Taxiphone et Uber face à de nouveaux rivaux

TransportOnze diffuseurs de courses se sont annoncés auprès des autorités, dans le sillage des deux grands. La plupart sont des jeunes pousses qui ont moins d’un an

Taxi sur smartphone Les nouveaux services se développent  au nez et à la barbe des autorités,  selon des observateurs.

Taxi sur smartphone Les nouveaux services se développent au nez et à la barbe des autorités, selon des observateurs. Image: GEORGES CABRERA

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«On en est aux balbutiements, le marché genevois du transport professionnel de personnes va exploser car les gens vont comprendre que prendre sa voiture pour aller au travail, ce n’est pas la solution.» Ainsi parle Olivier Fouvy, un entrepreneur aussi méconnu que sa start-up, Driven, mais qui pourrait bientôt secouer le marché. Ils sont de plus en plus à tenir ce discours, celui qu’Uber assène depuis toujours.

À Genève, ça frétille. Tout le monde se positionne dans l’ombre du géant américain et du traditionnel poids lourd des taxis, Taxiphone. La semaine dernière, le directeur du Service de police du commerce indiquait à la RTS que onze sociétés, sans les nommer, étaient inscrites en tant que diffuseurs de courses auprès de l’État dans le sillage de la nouvelle Loi sur les taxis et les voitures de transport avec chauffeur (LTVTC). Un chiffre qu’il nous a confirmé. Les voici toutes.

Taxiphone

Le poids lourd historique d’abord. La centrale gérerait près de la moitié du marché cantonal des taxis, ces véhicules qui peuvent emprunter les voies jaunes, être hélés dans la rue, profiter des stations d’attente dans certains lieux publics et dont les chauffeurs sont titulaires d’un permis spécifique. La PME est née d’une union de garagistes en 1959. Les femmes y organisaient alors les courses au téléphone et les hommes s’occupaient de l’entretien des voitures. Taxiphone est aujourd’hui détenue par son directeur, Cédric Bouchard (qui possède la moitié des parts), et la Société coopérative de concessionnaires indépendants de taxis, constituée de chauffeurs. Avant l’arrivée d’Uber, selon des observateurs, la PME jouissait d’un quasi-monopole sur le secteur.

Uber

C’est l’ogre qui a donné un coup de pied dans la fourmilière. Celui qui le premier a su exploiter les nouveaux outils pour proposer à large échelle une application connectant le client au chauffeur, comme s’il n’y avait pas d’intermédiaire. Celui qui se présente comme une start-up alors que c’est un monstre présent dans plus de 600 villes sur les cinq continents. Celui qui force les autorités, partout où il sévit, à réagir: en l’interdisant, en l’accueillant à bras ouverts ou en adaptant ses lois, comme à Genève. Le diffuseur californien ne voit pas les chauffeurs comme des employés mais comme des clients. Il dit tout faire pour choyer ceux dont il a tant besoin pour absorber sa croissance.

Taxis 202 et Ambassador

Les deux acteurs travaillent avec les taxis traditionnels et se sont rapprochés. Les «call centers» de Taxis 202, une coopérative lancée en 1979, et de Taxi Ambassador, une société qui existe depuis 1993, ont fusionné. «Pour des questions de coûts, un rapprochement avec le call center de Taxiphone n’est pas inenvisageable», relève Miguel Casimiro. Le patron ne divulgue pas combien de chauffeurs sont affiliés aux sociétés mais admet une baisse. «Nos standings sont stricts et on est devenu moins tolérant», dit-il. Miguel Casimiro gère aussi un groupe à Tannay (VD), AA Genève Taxi, actif dans le canton.

Bookdriver.ch

Contrairement aux autres, Bookdriver.ch n’est pas une application. «Un service web-mobile», selon son fondateur, Emmanuel Vachoux, actif dans le milieu des transports depuis longtemps par le biais de la société Taxi réservation Sàrl. «Celui qui veut réserver un taxi ou un véhicule de transport avec chauffeur (VTC) ne va pas télécharger une app», croit-il. Deux cents chauffeurs souhaiteraient collaborer avec le diffuseur, qui vient de recevoir le feu vert de l’État. La plupart des courses gérées par son biais lient Genève à l’arc lémanique. Comme la plupart des autres, Emmanuel Vachoux dit prendre une commission moins importante qu’Uber.

