si on donne une chambre individuelle à quelqu’un qui a des relations difficiles avec les autres, que dire à ceux qui ne posent aucun problème et aimeraient aussi une chambre individuelle?» Pas simple? Effectivement, car d’un côté, tout ce qui est collectif, la cuisine, la buanderie, les jeux, le bruit, l’hygiène, semble pouvoir devenir source de tension, mais de l’autre, «les gens acceptent beaucoup de compromis».

Créée en 2015, l’association «Trois-Chêne Accueil» veille au grain. C'est Shamdeen Massom, un de ses volontaires, lui aussi ancien requérant d’asile, qui a assuré la traduction de nos dialogues en arabe. À un autre étage, Christophe Pasche, les cheveux en bataille, branche des ordinateurs donnés pour que les requérants aient accès au wi-fi. L’association organise des loisirs, des cours d’intégration. Un travail de longue haleine.

Créé: 24.02.2020, 06h46

Quatre centres en trois ans

Le centre d’hébergement de migrants de la Seymaz comprend 370 places dans des logements modulables. Les premiers occupants proviennent d’abord du centre de migrants du Petit-Saconnex. En trois ans, c’est le quatrième lieu d’hébergement à ouvrir ses portes, après ceux de Lancy, du camping du Bois-de-Bay et du parc Rigot. En tout, 1000 places ont ainsi été créées et 1000 autres ont été (ou vont être) supprimées. Démontables, les bâtiments de la Seymaz pourraient à l’avenir être déplacés. L’Hospice général est au bénéfice d’un bail de dix ans.

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