Les cafetiers ne veulent pas de l'obligation de proposer du vin genevois

ParlementLaurent Terlinchamp menace d'aller jusqu'au Tribunal fédéral si la loi leur impose d'inclure du vin local sur leur carte.

«Cette obligation serait une atteinte au principe de la liberté du commerce», lâche Laurent Terlinchamp, directeur de la Société des Cafetiers, Restaurateurs et Hôteliers de Genève (SCRHG) Image: Olivier Vogelsang

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«C'est complètement stupide! Lorsqu'on va dans un restaurant italien ou libanais, c'est pour manger italien ou libanais, pas genevois!», s'exclame Carlo di Domenico. Le patron de l'Incontro, situé dans le quartier des Banques, est particulièrement remonté contre cette clause qui, à l'image de ce qui se fait déjà dans le canton de Vaud (lire ci-contre), obligerait les restaurants à proposer au moins un vin genevois sur leur carte. La proposition faite par la commission économique du Grand Conseil divise. En cause? Non pas la question des marges réalisées sur la vente de vins - qui serait insignifiante pour seulement quelques bouteilles - mais l'obligation imposée par la loi de devoir proposer un produit.

«Cette obligation serait une atteinte au principe de la liberté du commerce, lâche Laurent Terlinchamp, directeur de la Société des cafetiers, restaurateurs et hôteliers de Genève (SCRHG). Et si cela devient obligatoire, nous nous battrons jusqu'au Tribunal fédéral pour faire respecter nos droits!» Ce qui irrite le patron des restaurateurs, ce n'est pas le vin genevois en tant que tel mais «l'obligation d'en détenir». «Notre vin n'a pas besoin de cela. C'est même vexant pour les vignerons qu'on doive imposer de la sorte leurs produits», juge-t-il. Sur les quelque 3000 établissements que compte Genève, «environ un tiers ne propose pas de vins genevois», estime Laurent Terlinchamp. Parmi eux, des restaurants «communautaires» où, pour des questions culturelles, on ne sert pas d'alcool. «Ce n'est donc pas avec cette mesure qu'on sauvera le vignoble genevois», affirme-t-il.

Du côté de la Cave de Genève, principal encaveur du canton, la nouvelle devrait réjouir. Si l’effort politique est salué, l'accueil est par contre plutôt mitigé. «Imposer n’a jamais été la solution, estime Didier Fischer, président du conseil d'administration. Cette proposition voudrait aider les ventes de vins genevois. Or, je ne crois pas qu'elles exploseront grâce à cela.» Pour faire connaître les vins de la région, Didier Fischer préfère miser sur «le travail commun de promotion des vignerons et des restaurateurs».

«Tous les bistrots devraient offrir du Genevois!»

A Carouge, autre son de cloche. «Trois de blanc, s’il vous plaît!» Il est midi au bistrot du Vieux Carouge, la patronne, Marida Luyet, sert d’office du fendant. «Vous n’avez pas du Genevois, demande-t-on en dévoilant la raison de notre question? Bien sûr, mon bon Monsieur», répond-t-elle, avec l’accent du Vieux Pays. Elle pose sur la table sa carte collée sur des planchettes en bois. Deux étiquettes du canton y figurent et un chardonnay en vin ouvert. «A Genève, loi ou pas loi, tous les bistrots devraient offrir du Genevois!», lance-t-elle dans la salle, où ses hôtes attaquent le plat du jour ou trempent leur fourchette dans la fondue.

«Cette mesure politique est une façon de favoriser l'économie locale et d'assurer à tout visiteur de Genève de pouvoir déguster les vins de la région», considère Denis Beausoleil, en charge de l'Office de promotion des produits agricoles genevois (Opage). La consommation des vins de Genève au restaurant a connu «une progression extraordinaire», rapelle le directeur de l'Opage. «Plus de 50 % des consommateurs affirment aujourd’hui commander toujours, voir régulièrement du vin genevois alors qu’ils étaient 30 % en 2002, ajoute-t-il. Nous avons de véritables ambassadeurs de nos vins dans la restauration et l’établissement qui ne propose aucun cru local est plutôt rare.»

La réforme de la loi sur les cafés sera soumise au parlement en décembre prochain. Si l'obligation de proposer un vin du crû sur les cartes devait être acceptée, Carlo di Domenico l'assure: «Je respecterai la loi, comme je l'ai toujours fait. Je proposerai donc une bouteille de vin genevois que je garderai au frigo, mais juste pour la forme!»

Créé: 02.10.2014, 18h36

L'exemple vaudois

Dans le canton de Vaud, l'obligation de proposer au moins un vin du terroir sur la carte des restaurants existe depuis 2003. Et la réforme de la loi en cours ne prévoit aucune remise en cause de cette mesure. «C'est en quelque sorte un devoir des établissements que de fournir du vin local, estime Frédéric Haenni, président de GastroVaud. D'ailleurs, cela a été bien accepté par les restaurateurs dès le début.» Pour Frédéric Haenni, le fait de promouvoir les vins locaux n'implique aucune sorte d'exclusivité ou de priorité: «Les clients sont libres de choisir d'autres vins s'ils le souhaitent». Pour le président de GastroVaud, la mise en place d'une telle mesure à Genève semble donc parfaitement acceptable. ADV

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après l'accord avec l'UE, Johnson doit convaincre le Parlement
Plus...