Il tape sur des bidons et c’est numéro un

Avez-vous déjà croisé… Bob Buckets?Depuis trois ans à Genève, l’Américain Mike Riley, alias Bob Buckets, invite les passants à jouer des percussions avec lui.

Vidéo: Marianne Grosjean

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Le flux des passants ralentit à sa hauteur, aujourd’hui en face de la place de la Fusterie. Le rythme est bien balancé. Invités par un panneau indiquant en français et en anglais «Voudrais-tu jouer de la musique avec moi?» des enfants s’avancent, s’assoient et tapent de bon cœur sur des bidons retournés. Ils essaient d’imiter les coups de baguette chaloupés de l’homme en jaune à la batterie.

Surnommé Bob Buckets – «Bob» en raison de la ressemblance de son look avec celui du personnage animé Bob l’éponge et «Buckets» à cause des seaux qu’il met à disposition des passants pour l’accompagner – l’homme s’appelle en réalité Mike Riley et est Américain. Le surnom lui a tellement plu qu’il l’arbore aujourd’hui fièrement et l’a fait imprimer sur ses marcels jaunes. «Je viens de la région de Boston, nous raconte-t-il en anglais. Ça fait trois ans que je suis ici. La mère de mes deux filles (ndlr: âgées de 5 ans et demi et de 2 ans et demi) est Suisse et Genevoise. Avant, j’ai joué pendant quatre ans en Espagne.» Tandis que leurs bambins s’amusent avec les baguettes, des parents immortalisent la scène avec leur smartphone, avant de lâcher une pièce dans la sébile de l’artiste.

Musique thérapeutique

«Je voulais faire quelque chose de plus qu’un percussionniste qui jouerait tout seul. Là, tout le monde peut venir jouer, l’effort est collectif, on se sent tous appartenir au moment. Il y a des bébés qui savent à peine marcher jusqu’à des octogénaires qui s’assoient et jouent avec moi. Des personnes handicapées mentales ou physiques, des aveugles. L’autre jour, un médecin m’a dit que la musique était thérapeutique pour ses patients dans la salle d’attente, située juste au-dessus de l’endroit où je jouais.»

L’été, on le croise principalement dans les Rues-Basses, parfois sur la Rive droite. Il joue plutôt l’après-midi, mais ses horaires varient au gré du temps qu’il fait et de sa propre organisation. L’hiver, il s’arrête. «J’en profite pour passer du temps avec mes enfants. Sauf la première année, lorsque je suis arrivé: les températures étaient particulièrement clémentes, j’avais donc joué toute l’année.»

Avec une mère artiste, un père amateur de musique et des amis dans la culture, Bob Buckets est tombé dans la marmite quand il était petit. Bien qu’ayant déjà travaillé «très brièvement» dans un bureau, il ne se verrait pas y passer une vie: «Je deviendrais fou. Comme beaucoup de gens, sûrement. Mais moi, j’ai choisi de ne pas m’infliger ça», assure-t-il, une flamme soudaine dans le regard.

SDF ou junkie?

«On me voit encore souvent comme un SDF ou un junkie. J’aimerais que les gens considèrent l’art de rue comme une forme d’art à part entière.» Et aussi un métier légitime, comme le souligne Mike Riley. «Ce qui est génial à Genève pour les musiciens de rue, c’est qu’il existe un permis. Pour 10 francs par jour, on est en règle et on a le droit de jouer.» Un montant facile à rentabiliser, assure-t-il: «Mon record absolu, c’était pendant les Fêtes de Genève, il y a deux ans. J’ai récolté quelque 1200 francs en un week-end!»

Bref, une présentation à l’américaine, ponctuée d’«amazing» et de «wonderful», qui nous ferait rêver à une vie un peu plus bohème.


Philippe Laville - Il tape sur les bambous par kyssiane (TDG)

Créé: 21.08.2017, 09h31

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