Le théâtre subversif de Latifa Djerbi

PortraitLa comédienne présente une performance décalée sur le sexisme ordinaire au Grütli dans le cadre de la Biennale du genre.

La rebelle Latifa Djerbi présente une performance décalée sur le sexisme ordinaire au Grütli.

La rebelle Latifa Djerbi présente une performance décalée sur le sexisme ordinaire au Grütli. Image: LUCIEN FORTUNATI

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«Eros et Pathos». Le titre de la performance de la comédienne Latifa Djerbi et de Boubacar Samb, accompagnés de Madeleine Raykov, évoque d’emblée la domination et son antagonisme, la liberté. «La Biennale du genre m’a donné carte blanche et j’ai choisi de monter un spectacle interactif revisitant nos inconscients, confie Latifa. Sans vouloir en dévoiler plus, je dirais juste qu’on aborde le sexisme d’une manière plus introspective et décalée.» D’origine tunisienne, la Genevoise d’adoption défend une forme de désobéissance artistique. «Je revendique un théâtre subversif loin du politiquement correct. J’aime l’idée d’un théâtre poétique et populaire.»

Un théâtre urbain

Une rencontre en 2011, avec Jacques Livchine, codirecteur du Théâtre de l’Unité à Audincourt, en France, ouvre la comédienne au théâtre de rue. «Il a été plus qu’un guide, il m’a convaincue de l’importance de la culture et m’inspire encore aujourd’hui dans mes créations, confie l’artiste. Je reprends toujours volontiers sa citation: «L’art est à l’être humain ce que la chlorophylle est aux plantes.»

Son dernier spectacle, Pop, punk et rebelle, en 2016, a emmené le public à la découverte des Pâquis sur les pas de cette drôle de meneuse. «L’énergie de la rue est magnifique, le spectateur est mobile et participe au spectacle, souligne-t-elle. Le théâtre en milieu urbain peut se réinventer à l’infini.» En 2014, elle faisait carton plein, à l’intérieur cette fois-ci, au Grütli, dans un duo sur les frustrations intitulé Tripes story, sorte de consultation interactive de défrustration rapide.

Son premier seul en scène, L’improbable est possible. J’en suis la preuve vivante, présenté à Saint-Gervais en 2012, sonne comme une mise en équations de cette enfant de l’immigration tunisienne, née à Angers. Latifa y évoquait sa condition de femme arabe libre avec dérision. Raillant avec humour son quotidien d’artiste et de mère célibataire. «C’est un moment fort de ma carrière et j’ai d’ailleurs eu la chance de rejouer ce texte autofictionnel cet été au Off d’Avignon», précise-t-elle. Un spectacle en écho à son enfance. «J’ai grandi dans une cité en banlieue d’Angers. C’était génial, il y avait un mélange improbable des «locaux», des immigrés et des gitans au pied des immeubles. Des familles modestes mais généreuses et une ambiance chaleureuse. Rien à voir avec l’image des cités d’aujourd’hui.»

Choc des cultures

La petite fille a 10 ans lorsque la famille déménage au cœur de la ville, dans un quartier chic très blanc. «Ce fut un choc des cultures très violent pour moi qui avait vécu dans un milieu simple et coloré. On se retrouvait seuls dans une minuscule maison, dans l’anonymat d’un quartier bobo.»

Ce n’est qu’à l’âge de 20 ans que Latifa se sent happée par le théâtre. «Je suis entrée au Conservatoire en parallèle de mes études en mathématiques, se souvient-elle. J’ai ensuite enseigné les maths durant quelques années puis tout plaqué pour venir m’installer à Genève.» Elle débarque pour un stage au Théâtre Circule en 1997 puis rencontre Frédéric Polier au Grütli, avec qui elle joue durant près de huit ans. «Je découvrais cette Suisse et tous ses possibles. J’avais une image très sage de ce pays, loin des squats et du mouvement culturel émergent. J’étais sous le charme de cette créativité et inventivité genevoise de la fin du siècle.»

En 2002 et en 2005, cette hyperactive donne naissance à deux enfants qui la suivent dans la voie du théâtre. «J’ai pourtant tout fait pour les décourager, plaisante Latifa. C’est un métier magnifique, difficile dans les configurations actuelles, mais au-delà des lenteurs administratives et des sabotages économiques, la scène reste un espace de liberté et de créativité.»

––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––– «Eros et Pathos» 19 et 20 novembre au Grütli, dans le cadre de la Biennale du genre et du festival Les Créatives.

(TDG)

Créé: 15.11.2016, 19h46

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