Igo

Lancée juste avant les Fêtes sous l’impulsion de l’association VTC du canton de Genève, Igo a été créée par Jorge da Silva. Le patron de Prestige VIP Services Sàrl est également actif dans la location de limousines. «Je suis un des premiers chauffeurs Uber, dit-il. La majoration des prix de commission d’Uber et le fait qu’il nous fasse payer la TVA m’ont incité à réagir. Nos tarifs, eux, ne varieront jamais en fonction du moment et notre commission ne sera jamais plus haute que 15%.» Igo propose des déclinaisons pour particuliers, pour entreprises ou pour des événements, de Genève au canton de Vaud en passant par la France voisine. Une centaine de chauffeurs utiliseraient Igo.

Driven,

Il est le nouveau venu qui intrigue. Inconnu des médias mais «hype» dans son milieu. Son design fashion y est sans doute pour quelque chose, le fait que ses commissions soient moins gourmandes (15% par course contre 25% pour Uber) également. «Je suis aussi chauffeur», indique son fondateur, Olivier Fouvy, un ex-banquier de la place. Créée il y a quelques mois, Driven, (avec la virgule) travaille avec une septantaine de chauffeurs dûment sélectionnés. La jeune pousse permet au client de sélectionner ses chauffeurs favoris et envisage une offre avec sièges pour enfants. La société Umov-e Sàrl, derrière la marque, brigue la place de leader du secteur en Suisse.

Alpina Taxi

Taxi Alpina Sàrl déploie une centrale haut de gamme depuis l’automne dernier, sous le nom d’Alpina Taxi. «Nous collaborons avec des chauffeurs de taxi qui ont des véhicules de standing et il faut commander à l’avance», indique un de ses cadres, Yetis Bastas. «Nous sommes pour l’instant présents à Genève, mais on vise un déploiement en Suisse.» Le groupe collabore avec une petite quarantaine d’affiliés, tous des bonbonnes jaunes. «On a une offre de taxis, surtout auprès des hôtels et d’entreprises, mais on veut aussi toucher les privés et on réfléchit à une offre VTC.»

Bolt

La RTS a annoncé son lancement il y a un an, mais Bolt est encore en phase de test. «On s’est jusqu’à présent cantonné à des événements ponctuels, comme des mariages, mais on est sur le point de s’ouvrir au grand public», indique Alex Naray, un avocat qui a lancé ce «service haut de gamme de chauffeur privé à Genève» par le biais de la société The World is Yours SA. La particularité de Bolt? La société genevoise recourt à des véhicules 100% électriques, dont des Tesla. Pourquoi ce nom? «Bolt évoque la foudre et le mot est facile à comprendre dans toutes les langues», relève Alex Naray. Car la start-up veut étendre son service à l’international.

Les autres

Certains ont déjà disparu, comme le vaudois Tooxme, qui faisait couler de l’encre il y a peu. Taxi Budget, dont le lancement a été annoncé par Le Temps en 2016, peine à démarrer. Plusieurs autres sites proposent des courses mais sont en réalité liés à des entreprises susmentionnées. Il y a aussi Blacklane. Le groupe allemand dit s’activer dans le canton depuis avril 2013, ses dessertes partent surtout depuis l’aéroport. D’autres entreprises font part de leur intérêt de venir au bout du lac. Face à tant de bouleversements, les chauffeurs n’hésitent pas à se connecter à plusieurs apps en même temps. Pour répondre à un maximum de commandes alléchantes. (TDG)

Créé: 07.02.2018, 18h20

La nouvelle loi crispe

La nouvelle Loi sur les taxis et les voitures de transport avec chauffeur – et la notion de «diffuseur de courses» – ne convainc pas tout le monde. Des chauffeurs regrettent que des sociétés de location de limousines «diffusent souvent des courses», notamment l’été, quand la clientèle du Golfe afflue, sans être soumises aux règles qui valent pour les autres. Un diffuseur doit être domicilié en Suisse et s’annoncer comme tel auprès des autorités.

D’autres dénoncent les manquements de l’État en matière de contrôle. «De nombreux chauffeurs VTC n’ont pas les permis requis mais continuent d’exercer leur activité, profitant du fait que l’État fait preuve de mansuétude à leur égard», estime Jacques Roulet. L’avocat des milieux professionnels des taxis ajoute qu’un grand nombre de véhicules connectés à Uber ont des plaques vaudoises et circulent uniquement à Genève, ce qui est contraire à la Loi sur la circulation routière.

L’homme de loi critique aussi le fait que la police du commerce ait pu autoriser des chauffeurs VTC à continuer à travailler tout en sachant que ceux-ci n’avaient pas encore obtenu leur carte professionnelle. Me Roulet dit ne pas pouvoir tolérer que l’État continue à laisser des chauffeurs et Uber ne pas respecter une loi qu’il vient pourtant d’adopter précisément pour encadrer l’activité de tous les transporteurs. R.ET.

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