Une tentative de suicide en abri PC mobilise contre les «renvois Dublin»

AsileUn jeune Érythréen a voulu mettre fin à ses jours après que sa demande d'asile a été refusée en Suisse. Un rassemblement de solidarité s'est tenu jeudi.

Manifestation en soutien aux requérants d'asile erythréens devant l'abri-pc Quidort.

Manifestation en soutien aux requérants d'asile erythréens devant l'abri-pc Quidort. Image: Paolo Battiston

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Trois Érythréens ont pris la parole jeudi midi lors du rassemblement de solidarité organisé après qu'un de leur compatriote a tenté de mettre fin à ses jours dans l'abri PC d'Annevelle à Lancy, le 14 octobre passé. L'homme venait d'apprendre que sa demande d'asile ne serait pas examinée en Suisse. On l'informait de son prochain renvoi vers l'Italie conformément aux accords de Dublin, qui visent à renvoyer un requérant vers le premier pays européen où il a déposé le pied.

«En Érythrée, le régime dictatorial qui est au pouvoir depuis 25 ans ne garantit aucun des droits humains, ne laisse pas de liberté de culte et n'a pas mis en place d'universités où se former», rappelle le premier jeune homme, soulignant que dans son pays, chaque homme est soumis au service militaire national à vie, sans salaire. «La majorité de ceux qui fuient le pays passent soit par le Soudan, soit par l’Éthiopie, le désert, la Libye puis la traversée de la Méditerranée: un chemin de souffrance où beaucoup de nos amis sont morts, témoigne un deuxième requérant d'asile. En Italie, on nous abandonne ensuite dans une ville avec une carte téléphonique et beaucoup d’Érythréens vivent dans la rue pendant des années.»

La Suisse «où nous avons choisi d'essayer de mener une vie calme et paisible, précise le troisième, nous recevons l'un après l'autre des réponses négatives à notre demande d'asile et nous sommes mis dans des bunkers. Certains tombent dans de graves dépressions.»

Aldo Brina, Chargé d'information sur l’asile au Centre social protestant pointe certaines décisions prises au niveau fédéral comme un facteur accentuant encore la détresse des requérants d'asile, et que pourrait expliquer des actes désespérés. «Le 24 septembre, le Secrétariat d'Etat aux migrations a annoncé mettre toutes ses ressources sur les renvois Dubin et de suspendre les décisions sur le fond pour les Syriens, les Afghans et les Érythréens», rappelle-t-il. Cela va à contre-sens d’une politique solidaire commune qu’il faudrait mettre en place au niveau européen. Avec les arrivées importantes à l’est et au sud de l’Europe, et les décisions unilatérales de l'Allemagne de suspendre certains renvois, l'accord de Dublin est mort-vivant. Mais comme il profite à la Suisse, elle a décidé de jouer cette carte jusqu'au bout.»

Deux courriers demandant principalement un moratoire sur l'ensemble des «cas Dublin» et l'entrée en matière des demandes d'asile des Érythréens ont été envoyés hier. Le premier à l'adresse de la conseillère fédérale en charge du département de Justice et Police, Simonetta Sommaruga. Le second à l'adresse de Mauro Poggia, magistrat de tutelle de l'Hospice général à Genève, l'instance chargée de l'hébergement des requérants d'asile afin de lui demander également «d'accélérer la recherche de solutions en vue de la fermeture des bunkers».

Ces courriers sont signés par le collectif Perce-frontières (regroupant tous les mouvements qui se sont mobilisés contre la vie en abri PC depuis le mois de juin), des partis et personnalités de gauche, Jean Ziegler et Liliane Maury-Pasquier, ainsi que des syndicats.

(TDG)

Créé: 29.10.2015, 17h54

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