Les taxis et les VTC secoués par Lymo

Transport de personnesLa jeune pousse genevoise propose de réunir sur une plate-forme deux communautés qui ne s’aiment pas. Sa recette est inédite.

Capture d'écran du site de l'entreprise genevoise.

Capture d'écran du site de l'entreprise genevoise. Image: DR

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Sur les groupes WhatsApp des chauffeurs privés à Genève, le nouveau sujet de discussion s’appelle Lymo. Ce diffuseur de courses qui se lance dans le canton quelques semaines après Kapten, un groupe français au modèle proche de celui d’Uber, suscite la méfiance.

Créé par des gens qui ne sont pas du milieu, l’effronté ose proposer un service aussi bien pour les taxis que pour les VTC (véhicules de transport avec chauffeur, ceux qui collaborent avec les Uber, Kapten ou autres Driven), deux communautés quasiment en guerre.

Lymo. Il faudra pourtant retenir le nom. La start-up genevoise promet de faire des vagues dans un contexte déjà chahuté.

L’État vient d’annoncer qu’il comptait serrer la vis face aux plateformes qui joueraient à ses yeux avec la loi. Sur la vingtaine de diffuseurs lancés depuis le 1er juillet 2017, date de l’entrée en vigueur de la loi sur les taxis, seule une minorité fonctionne encore.

La notion d’indépendance

Lymo? Elle propose autre chose, selon ses concepteurs. Du jamais-vu à une échelle, mondiale, aussi vaste que ses ambitions. «C’est complètement disruptif», selon son cofondateur Alex Sabbag, un ex-cadre de Procter & Gamble puis de Manor. L’autre cofondateur, Majed Samawi, est un homme d’affaires colognote, propriétaire d’un hôtel de luxe à Crans-Montana.

«Lymo met en relation les chauffeurs avec leurs clients et, contrairement aux autres, permet aux chauffeurs de fixer eux-mêmes leurs tarifs et de réellement garder leur indépendance», souligne Alex Sabbag, rencontré jeudi dans le cadre de la première séance de présentation de l’entreprise aux chauffeurs, dans ses bureaux cossus des Rues-Basses.

Fixer eux-mêmes les tarifs? Un tremblement de terre libéral dans une cité dominée par deux acteurs (Uber et Taxiphone) qui ne donnent pas cette option à leurs partenaires. «Laisser les chauffeurs fixer les tarifs? Ce serait la jungle», estime Cédric Bouchard. Le directeur de Taxiphone y voit une dégradation des conditions de travail.

Lymo propose une grille de dix classes tarifaires différentes. Les chauffeurs choisissent comme bon leur semble. Si l’un veut optimiser ses chances de ne pas rentrer à vide d’une course excentrée, il peut revoir ses prix. Si par contre, l’offre ne suit pas la demande, il fera le contraire. Un VTC peut aller au-delà du maximum prévu par la loi pour les taxis.

«Low cost»

Pour éviter les enchères excessives, Lymo n’autorise pas les offres qui s’éloignent trop des prix du marché (la moyenne retenue par les chauffeurs partenaires, constamment indiquée sur l’application destinée aux chauffeurs).

Lymo, qui se considère comme une entreprise «low cost», demande 35 francs par semaine aux chauffeurs: 5 francs par course sur les sept premières courses, ensuite c’est gratuit. Des cacahuètes par rapport à la concurrence. Uber prélève une commission de plus de 25% par course (si un chauffeur Uber génère un chiffre d’affaires brut de 4000 francs par mois, plus de mille sont retenus par la multinationale). Taxiphone demande plus de 700 francs par mois à ses affiliés.

La start-up genevoise a bénéficié de plusieurs levées de fonds (la plupart des investisseurs seraient du canton) mais son modèle d’affaires repose uniquement sur les 35 francs hebdomadaires prélevés auprès des chauffeurs.

Genève, Zurich, le monde

«On ne pourra pas tourner sur une ville seulement», selon Mélanie Malhamé, directrice générale de Lymo Suisse. «Mais si on multiplie le nombre de villes par cent, alors ça devient intéressant.» Le groupe espère se lancer à Zurich cette année avant de s’ouvrir au monde.

Lymo, enfin, est un comparateur, comme il en existe pour les hôtels, les restaurants, les billets d’avion, un peu partout. «Mais comme il n’en existe curieusement pas pour les VTC et les taxis», relève Alex Sabbag. Sur son application, qui devrait être accessible à la fin de mars, le client peut choisir entre taxi et VTC, selon la qualité du véhicule, le prix ou la rapidité du service (un chauffeur dans les alentours arrivera plus vite).

Parmi les chauffeurs, VTC et taxis présents à la séance de Lymo, on reste prudent. Cette jeune pousse ne pourra rien faire pour juguler la concurrence de leurs pairs qui prolifèrent depuis l’arrivée d’Uber. Ici comme sur WhatsApp, tout le monde indique que le temps d’attente entre deux courses n’a pas cessé de s’allonger ces dernières années.

Créé: 22.02.2019, 18h07

Pièce d’identité

Nombre d’employés Une dizaine. Lymo sous-traite une partie de son service technologique auprès d’une société à Dubaï.

Création Inscription au Registre du commerce genevois en mars 2017. L’application doit être accessible fin mars dans le canton.

Capital Non communiqué.

Six investisseurs Des particuliers (dont le PLR Christian Lüscher et Majed Samawi) et des sociétés ont investi dans Lymo. Les chauffeurs fidèles pourront entrer dans son capital.

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